PROJETS DE MAZARIN
ce serait si ledit roi venait à mettre ses affaires en bon état par le moyen des assistances secrètes que vous auriez données au duc d'York, et que les Espagnols auraient la gloire et l'avantage de son établissement, sans les partager avec personne. Voilà tout ce que je puis dii'C confidemnient sur ce sujet... Cependant je vous conjure de tenir tout ceci dans le dernier secret, n'ayant communiqué à personne ce que vous me mandez', et la réponse que je vous fais, et étant bien aise de voir que vous vous êtes conduit en cela d'une manière [telle], que si les [affaires]- ne répondent pas aux espérances du duc d'York, on pourra dire qu'on aura ignoré tout ce qu'auront fait quelques officiers, qui, ayant eu l'honneur de servir avec lui en France, auraient conservé de l'amitié pour sa personne et pour ses intérêts '. »
La suite de la correspondance confidentielle de Mazarin avec Turenne prouve que, si le cardinal se souciait assez peu de Charles II, il aurait voulu profiter des troubles d'Angleterre pour s'emparer de Dunkerque. Il écrivait à Turenne, dans cette même lettre du 8 septembre : « Il est très important que
* Turenne avait communiqué à Mazarin l'autorisation qu'il avait accordée à quelques officiers de servir sous le duc d'York.
2 II y a les ennemis dans la copie.
^ Cette partie de la lettre de Mazarin ne peut laisser aucun doute sur l'approbation secrète qu'il donnait à la conduite de Turenne. C'est la réponse à l'interrogation suivante posée par M. Guizot (t. 1, p. 205 de VHistoire du protectorat de Btchard Cromwell) : c Était-ce com[)lèlement à l'insu de Mazarin que Turenne jetait dans leur cause (dans la cause des Stuarts) son nom et sa fortune?»
POUR S'EMPARER DE DUMvERQUE. 293
VOUS ayez l'œil à tout ce qui se passera à Duiikerque; car, si les révolutions, qui peuvent arriver en Angleterre, obligent ceux qui ont à présent la principale part dans le gouvernement de rappeler les troupes qui sont dans ladite place et à Mardick, et à nous prier d'y en mettre des nôtres, il le faudra faire, et tâcher aussi de m'écrire si, par d'autres raisons, ceux qui commandent à Dunkerque nous conviaient à accepter cette place, moyennant quelque gratification qu'ils désireraient pour nous la remettre, étant désespérés (n'ayant plus d'espoir) de la pouvoir conserver à cause des mouvements survenus en Angleterre, qui pourraient donner la hardiesse et la facilité aux Espagnols d'entreprendre de s'en rendre maîtres. »
Turenne ne chercha pas directement à nouer des relations dans Dunkerque; nous n'en avons, du moins, trouvé aucune trace dans ses lettres. Mais l'intendant de son armée, Talon, se tint à proximité de la place, dans l'espoir qu'il se présenterait quelque occasion de s'en em.parer. « J'ai demeuré, écrivait-il à Mazarin, le 13 septembre 1659', depuis quinze jours, sous des prétextes différenls, dans les places du côté de la mer, me tenant prêt au premier mouvement qui arriverait à Dunkerque, où j'avais pris les mesures pour ne pas [laisser] échapper la place pour le roi, les ennemis (les Espagnols) ayant
* Affaires étrangères, Pays-Bas, t. 49, sans pagination.