DES ANGLAIS CONTRE LES HOLLANDAIS
chargée, pour le porter, sur ses vaisseaux, en tel endroit que le roi d'Espagne voudrait.
» Je vous confirme de nouveau, ajoutaii Mazarln, que cet avis est très véritable, et il sera bon de le faire savoir sans délai à M. le Protecteur, ou directement, ou parle moyen du colonel Lockhart', afin de faire moins d'éclat, tirant parole de M. le Protecteur que personne ne saura qu'il ait reçu cet avis de France. Au reste, il sera de sa prudence de porter l'affaire en Hollande, afin que l'on empêche cette province-là de s'engager ainsi avec les Espagnols en point si décisif et si important à leur mtérêt, étant même à craindre que la Hollande, après s'être engagée avec eux en chose si délicate, ne se porte plus aisément à le faire en toutes les autres qui regardent leur service. Vous pouvez faire savoir aussi que ledit Ruyter est très affectionné à l'Espagne, ayant été autrefois à Cadix, où il a reçu un trèb bon traitement. ))
J'ai cité un long extrait de cette dépêche, parce qu'elle montre avec quel soinMazarin Doursulvait ses plans. Instruit, par les espions qu'il entretenait à Amsterdam, comme à Bruxelles et à Madrid, il se servait habilement des avis qu'il recevait, pourmettre aux prises les puissances maritimes, exciter les antipathies et la rivalité de la Hollande et de l'Angle-
* Lockhart était, à cette époque, en Angleterre, où le Protecteur l'avait mandé, pour discuter avec lui les conditions de l'alliance défensive et oflensive avec la France.
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terre, faire avorter les projets de coalition formés par le Protecteur, et en même temps montrer aux Anglais une proie dans les riches galions d'Espagne, proie que leur disputait la jalousie des Hollandais. 11 réussit ainsi à rompre les projets de confédération générale, et se borna à s'unir avec le Protecteur pour combattre l'Espagne.
C'était, en réalité, la négociation de l'alliance intime avec l'Angleterre qui avait dominé toute la politique française, pendant l'année 1656. Mazarin, après avoir conclu un traité de commerce, avait hésité quelque temps à se lier plus étroitement avec le Protecteur. Les reproches d'une partie de la cour, qui s'indignait de voir la France s'unir avec un régicide, les promesses des Espagnols de conclure promptement la paix à des conditions raisonnables, l'avaient déterminé à envoyer Lionne à Madrid ; mais les prétentions exorbitantes des Espagnols, et l'échec deValenciennes,qui avait accru leur orgueil, l'avaient décidé à se rapprocher des Anglais. Toutefois, en recherchant leur alliance, il ne voulait pas se laisser entraîner par Cromwell ; il avait proposé à Lockhart un objet nettement détini, la guerre contre l'Espagne et l'abaissement de la maison d'Autriche. Cette négociation est une de celles oîi l'on peut le mieux se convaincre de la persévérance du cardinal. Il ne fut ni découragé par les délais artificieux de Cromwell, ni séduit par les brillantes perspectives d'une coalition européenne. Il maintint obstinément les conditions