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FOUQUET GAGNE LES POÈTES

Tellier, pour cent mille livres. Je crois que vous trouverez bon qu'en alleiidant que je vous procure quelque autre assistance, M. votre frère l'abbé ait sur ledit fonds cinquante ou soixante mille livres. Je vous prie que personne n'ait connaissance de cela, et de me mander quelle expédition il faudra faire pour l'exécution. »

Mazarin, avant de partir pour Saint-Jean-de-Luz, er« juin 1659, avait été visiter le magnifique château de Fouquet, à Vaux. Peu de temps après, le surintendant avait eu l'honneur d'y recevoir le roi et la reinemère. Il semblait alors au comble de lapuissancc . L'opinion publique, dont les gens de lettres étaient les interprètes, se prononçait hautement en sa faveur, et Fouquet avait l'habileté de s'attacher par ses bienfaits, les plus illustres d'entre eux. Ainsi Pierre Corneille, âgé de plus de cinquante ans et découragé par le peu de succès de ses dernières pièces, sembla se ranimera la voix et sur les conseils de Fouquet. On connaît les beaux vers par lesquels le poète remerciait le surintendant de ses encouragements :

Oui, g-éiiéreux appui de tout notre Parnasse,

Tu nie rends ma vigueur

Je sens le même feu, je sens la môme audace Qui lit plaindre le Cid, (|ui fil combattre Horace, El je me trouve encor la main qui crayonna L'àrae du grand Pompée et l'esprit de Cinna.

Ce réveil du grand Corneille produisit des tragédies qui, sans pouvoir être comparées à ses chefs-

ET LES GElNS DE LETTRES. -275

(l'œuvre, n'élaient pas indignes de sa vieille et glorieuse renommée. Il donna d'abord Œdipe (1059) et un peu plus idiY&Sertorius et Othon. Thomas Corneille eut aussi à se louer du surintendant. Dans la dédicace de sa tragédie de la Mort de Commode^ il parle « des généreuses marques d'estime » et des « bienfaits » qu'il a reçus de Fouquet. « Je voulais m'olïrir, lui dit-il, et vous m'avez attiré. »

Le surintendant avait, en effet, pour les gens de lettres de ces délicatesses qui rendaient ses faveurs plus précieuses. Parlant de Paul Fontanier-Pellisson, qui s'était attaché à sa fortune et qui s'honora par la fidélité de son dévouement, il disait : (( M. Pellisson m'a fait l'honneur de se donner à moi. » Personne ne lui resta plus attaché, dans le malheur, que les gens de lettres et les artistes, qu'avaient séduits sa libéralité et son affabilité. Parmi les poètes dont Fouquet encouragea les débuts, La Fontaine et Molière sont au premier rang. Tout le monde connaît l'élégie du premier intitulée : les Nymphes de Vaux. Le second composa pour Fouquet la comédie des Fâcheux. La nouvelle école poétique, qui allait s'illustrer par des chefs-d'œuvre, fut stimulée par les bienfaits du surintendant. Ce sont là des mérites incontestables ; mais ils ne doivent pas faire oublier les fautes dont Fouquet se rendit coupable, et qui provoquèrent, dès 1659, un véritable acte d'accusation contre lui.

Hervart etColbert unirent leurs efforts pourl'alta-

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