‹ Les Français d'aujoud'huiChapitre 152 sur 229 · MARIAGE DK LOUIS XIV · texte numérisé non relu

MARIAGE DK LOUIS XIV

alla à Auch (^23 avril), traversa Mont-de-Marsan et Dax, et fit son entrée à Bayonne, le i"'' mai. Il y resta huit jours, et lorsqu'il apprit que Philippe IV approchait de Saint-Sébastien, il se rendit à Saint-Jean de Luz.

Les deux rois se visitèrent d'abord par ambassadeurs, pendant que Mazarin et don Louis de Haro arrêtaient définitivement, dans de nouvelles conférences, le cérémonial du mariage et de l'entrevue de Louis XIV et de Philippe IV. Enfin, le 2 juin 1660, le roi d'Espagne se rendit de Saint-Sébastien à Fontarabie. Le 3 juin, don Louis de Haro, muni des pleins pouvoirs du roi de France, épousa, en son nom, l'infante Marie-Thérèse. La messe et les cérémonies du mariage furent célébrées par l'évêque de Pampelune *. Ce fut seulement le lendemain 4 juin que la reine, Anne d'Autriche, se rendit dans l'île des Faisans et eut une entrevue avec son frère Philippe IV. On y remarqua la différence de mœurs des deux nations. Anne d'Autriche, qui était venue fort jeune en France, et avait adopté les coutumes de sa nouvelle patrie, voulut se jeter dans les bras de Phi-

* Le mariage de Louis XIV avec l'infante d'Espagne , Marie- Thérèse, a été raconté, avec le détail de toutes les cérémonies, dans les Mémoires du temps. Outre les gazettes, on doit surtout consulter les Mémoires de .]/"« de Montpensier et de 3/"°" de Motteville, qui toutes deux avaient suivi la cour à Saint-Jean de Luz. Nous nous bornerons à un résumé rapide de ces détails bien connus pour arriver à des négo^iations plus importantes et sur lesquelles ont rapidement glissé les historiens, quoiqu'elles aient eu une grande importance pour la France.

AVEC MARIE-THÉRÈSE (9 Juin 1660). 313

lippe IV; mais la gravité espagnole n'admettait pas sesépanchements d'affection fraternelle. Philippe IV se borna à saluer sa sœur, à la mode de son pays, en lui serrant fortement les deux bras'. Le roi de France garda l'incognito pendant cette première entrevue.

Enfin, le 6 juin, les deux rois se réunirent dans l'Ile des Faisans, entendirent la lecture du traité de paix et en jurèrent l'observation sur les Évangiles. Les principaux seigneurs des cours de France et d'Espagne furent ensuite présentés aux deux souverains. On remarqua que le roi d'Espagne, au moment où la reine mère lui nomma Turenne, en fit le plus bel éloge, en disant : « Il m'a donné souvent de mauvaises nuits. » La séparation des deux cours eut lieu le 7 juin. Quoique le mariage eût déjà été célébré à Fontarabie, l'évêque de Bayonne en fit de nouveau la cérémonie solennelle, le 9 juin. Les princesses de la cour y parurent en grande pompe : M"^ de Montpensier y porta l'offrande ; deux de ses sœurs, jyjiics (i'A.lençon et de Valois, nées du second mariage de Gaston d'Orléans, soutenaient, avec la princesse de Garignan, la queue de la robe de la reine, Marie- Thérèse.

La cour revint lentement à Paris, en traversant Bordeaux, Blaye, Saint -Jean d'Angely, Poitiers, Bichelieu, Amboise et Chambord, qui était revenu à

* Mémoires de Monglat, p. 347.

314 ENTRÉE Dr ROI A PARIS (1660).

la Couronne comme tous les domaines apanages du duc d'Orléans. Elle arriva à Fontainebleau le 13 juillet, et y passa plusieurs jours. Enfin, le roi et la reine se rendirent à Yiiicennes où ils demeurèrent jusqu'au ^20 août, époque fixée pour leur entrée solennelle à Paris. Celle cérémonie eut lieu avec une magnificence, que célébrèrent les poètes de cette époque. On remarqua, entre autres, l'ode de Racine, intitulée : La Nymphe de la Seine, et le récit où La Fontaine raconta l'entrée du roi et de la reine dans Paris , en mélangeant agréablement et spirituellement la prose et les vers.

Le cardinal parut peu dans toutes ces fêtes; il était souffrant de la goutte. Cependant il reçut un honneur auquel il fut d'autant plus sensible qu'il venait de ses anciens ennemis'. Le premier président du parlement, Guillaume de Lamoignon, haranguant le roi, au nom de sa compagnie, fit un éloge pompeux du ministre. « Que le Ciel, dit-il, conserve à Votre Majesté ce conseil si fidèle et si clairvoyant, qu'il lui a suscité, dès le commencement de son règne, comme le seul qui pouvait être capable, par une prudence tout à fait admirable, de résister à tant d'événements si étranges et de conduire ce grand ouvrage de la paix à sa perfection, après y avoir incessamment travaillé l'espace de seize ans. » La dé-

' On a vu ci-dessus, p. :286 , que le procureur général avait contribué à obtenir du parlement qu'il envoyât une députation à Mazarin.

SITUATION DE L'ANGLETEKRE. 315

putalion du parlement vint ensuite présenter au cardinal les hommages de cette compagnie, qui jadis l'avait proscrit et avait mis sa tête à prix '.

Mazarin était alors occupé d'affaires tout autrement sérieuses. Tout en gardant, en face de l'Angleterre, une grande réserve, il n'avait cessé de suivre attentivement, pendant les voyages de Languedoc et de Provence, les diverses phases des révolutions de ce pays. Il écrivait, de Toulouse, àTurenne"-: « Pour ce (jui est des affaires d'Angleterre, je savais déjà bien qu'elles étaient disposées à se troubler de plus en plus. Ainsi je n'ai pas été surpris des dernières nouvelles que M. de Bordeaux nous en a données; mais pour vous parler librement sur ce sujet, je ne serais nullement d'avis que le roi s'en dût mêler à présent, à moins que le roi d'Angleterre n'eût un parti qui se déclarât publiquement pour lui, ou [qu'il] fût assuré qu'il le ferait après, à certaines conditions; car nous voyons bien que tous ces gens-là sont fort divisés et que chaque faction, selon son caprice et son intérêt, présente ^ une différente forme de gouvernement ; mais il n'y en a aucune qui parle de rappeler le roi, de sorte qu'il y a apparence que, si la France faisait la moindre démonstration de

* Ce fut vers la même époque tfae la Sorbonne donna à Mazaria le titre de Proviseur de Sorbonne, qu'avait porté Richelieu.

2 Affaires étrangères, Pays-Bas, t. 48. Celte lettre est du 17 novembre 1659.

^ Présente a ici le sens de soutient, veut faire prévaloir.

Page 1