TRADITION DES COURTISANS
désirait passionnément cette afYaire , et qu'ils savaient bien que vous offriez une grosse somme d'argent pour la conclure. Je leur ai répondu qu'il n'y avait point d'assurance que vous eussiez cette pensée, eX qne j'étais bien assuré que vous n'en aviez rien témoigné à personne, parce que vous étiez connu pour avoir une sagesse et une modération incroyable, et jnincipalement en notre cour, ou vous a rie: fait paraître, à la vue de toute la France, la merveille de ces deux vertus \ »
En opposition avec la tradition qui montrait Ma- Zc\.rin sacrifiant l'intérêt de sa iamille à son devoir, il s'en forma une tout opposée, adoptée et propagée par les ennemis du cardinal. Il y avait, depuis longtemps, à la cour un parti puissant qui n'avait cessé de le combattre. Les commandeurs de Jars et de Souvré, Henri de Benringhen, premier écuyer, le maréchal de Villeroi, le comte deBrienne, secrétaire d'État, avaient formé, dès 465'2', une cabale, qui
• On ne peut avoir de doiile sur le sens de ce passage en le rapprochant d'une dépêclie de Rartet du !29 novembre 166U. Ce secrétaire du cabinet écrivait, de Londres, à Mazarin (AIT. étr., Angleterre, t. Ï3, f" 16':i v°) qu'il avait dit au baron de Watteville, ambassadeur d'Espagne en Angleterre : « Que toute l'Europe savoil aujourd'hui que leur Infante ne seroit pas reine de France, si vous aviez voulu obéir au roi, qui vouloit de la plus forte volonté du monde que M"' Mancini la fùl ; et là-dessus je lui dis de mot à mol ce qui s'est autrefois passé entre le roi et Votre Éminence làdessus pour lui faire connoîlre la sincère modération de votre esprit et votre sagesse. »
2 Voy. le tome I de l'Histoire de France sous le ministère de Mazarin, p. 69-73.