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ET GOUVERNEUR D'ALSACE

obtint que le comte d'Harcourt, dont nous avons vu la trahison et la défaite en 4653 et i654, renonçât au gouvernement d'Alsace. Le cardinal lui fit donner, en échange , la province d'Anjou , cinquante mille écus et une riche abbaye pour un de ses fils'. Mazarin, qui avait déjà le gouvernement de Brisach, y ajouta ceux de Philipsbourg et d'Alsace.

Un des principaux soins du cardinal, pendant qu'il était éloigné de la cour, fut d'occuper assez l'esprit du roi pour l'empêcher de retomber dans la violente passion, qui avait failli troubler la France. Il se servit, pour le distraire et l'entourer de plaisirs, de sa nièce, la comtesse de Soissons. Cette sœur aînée de Marie Mancini avait été fort négligée par Louis XIV, pendant que Marie le tenait sous sa domination. Il avait même témoigné, pour Olympe, une sorte d'aversion; mais, après l'éloignement de Marie, la comtesse de Soissons parvint à dominer de nouveau le roi et la cour. On écrivait de Toulouse à Mazarin, le 14 octobre" : « Il (le roi) a repris, avec M'"' la Gomtesse% le commerce de lui parler, de rire avec elle, et particulièrement d'y jouer plus qu'avec qui ce soit, en sorte que cela va aussi bien qu'on le peut souhaiter et dure, comme cela, depuis dix jours... M. le comte de Soissons a repris aussi avec le roi

* Lettre de Nani, en date du 6 janvier 1659, ibid., f" 63. - Affaires étrangères, France, t. 908, f" 209. ^ On désignait ainsi la comtesse de Soissons (Olympe Mancini), comme on disait M. le Prince, M. le Duc.

'2(ÎS LA COIP. A TOII.OL'SE (1659).

rancicnne mariièœ de lui faire sa cour, d il n'y a personne qui peut (sic) s'apercevoir qu'il y ail eu aucun refroidissennent. » Une autre lettre, en date du 21 octobre, confirme ces renseignements *: « Le roi vit si bien avec M. le comte et M'"'' la comtesse de Soissons qu'il ne se peut rien de mieux. Sa Majesté donna à celle-ci, il y a trois jours, le bal et la comédie à l'archevêché, et puis ils firent ensemble medianoche^, ayant été plus de trois heures à s'entretenir, peut-être des choses passées plutôt que de celles de l'avenir. Hier soir, il fut jouer chez elle, où il avait déjà passé une soirée ; il y a passé la nuit jusqu'à trois heures du matin à jouer... Ils y ont joué à perdre deux mille pistoles avec un médiocre malheur, le roi, M"'' la Comtesse, M. de Yillequier, M. de Richelieu et M. de Varangeville\ »

Ces nouvelles rassurèrent complètement Mazarin sur l'état moral du roi, et lui rendirent toute la liberté d'esprit, dont il avait besoin, pour achever les négociations avec don Louis de Haro et s'occuper des dilapidations du surintendant Nicolas Fouquet, qui lui furent dénoncées par Hervart et Colbert. Dès i654, Fouquet avait réussi, comme

* Affaires élrangères, France, t. 908, f'' :230.

- Repas fait a|)rès minuit, lorsqu'un jour gras succédait à un jour maigre.

■^ Rocq (le Varangeville était secrétaire des coinniandennents du duc d'Anjou. (Voy. sur ce personnage les Mémoires de Daniel de Coanac, t. I, p. 273--27-1.)

MOIIT DE SEUVIEX (1059). 269

nous l'avons vu*, à s'emparer de la partie la plus imporLaule de l'admiuislratiou financière. La mort de son collègue, Abel Servien, arrivée le 17révrierl659, l'en rendit seul maître. Quoique Servien fût plus habile en diplomatie qu'en finances, sa présence contenait Nicolas Fouquet. 11 avait conservé auprès de Mazarin une autorité due à ses anciens et excellents services. C'était Servien qui, comme nous l'avons VU", avait rédigé au mois d'août 1(358, d'après les indications de Mazarin, une remarquable réfutation des pamphlets de Retz contre l'alliance anglaise.

Après la mort de ce collègue, Fouquet ne coniuit plus de frein à ses passions. Il engloutit des millions dans les splendides constructions de son château de Vaux-le-Yicomte' ; il entretint de nombreux espions auprès du roi et du cardinal, et chercha à se préparer des appuis pour lutter un jour contre le ministre \ Il avait acheté Belle-lsle et voulait en faire, en cas de nécessité, une place forte, où il pût résister à Mazarin et même au roi. Ce fut pendant l'année 1659 que se donna surtout carrière l'ambition

' Tome précédent, p. 253.

- Voy. ci-dessus, p. 166.

■^ Aujourd'liui département de Seine-el-Marne , arrondissement et canton de Melun.

■^ Voy. ci-dessus, p. 200, note 2, ce qui concerne .M"'= de Treseson, envoyée à la cour de Savoie pour s'emparer de la confiance de Mar!,mcrile de Savoie, au moment où l'on croyait qu'elle serait reine de France.

270 AMBlTIOiN DU SURINTENDANT

du surintendant , resté seul maître de l'administration financière. Ce fut aussi à ce moment que, surveillé par Hervart et Golbert, il fut dénoncé à Mazarin et faillit être livré à une cour de justice, qui lui aurait fait rendre gorge pour ses dilapidations et aurait puni ses projets audacieux.

Il y avait longtemps que Fouquet travaillait à élever sa fortune, par les hautes positions qu'il avait procurées à ses frères et à ses amis, dans le clergé, dans l'armée et à la cour. Je ne reviendrai pas sur Basile Fouquet, qui avait été un des agents les plus actifs de Mazarin. Cet abbé Fouquet, homme d'action et de police, était trop ambitieux et trop entreprenant pour vivre longtemps d'accord avec son frère, le surintendant; il y eut entre eux des scènes violentes, où le surintendant reprocha à l'abbé ses amours ridicules, pendant que l'abbé accusait son frère de vols et de complots criminels. Les autres membres de la famille secondèrent mieux le surintendant. François Fouquet, l'aîné de tous, avait été nommé évêque de Bayonne, dès 1639, puis transféré à Agde, en 1643; il était devenu, en 1656, coadjuteur de l'archevêque de Narbonne, et enfin, en 1659, titulaire de ce siège, un des plus importants de la France'. Il était à Toulouse au moment où la cour y résidait et il y jouait un rôle

* Voy. Loret, Mtize historique, lettre du IX octobre 1659. L'arthevêque de Narbonne fut enveloppé dans la disgrâce du surintendant en 1661, et mourut en exil.

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