LUTTE ENTHE LA SUÈDE
d'une affaire, la plus importante peut-être qui soit aujourd'hui dans la chrétienté, après celle que vous venez de terminer (la paix des Pyrénées). » Servien, que le cardinal consultait toujours sur les affaires d'Allemagne, était du môme avis : « L'assistance, disait-il en 1658, que Votre Éminence a fait envoyer aux Suédois, est un effet de son incomparable prévoyance. Quoique ce soient quelquefois des amis incommodes et difficiles à conserver, ce sont de braves guerriers, qui méritent bien qu'on ne les laisse pas périr, afin que la maison d'Autriche ait toujours cet os à ronger, qui lui donnera une fâcheuse occupation. ))
La lutte avait commencé, en 1655', entre la Suède et la Pologne-. Mazarin s'était efforcé, dès l'origine, de réconcilier ces deux puissances, amies de la France. Ses dépêches à d'Avaugour, ambassadeur de France en Suède, en fournissent la preuve; il lui recommandait de modérer l'ardeur belliqueuse du roi de Suède, Charles-Gustave, ou de la tourner contre la maison d'Autriche\ D'Avaugour n'y avait pas réussi. Les exploits de Charles-Gustave avaient été foudroyants. Avant la fin de l'année 1655, il avait
* Voy. le tome précédent, p. '213 et suiv,
2 Nous n'avons pas à raconter ici les guerres de l'Europe septentrionale ; mais il est nécessaire de faire connaître l'influence qu'exerça la France sur ces contrées. C'est une partie essentielle de notre histoire nationale, au dix-septième siècle*
^ Voy. dans le tome précédent, p. 275 et suiv., le projet de traité proposé par la France à Charles-Gustave, en 1655.
ET LA l'OLOGNE (1055-1660). 351
envahi et conquis presque toute la Pologne sur Jean- Casimir Wasa. On se rappelle les images éloquentes par lesquelles Bossuet a caractérisé cette invasion' : « Cliar] es-Gustave parut à la Pologne surprise et trahie comme un lion qui tient sa proie dans ses ongles, tout prêt à la mettre en pièces. » Varsovie était tombée au pouvoir des Suédois. La reine, Marie de Gonzague-Nevers, ne trouvant plus de sûreté à Cracovie , s'était réfugiée dans quelques domaines de Silésie, que le roi de Pologne tenait en fief de rempereur d'Allemagne, Ferdinand IH'-. La flotte suédoise assiégeait Dantzick, qui dépendait alors de la Pologne. Mazarin, sollicité par Anne de Gonzague, sœur de la reine de Pologne, et par Bartet, qui représentait cette puissance auprès de Louis XIV, étail trop prudent pour tenter d'arrêter par la force le conquérant Suédois ; il se borna à des remontrances et à des conseils.
«: Vous devez, écrivait le cardinal à d'Avaugour'^ travailler de toutes vos forces et employer l'autorité du roi pour l'ajustement des deux rois (de Suède et de Pologne), dont l'un est victorieux et l'autre malheureux. Il faudra que vous voyiez s'il se peut rien faire pour le soulagement de ce dernier et pour
* Oraison funèbre de la princesse palatine, Anne de Gonzague.
^ Lettre do Bartet, résident de Pologne à Paris, adressée à Mazarin le 2 octobre 1655 (Aff. étr., France, t. 894, f'^ 341 et suiv.).
^' Affaires étrangères, Suède, t. 19, f" 390. Dépèche du 29 octobre 1655.