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CONCLUSION DU TRAITÉ

novembre 1657. Ce fut seulement le 7 de ce mois que Mazarin et don Louis de Haro y apposèrent leur signature. La plupart des historiens ont considéré ce traité comme un des monuments les plus glorieux de la diplomatie nationale. Il donnait à la France le Roussillon et l'Artois, lui confirmait la possession de l'Alsace, ouvrait à la France l'entrée du Ilainaut, des Flandres et du Luxembourg, par l'occupation de plusieurs places fortes de ces provinces. Enfin l'article de la dot de Marie-Thérèse était destiné à préparer la réunion des Pays-Bas espagnols, comme compensation à une dette que l'Espagne ne pourrait payer. Nous avons déjà fait remarquer que Mazaiiu avait toujours soin, dans ses négociations, d'insérer quelque article en vue de l'avenir. Ainsi, la paix de Westphalie n'avait pas seulement donné l'Alsace à Louis XIV et assuré la libei'té politique et religieuse de l'Allemagne, sous le protectorat de la France et de la Suède; elle avait préparé la ligue du Hhin, en donnant à chacun des membres du corps germanique le droit de conclure des traités particuliers. De même, l'occupation des places fortes, dans les Pays-Bas espagnols, et la stipulation formelle de la dot de Marie-Thérèse, réservaient à Louis XIV de nouvelles conquêtes. Cependant ce traité, si avantageux à la France, n'a pas été à l'abri de la critique, même de la part d'écrivains français. Dès 1660, un bel esprit superficiel, Saint-Évremond, l'a attaqué, dans une lettre au marquis de Gréquy.

DES PYHEINEES (7 Nov. 1659). "255

Saint-Évremond est plus coiiiiii par sou auiour pour Ninou de Leuclos et pour la duchesse de Mazariu, que pour ses conceptions politiques, ses vers el sa prose. C'était un de ces sceptiques en politique el en religion, qui étaient déjà assez nombreux pendant la minorité de Louis XIV. Les uns, comme Vivonne, Bussy-Rabutin et leurs compagnons de l'orgie de Roissy, affichaient hautement leur mépris pour la religion et le pouvoir. D'autres, plus prudents, faisaient circuler, sous l'anonyme, des pamphlets où ils décriaient les actes du gouvernement. Saint-Évremond était de ces derniers. Après avoir sei^vi sous Gondé, il s'était séparé des princes, à l'époque de la Fronde, et avait écrit sa lettre sur la RelraUe de M. de Longueville dans son duché de Normandie, une des plus spirituelles satires de l'époque. Le cardinal ne récompensa pas Saint-Évremond, comme il croyait le mériter. Quelques mots piquants le firent même enfermer à la Bastille. Après sa sortie de prison, Saint-Évremond vécut dans la société du duc de Caudale, du commandeur de Souvré, de Ninon de Lenclos et d'autres épicuriens. Le marquis de Créquy, qui était son ami, le recommanda vainement à Mazarin; le cardinal refusa de lui donner un commandement qu'il sollicitait. Ainsi s'explique l'hostilité qui, dans la lettre sur la paix des Pyrénées, tourne en ridicule toutes les actions du cardinal. L'ironie y est perpétuelle : c'était par charité chrétienne que le cardinal avait épargné les Espa-

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gnols. Rien n'était plus tacilc (jne d'écraser les ennemis, mais un cardinal anssidévot s'en serait fait scrupule. Tel est le thème que Saint-Évremond brode dans plusieurs pages. On sait que cette lettre fut trouvée dans les perquisitions qui suivirent l'arrestation de Fouquel, et que Saint-Evreinond, pour échapper à la Bastille, se sauva en Angleterre '.

Les adversaires de la paix des Pyrénées ont repris la thèse de Saint-Evreniond et l'ont développée avec un sérieux, dont elle ne parait pas digne. Ils invoquent, à la vérité, une autorité plus grave, celle de Turennc; mais où ont-ils trouvé la preuve de cette assertion? Dans la lettre de Saint-Évremond"-. Les Mémoires du maréchal s'arrêtent en 1658, avant le commencement des négociations de la paix des Pyrénées. On a publié, à la suite des Mémoires de Turenne •■, quelques lettres du maréchal, écrites enl659; elles ne parlent pas de la paix des Pyrénées. C'est donc, en définitive, Saint-Évremond qui est la seule autorité. C'est d'après son pamphlet que l'on admet qu'il eût suffi d'une ou deux campagnes pour

* La lettre de Saint-Évromond a été publiée dans le tome I, p. 36, de l'édition des OEuvies île Saint-Évremond, donnée par des Maizeaux en 1753.

- Saint-Evremond est un de ceux qui prétendent que Mazarin était jaloux de Turcnnc depuis la bataille des Dunes (ci-dessus, p. iô9, note -j). Nous avons déjà réfuté cette opinion. Les lettres citées, dans le cbapitre suivant, prouveront que Mazarin et Turcnne étaient parfaitement d'accord en 1659.

^ Pages 5:23 et suiv., à la suite des Mémouci de Turcnni' (édil. iMirliaud et Poujoulat).

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