‹ Les Français d'aujoud'huiChapitre 107 sur 229 · MENACES DE MAZARIN ADRESSÉES · texte numérisé non relu

MENACES DE MAZARIN ADRESSÉES

Le confulenl sait ([ue ce personnage ne doit rien aux

plus emportés dans le vice et dans l'impiclé Je

puis dire avec vérité que c'est lui qui a enlièreuient perdu mon neveu'. Je sais des particularités sur ce sujet [telles] que, si je les eusse représentées au confident, comme j'aurais fait sans la considération de son père'", assurément il eût été envoyé plus loin que mon neveu ^ »

Mazarin engageait Anne d'Autriche, dans la suite de celte lettre, à représenter au roi qu'il ne devait pas se laisser diriger par de semblables libertins. Comme ces conseils produisaient peu d'effet et que la correspondance du roi avec Marie Mancini continuait et devenait de plus en plus fréquente, Mazarin s'en plaignit vivement et au roi^ et à la reine. Dans une lettre du 10 juillet, adressée à Anne d'Autriche, il prenait le ton d'un homme blessé de ce qu'on eut négligé ses avis. « Je ne saurais assez, écrivail-il à la

' On a vu plus haut, p. to\), que Philippe Mancini avait été exilé à la suite de l'orgie de Iloissy.

'^ Le père de Vivonne était, comme je l'ai dit, le duc de Morlemarl, premier gentilhomme de la Chambre du roi.

3 l'hilippe Mancini avait été conduit et enfermé à Drisach, connue il a été dit ci-dessus, p. â."]'.).

^ Il rappelait à Louis XIV, dans une lettre du 10 juillet i059, (jue, par compassion pour sou chagrin, il avait consenti à ce que le prince entretint une correspondance avec sa nièce : « La confidente (la reine) et moi avons fait d'étranges métiers, en diverses occasions, pour témoigner notre conq)laisance, mais sans aucun scrupule, sachant (|ue, dans tous vos commerces, il n'y a rien que de très honnête et (jui répond à votre vertu. » (AIL étr., i"'iUNCE,

AU ROI ET A I.A liEINE (Juillet 1659). 2il

reine h celte date ', dire mon déplaisir, voyant Fenapressement du confident [à écrire] et qu'au lieu de pratiquer les remèdes qui pourraient modérer sa passion, il n'oublie rien de ce qui peut servir pour rauginenler, et, si vous lui doimez raison en ce qu'il fait, comnie vous me le mandez. . . , il sera toujours bien aise d'en user comme il fait par votre approbation', et en ce cas, on sera exposé à de très grands inconvénients, et peut-être de plus grande conséquence que vous ne croyez. Pour moi, je ferai mon devoir jusqu'au bout, et, si je vois que cela ne proiîte de rien, je sais bien à quoi ma fidélité, le zèle et la tendresse que j'ai pour le service et pour la réputation du cunlident, m'obligeront avec un désespoir^, qui me tourmentera tant que j'aurai de vie. »

Est-ce là le langage d'un homme que la reine avait dû menacer pour le faire renoncer à des vues ambitieuses ? Il ose maintenant lui reprocher de tolérer une correspondance entre son fds et Marie Mancini ! Il ose afficher, avec une impudence sans égale, son zèle pour la réputation du roi, qu'il aurait

* Bil)liolliè(jue Mazarine, mscr. 1719, t. 111, f' '£3i.

- On voit ici combien les rôles diffèrent de ce que racontent ceux qui font de Mazariii le complice du roi. C'est le cardinal, qui reproche à Anne d'Autriche sa faiblesse pour Louis XIV et l'approi)ation qu'elle donnait aux correspondances du roi avec Marie Mancini.

■• D'autres lettres attestent que Mazarin déclarait qu'il renoncerait à la direction des alfaires plutôt que de voir le roi se déshonorer, et qu'il s embarquerait, avec ses nièces, pour s'éloigner de la France.

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