A FOUQUET
tablissement du commerce, et gloire et avantage solide pour le roi et pour l'Etat. Continuez donc à travailler avec la même application, et, outre le mérite que vous acquerrez d'avoir contribué à rendre le royaume florissant, vous devez attendre des marques de la bienveillance du roi, qui répondront au service que vous lui rendrez. Cependant j'ai fait valoir, comme je devais, auprès de Sa Majesté, celui qu'elle reçoit en ce rencontre, et elle a eu la bonté de me dire tout haut, en présence de plusieurs personnes, comme elle jouait chez moi, qu'elle avait plus gagné en un jour qu'elle ne pouvait perdre en toute sa vie. »
La réduction des rentes présentait plus de difficultés que le renouvellement des fermes de l'impôt. Fouquet s'en tira habilement, comme le prouve la lettre suivante que lui écrivait Mazarin, le 16 mai 1060 ' ; (( J'ai appris avec beaucoup de joie que le retranchement des rentes se soit exécuté avec tant de douceur et de facilité. Je ne doute pas que cela ne se doive principalement attribuer à vos soins et à votre adresse, et assurément il n'en fallait pas peu pour conduire si heureusement une affaire où tant de gens considérables étaient intéressés et qui est si délicate. »
Enfin, le surintendant ne manqua pas, pour se concilier de plus en plus Mazarin, de se servir de l'influence que lui donnait sa qualité do procureur
* Affaires étrangères, France, t. 284, f" 359.
-28G CONDUITE J)E TUUENNE
général du park-ment; il obtint de cette assemblée qu'elleenverrait unedéputalion au cardinal pourle remercierde la conclusion du traité des Pyrénées, lorsque la cour reviendrait à Paris. « J'ai été très aise, lui écrivait Mazarin ', de voir la lettre que vous avez écrite à M. Le ïellier, sur les démonstrations que vous souhaiteriez que le parlement fit à mon égard, dans l'occasion de la paix. Je reconnais en cela la véritable amitié que vous avez pour moi, et je vous en suis très obligé, d Nous verrons, en effet, que le parlement adressa ses félicitations à Mazarin, lorsque la cour arriva à Vincennes, en juillet 1660.
Séduit par les llatteries et Thabileté du surintendant, Mazarin oublia les mesures dont il parlait, dans une de ses lettres pour le soulagement du peuple et le rétablissement du commerce'. C'était une illusion d'espérer, avec unadministateur telque NicolasF'ouquet, les bienfaits que Colbert parvint à procurer à la France par de vigoureuses réformes, par la surveillance la pi us vigilante et une austère probité. Fouquet €ontinua de prodiguer l'argent pour ses plaisirs et ses somptueux batiments.il fut, avec son frère l'abbé Fouquet, le mauvais génie de Mazarin. Tantôt unis, tantôt divisés par leurs rivalités ambitieuses, ils exploitèrent la reconnaissance du cardinal pour les services qu'ils lui avaient rendus au temps de la Fronde, et continuèrent de piller le trésor public. Lu
' Affaires étrangères France, ibidem. '
- Ci-dessus, p. 28i et 283.
PEiNDANT L'ANNÉE 1659. 1^87
conduite des Fouquet mérite d'être flétrie ; mais il faut reconnaître que Mazarin s'est fait leur complice en ne profitant pas des avis que Golbert lui avait donnés,
A ces courtisans avides et voleurs, on est heureux de pouvoir opposer une grande et noble figure, celle de Turenne. Après de longues et glorieuses campagnes, le maréchal n'avait pas abandonné son armée pour venir, comme le faisaient la plupart des généraux, se reposer à Paris et jouir de ses succès. Il était resté sur la frontière, à la tête de ses troupes, attentif à tous les mouvements de l'Angleterre, des Pays-Bas et de l'Allemagne. Sa correspondance avec Mazarin ' prouve avec quel soin il les suivait, toujours prêt à profiter des fautes des ennemis, et à saisir les occasions avantaoeuses à la France. En Ancfleterre, la faiblesse de Richard Gromwell avait donné l'essor à toutes les passions un instant comprimées par la main puissante de son père ' : puritains, indépendants, royalistes, toutes les sectes politiques et religieuses s'étaient relevées. L'armée se divisait, et l'on prévoyait de nouveaux bouleversements.
' La correspondance de Mazarin avec Turenne, pour les années 1659 et 1660, se Irouvc aux Affaires étrangères dans les tomes 48 et 49 de la Correspondance des Pays-Bas.
- Voy. V Histoire du protectorat de Richard Ciomwell, par M. Guizol (2 vol. in-8, 1856). M. Guizot s'est servi de la correspondance de Mazarin avec l'ambassadeur Bordeaux, et l'a souvent citée; mais il n'a pas eu connaissance des lettres de Mazarin à Turenne, où se trouve la véritable [lensée du cardinal.
iHH CORRESPONDANCE DE MAZARI N
Ces agitations, qui devaient aboutir à la restaulationdes Stuarts, ne nous intéiessent qu'au point de vue français. Mazarin se montra d'abord fort réservé et se borna au rôle de spectateur. Il écrivait à Turenne, le "21 mai 1659 ' : « La fiice des affaires est fort changée en Angleterre, et l'autorité de M. le Prolecteur y est entièrement éteinte. On ne sait pas encore quelle forme de gouvernement s'y établira. Il paraît seulement que les choses tendent à une république, qui ne serait pas fort avantageuse pour le bien public, ni pour les intérêts particuliers de cette couronne [de France], par des raisons qui vous peuvent aisément tomber dans l'esprit. Nous y verrons plus clair dans peu de temps et, selon ce qui se passera, le roi prendra ses mesures et ses résolutions. » Le Long Parlement, qu'Olivier Gromwell avait brutalement dissous, fut rappelé par les républicains et gouverna quelque temps l'Angleterre. Lockhart fut maintenu par cette assemblée comme ambassadeur de la république en France, et le parlement conlîrma la trêve conclue avec l'Espagne. « Le milord Lockhart, écrivait Mazarin à Turenne, le 6 juillet, étant venu me trouver jusques ici ", par oi'dre du parlement d'Angleterre, m'a dit que la république acceptait le renouvellement de la suspension d'armes, aux termes que nous l'avons conçue pour leur égard. Ensuite de quoi M. de Pimentel, qui s'est
* Affaires étrangères, Pay^-Bas, I. -i8, sans pagination. - Mazarin était alors à Chàleaunouf sur la Charente.