CONDITIONS DU MAHIAGE
les Espagnols dans les prisons de Tolède depuis 1655 ', il venait à peine de recouvrer la liberlr. Sa présence à FonLarabie ne put rien faire changer aux dispositions du traité, qui ne hii rendait que des États mutilés. En effet, le traité des Pyrénées donnait à la France le duché de Bar-, le comté de Clermont-en- Argonne, les places de Stenai, Dun et Jamelz, la prévôté de Marville, et l'enclave de Moyenvic'. Le duc Charles IV était, en outre, tenu de laisser un passage, à travers son duché, pour les personnes et les troupes que les rois de France voudraient envoyer en Alsace, àBrisach et à Philipsbourg ^ La restitution des places du duché de Lorraine, que la France occupait, était subordonnée à l'exécution de ces conditions '. Charles IV s'emporta vainement contre l'Espagne, qui lui imposait de si durs sacrifices ; il ne put obtenir aucune modification au traité et refnsa de l'accepter.
La question la plus importante, débattue entre Mazarin et don Louis de Haro, fut relative aux conditions de mariage entre Louis XIV et l'infante Marie- Thérèse. Dès le 28 septembre, lorsque tous les obstacles qui s'opposaient à la conclusion de la paix, parurent écartés, le maréchal de Gramont avait été envoyé à Madrid pour demander la main de l'Infante.
* Voy. le tome précédent, p. 12G.
- Article 63 du traité des Pyrénées.
3 Articles (V2, (il et 65.
4 Article 69.
•'' Article 77.
1)1-: LOUIS \IV AVKC .MAr.lE-TIIÉRÉSE. "25;}
Il a pris soin de racoiilcr dans ses Mémoires S tous les détails de cette pompeuse ambassade. Ce qui est plus important pour l'histoire, c'est de connaître à quelles conditions le mariage l'ut réglé.
Marie-Thérèse avait encore un frère ', et ses droits à la succession d'Espagne paraissaient fort éloignés. Cependant le plénipotentiaire espagnol exigea qu'elle fit une renonciation complète à toute prétention sur cette succession. Cette clause fut l'objet de longues contestations entre Mazarin et don Louis de Haro. Le cardinal aurait voulu que les droits de l'Infante, sur les Pays-Bas et la Franche-Comté ', fussent réservés; mais les Espagnols s'obstinèrcntà obtenir une renonciation complète, et ils l'emportèrent*. Toutefois Lionne, eu rédigeant les articles du traité, fit insérer une chuise, qui devait frapper de nullité la renonciation de l'Infante, Il fui stipulé qu'elle ne serait valable que moyennant le payement d'une dot de cinq cent mille écus d'or. Comme on savait que l'Espagne était hors d'état de s'acquitter de cette dette, la renoncialion devait rester sans effet.
La rédaction du traité des Pyrénées, qui renfermait cent vingt-quatre articles, ne fut tei'minée qu'en
' Pages .311-3-20 de l'édition Micliaud et Poujoulat.
- Le fds aîné de Philippe IV élait mort depuis peu de temps. Voy. sur les lils d:.' Philippe IV, ei-dessus, \^. 210, note 1.
■'Mémoires de Monglat, j). 339.
^ Voy., dans M. Mignet, Négociations relatives à la succession d'Espagne {l. I, p. 58), le texte complet de la renonciation de Marie- Thérèse.