DU TRAITÉ DES PYRÉNÉES
fortifiée par l'accession de l'électeur de Brandebourg et d'autres princes allemands , était en pleine vigueur.
Ce fut dans ces circonstances , qui semblaient rendre le triomphe de Louis XIV indubitable, que ce prince envahit les Pays-Bas espagnols (1667). La république des Provinces-Unies s'en émut. Le grand pensionnaire, Jean de Witt, éveilla les inquiétudes de l'Angleterre, qui, malgré son roi, s'unit avec la Hollande. La Suède entra aussi dans cette confédération, et Louis XIV, malgré la prospérité de ses finances, la supériorité de ses armées et de ses généraux, eut la prudence de s'arrêter et de rendre une partie de ses conquêtes (paix d'Aix-la-Chapelle,' 1668). Voilà la réponse de l'histoire à ceux qui, adoptant les critiques de Saint-Évremond, croient que la conquête des Pays-Bas espagnols eût été facile en 1659. Ils ne tiennent aucun compte de l'état d'épuisement où était alors le royaume, de ces cris de misère qui retentissaient, des Pyrénées à la Lorraine, du Rhin et des Alpes à l'Océan, ni de la voix des orateurs chrétiens qui suppliaient le roi et la reine de répondre aux vœux de leurs peuples et de conclure la paix. En blâmant le traité des Pyrénées, ils oublient les révoltes, qui éclataient en Normandie, en Anjou, en Poitou, en Sologne, et dont la principale cause était l'énormité des impôts, résultat de cette guerre de vingt-cinq ans.
Mais, dira-t-on, en 1659, l'Espagne n'avait plus
'2m RÉFUTATION DE LATCIUTIQUE
d'alliés. C'est une erreur; elle en avait de puissants et tout disposés à se déclarer contre la France, surtout les Provinces-Unies et l'empereur Léopold. La république des Provinces-Unies avait déjà prouvé qu'elle ne redoutait rien tant que le voisinage de la France. C'était pour l'éviter qu'en 1648 elle avait abandonné son ancienne alliée, la France, et conclu un traité particulier avec l'Espagne \ Déjà plus d'une fois elle avait menacé de joindre ses forces à celles des ennemis de la France, même lorsque ce ro aume et l'Angleterre étaient étroitement unis. Croit-on qu'elle y eût manqué, à une époque où elle voyait la France épuisée et l'Angleterre en proie aux discordes civiles? Les documents historiques prouvent le contraire. Les avis que Mazarin recevait de Bruxelles, en janvier 1059 "', lui annonçaient qu'une ligue se préparait entre l'Espagne et la Hollande. Don Louis de Gamarra s'était rendu dans les Provinces-Unies, ((afin de donner chaleur, disent ces avis, à MM. de Hollande, en leurs délibérations. Pour mieux venir à ce but, ledit ambassadeur travaillera alin que MM. les États (des Provinces-Unies), fassent un traité de ligue avec l'empereur et les princes d'Allemagne, qui sont intéressés à la conservation de la maison d'Autriche. » Les correspondants
* Voy. y Histoire de France pendant la minorité de Louis. XIV, t. H, p. i~o.
- Affaires étrangères, l'A^s-l]AS , t. iS (sans pagiiialion). Comparez les avis Iraiisuiis par Turenne, ci-dessus, p. 107-198.