‹ Les Français d'aujoud'huiChapitre 151 sur 229 · AFFAIRE D'ORANGE · texte numérisé non relu

AFFAIRE D'ORANGE

avait qu'un droit de suzeraineté, et le comte de Dona, gouverneur de la place, refusait de lui en ouvrir les portes. Mazarin ne voulut pas en venir immédiatement à l'emploi de la force. Il espéra d'abord obtenir, par des négociations, la reconnaissance de la souveraineté du roi sur la principauté d'Orange. Guillaume III de Nassau, prince titulaire d'Orange, était mineur, et sa mère était fille de Charles P'', roi d'Angleterre. Ce fut à cette princesse, appeléepar Mazarin la princesse royale, qu'il s'adressa pour obtenir que la ville d'Orange fût remise en dépôt entre les mains du roi. Il écrivait, le 6 mars, à l'abbé de Montaigu, confident de la reine d'Angleterre' : ce Pour l'affaire d'Orange, il y a apparence qu'elle s'achèvera bientôt; mais, à ce que je vois, elle coûtera cher au roi, et il n'y a rien de si certain que toutes les résolutions que Sa Majesté prendra produiront un grand avantage aux intérêts de M. le prince d'Orange; car, pour ce qui est de M'"" la princesse royale, elle sera la maîtresse de tous, au lieu qu'à présent elle n'y est reconnue pour quoique ce soit. »

Cette négociation échoua par le mauvais vouloir de la princesse douairière'' d'Orange et du comte de Dona. La cour, qui était revenue à Aix, le 8 mars, reconnut qu'il faudrait employer la force des armes pour triompher de ces résistances. « On

* Affaires étrangères, ibid., f°» 222, 223.

-Emilie de Solms, veuve du statliouJer, Frédéric-Henri dj Nassau.

:îiO AFFAIRE D'OIUNGE (IG(JO).

avail d'abord espéré, écrivait Mazarin au surintendant Fouquet, le 12 mars', se tirer de cette afïaire d'Orange, moyennant deux cent mille livres, que l'on aurait données à la jeune princesse d'Orange ; mais, après s'en être entretenue avec la vieille duchesse douairière, elle a changé d'avis... Cette affaire, ajoute le cardinal, est d'une très grande conséquence pour les raisons qui vous peuvent aisément tomber (hiiis l'esprit; il n'y a rien, suivant les personnes les mieux sensées, qu'on ne doive faire pour se tirer cette épine du pied". » Il fallut faire marcher des troupes et tirer quelques coups de canon, pour contraindre le comte de Dona à recevoir le roi. Louis XIV fit raser une partie des fortifications de la place afin d' attester sa souveraineté ; mais on respecta les droits de la princesse royale. « M. Le Tellier, écrivait Mazarin à l'abbé deMontaigu^ a réitéré les ordres, afin qu'on ne touchât pas aux deux bastions, dont vous avez parlé, et pour donner protection aux ministres de la princesse royale, qui sont de ce côté-là, pour toutes les choses géîiéral.Miient qu'ils souhaiteront; mais, pour le reste, vous trouverez bon que je vous dise que les motifs de la religion et du service du roi sont trop forts pour y rien changer. »

* Affairc's étrangères, ibid., f» 235.

* On peut encore consulter, dans le même volume des AHaires étrangères, aux P'^ 250 et 384, plusieurs lettres de Mazarin à l'abbé de Monlaigu, où il est question de l'affaire d'Orange.

^ Aduires étrangères, France, t. 28i, f" 39i.

TURENNE NOMMÉ MARÉCHAL-GÉNÉRAL (1660). 311 Pendant l'expédition d'Orange, la cour s'était rendue à Avignon. En quittant cette dernière ville, elle alla à Montpellier, où elle arriva dans les premiers jours d'avril. Ce fut à Montpellier que Turenne vint rejoindre le roi et reçut la juste récompense de tant de glorieuses campagnes. Il fut nommé, le 5 avril 1660, maréchal-général des armées du roi. L'ordonnance, qui lui conféra cette dignité, rappelait les titres qu'il avait à une promotion extraordinaire. ((. Nous ne pouvions, y disait le roi ', faire un meilleur choix, ni qui reçût plus d'applaudissement... pour l'estime et la réputation universelles, que les recommandables qualités qui sont en sa personne, et les grands et signalés services, qu'il nous a rendus et à cet Etat, lui ont acquises. » Turenne prêta serment, le même jour, entre les mains du roi et l'accompagna jusqu'à Saint-Jean-de-Luz, où devait se célébrer le mariage.

Louis XIV avait reçu, de Rome, les dispenses nécessaires pour épouser l'Infante, et il apprenait que Philippe IV se préparait à quitter Madrid pour se rendre à Saint-Sébastien. II partit aussitôt de Montpellier (7 avril), traversa Pézénas et Narbonne, et visita Perpignan (10-15 avril); il donna des ordres pour la défense de cette place et du Roussillon, que la paix des Pyrénées avait définitivement cédés à la France. De Toulouse, où il arriva le 20 avril, il

* ACfaires étrangères, France, t. 909, f" 88.

Page 1