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LETTRES DE MAZARIN A LA REINE

mal empirera de plus en plus. Je vous conjure, pour voire gloire, pour votre honneur, pour le service de Dieu, pour le bien de votre royaume et pour tout ce qui vous peut le plus louclier, de faire généreusement force sur vous. » Comment Mazarin aurait-il osé donner ses conseils à Louis XIV, si, un mois ou deux auparavant, il avait, comme on l'a prétendu, encouragé la passion de ce prince pour sa nièce ?

Le langage de Mazarin avec la reine n'est pas moins expressif : « Je suis inconsolable, lui écrivaitil le 6 juillet, de l'état dans lequel vous me mandez avoir trouvé le confident., et je voudrais y pouvoir remédier en sacrifiant ma vie ; je le ferais avec grande joie. » La police du cardinal, qui était fort active, ne tarda pas à l'informer que de jeunes courtisans entretenaient la passion de Louis XIV pour Marie Mancini. Un des principaux était Louis- Victor de Rochechouart, plus tard duc de Vivonne; il était fds du duc de Mortemart, et frère de Françoise-Athénaïs de Rochechouart-Morlemart, qui devint si célèbre sous le nom de marquise de Montespan. Vivonne était un jeune débauché, qui avait organisé l'orgie de Roissy-, à laquelle avaient pris part le comte de Guiche, un aumônier du roi, l'abbé Le Camus, Russy-Rabutin et le neveu même du cardinal, Philippe Mancini. Leurs débauches, pourles-

* Affaires étrangères, France, t. 27'J, f» 337.

^Mémoires de Bicssy-Rabutin , édit. L. Lalannc. l. 11, p. 89-90.

EN DATE DES 6 ET 7 JUILLET (1659). ïJ39

quelles ils avaienl choisi le vendredi saint de 1659', avaient scandalisé une cour, qui cependant était peu scrupuleuse. Le cardinal s'était borné à exiler son neveu, Philippe Mancini, et à le faire enfermer à Brisach. Les autres jeunes courtisans, Guiche, Vivonne, avaient continué d'entourer le roi et voulaient « le servir dans ses amours » - ; ils favorisèrent une correspondance secrète entre le roi et Marie Mancini.

Mazarin, informé de ces intrigues, en avertissait la reine le 7 juillet ' : « Je vous dirai qu'outre les avis que j'en ai reçus, j'ai vu, entre les mains de quelques personnes de celles qui m'accompagnent, des lettres qui les confirment portant que (M. de Vivonne)'^, est en grande faveur et qu'il affecte d'en faire voir encore davantage, à tel point que M"^ de Mesmes^ en a reçu des compliments, et que M"'' de Beaumont*' en a parlé en plusieurs lieux, comme d'une chose bien certaine.

* La terre et le château de Roissy, où eut lieu l'orgie qui lit alors tant de bruit, appartenaient à Antoinette-Louise de Mesmes, (|ue Vivonne avait épousée, en 1655. Roissy fait maintenant partie du département de Seine-el-Oise, arrondissement de Pontoise.

-Ce sont les paroles mêmes de Bussy-Rabutin {Mémoires , t. Il, p. 95).

^Affaires étrangères, France, t. ^79, f^^ 315-349.

■* Ce nom est en blanc dans le manuscrit.

^ La veuve du président Henri de .Mesmes, seigneur de Roissy, était, comme on l'a vu, belle-mère de Vivonne.

'^ Cette demoiselle de Beauniont était une des lilles d'honneur de la reine. Après avoir été plusieurs fois disgraciée, elle avait élé rappelée à la cour {Mémoires de M'"' de MoHeville, t. IV, p. 294, édit. Charpentier).

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