‹ Les Français d'aujoud'huiChapitre 132 sur 229 · A MAZARIN · texte numérisé non relu

A MAZARIN

l'Europe; et, après avoir fait toutes ces dépenses, je ne doute point que Son Éminence ne pût encore mettreen réserve une somme considérable tous les ans.

)) Après avoir exécuté toutes ces grandes choses, il n'en resterait plus que deux à faire qui n'en seraient pas moins glorieuses pour Son Eminence: l'une d'établir le commerce dans le royaume et les voyages de long cours' ; et l'autre, de travailler au retranchement de la multiplicité des officiers des justices souveraines et subalternes, des abus qui se commettent en la justice et de la faire rendre aux peuples plus promptement et à moins de frais. y>

C'était déjà le programme des réformes qui devaient illustrer le ministère de Golbert et les commencements du gouvernement personnel de Louis XIV. Ce mémoire parvint à Bordeaux, où se trouvait alors la cour, dans les premiers jours d'octobre-. Il fut arrêté par le directeur de la poste, Jérôme de Nouveau, qui était vendu à Fouquet ^. Le surintendant fut immédiatement averti, eut communication du mémoire de Golbert et en prit copie ^. Pour prévenir Timpres-

* Nous avons déjà vu (tome précédent, p. 23ct2i) queColhert représentait, depuis longtemps, à Mazarin la nécessité de rétablir le commerce et la marine.

- Golbert dit, dans une lettre qu'il adressa à Mazarin le 4 janvier 1660, que son mémoire dut arriver à Bordeaux le 5 octobre 1659.

^ Les soupçons de Golbert, que l'on trouve exprimés dans la lettre du i janvier 1660, sont confirmés par les Mémoires de Gourville, p. 525, de l'édit. Michaud et Poujoulat.

* Mémoires de Gourville , ibidem. Gourville raconte qu'il travailla avec Fouquet à copier le mémoire de Golbert.

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sion que celle acciiStation pourrait prodïiire sur le cardinal, Fouquet envoya Gourville à Saint-Jean-de- Luz, où il vil deux fois Mazarin '; il lui représenta qu'une cabale puissante décriait le surintendant, el que des ambitieux cherchaient à supplanter ce ministre. Gourville insista, si l'on en croit ses Mémoires, sur la difficulté de trouver de l'argent et sur le dangerque courait le crédit public, par suite des attaques contre Fouquel.

Ce qui fut probablement plus efficace que les arguments dont Gourville vante la puissance, ce fut l'arrivée de Fouquet àSainl-Jean-de-Luz(fin d'octobre). Mazarin était tout occupé, à celle époque, de terminer les longues négociations de la paix des Pyrénées ; il se borna, si l'on en croit Gourville, à déclarer à Fouquel qu'il voulait être informé, à l'avenir, des moindres détails de l'administration financière. Fouquet s'y engagea solennellemenl. La correspondance de Mazarin permet encore ici de compléter les mémoires et de les rectifier. Fouquet, d'après une lettre de Mazarin à Golberl-, promit de vivre en bonne intelligence avec ce dernier. On voit, par d'autres lettres, donl nous citerons des extraits, que Fouquet prit l'engagement de faire renouveler les baux des

' Mémoires, ibid., p. 526. Eu sn'n'unl ]es Mémoires de Gourville, jo ne puis me défendre d'une certaine défiance contre son récit; il aime à se mettre en scène et à faire croire qu'il a tout dirigé.

- Cette lettre du 22 octobre 1659 a été publiée dans le recueil de M. P. Clément, tome I"', p. 516.

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