LA PAIX DANS L'EUROPE SEPTENTRIONALE
•conquête du Danemark, allait devenir le maître de la Baltique; déjà il possédait presque toutes les côtes de cette mer, entre autres la Finlande, la Garélio, ringrie\ l'Esthonie, la Livonie et une partie de la Poméranie.
La France n'avait pas les mêmes intérêts que les républiques maritimes d'Angleterre et de Hollande pour s'opposer aux progrès de la Suède. Aussi Mazarin, après avoir vainement recommandé la prudence et la modération, dans le succès, à Charles- Gustave ^ chercha-t-il à préserver les anciens et fidèles alliés de la France des périls où les jetait l'ardeur belliqueuse de leur roi. L'ambassadeur d'Avaugour était mort, après avoir longtemps et utilement représenté la France auprès des rois de Suède ^ Il avait eu pour successeur, en i656, Hugues de Terlon*. Mazarin lui donna les mômes instructions qu'à d'Avaugour ; il devait travailler, de concert avec le président de Lumbres, ambassadeur de France en Pologne, à mettre un terme aux guerres ■de l'Europe septentrionale. De Terlon se joignit aux Anglais et aux Hollandais pour engager la Suède et le Danemark à signer la paix : un premier ti'ailé fut
* Aujourd'hui gouvernement de Saiat-Pétersbourg.
-Ci-dessus, p. 351 et 352.
^ La Correspondance de Suède, aux Affaires étrangères, coiilient un grand nombre de dépêches de cet ambassadeur.
^ Le chevalier Hugues de Terlon était fils d'un conseiller au parlement de Toulouse. Il a laissé des mémoires sur ses négociations de 1656 à 1661 (Paris, 1681, 2 vol, in-12).
356 PROJETS AMLITIELX DE
conclu SOUS la médiation de la France et de l'Angleterre, à Roschild ou Roskild*, le 28 février 1658. Les conditions étaient favorables à la Suède : elle devait conserver les provinces d'Aland, de Scanie et de Bleckingic, en y ajoutant l'île de Bornholm'^ et le gouvernement de Dronlheim\
Ce traité déplut aux deux partis. Le roi de Danemaik se plaignait d'y avoir perdu plusieurs provinces; Charles-Gustave, dont l'ambition était insatiable, voyait s'évanouir son rêve de domination exclusivi' sur la Baltique. Des deux côtés, on suscita des difficultés, qui rendirent impossible l'exécution du traité de Roschild. Charles-Gustave vint de nouveau assiéger Copenhague (août 1658), annonçant hautement l'intention de raser cette ville, de s'établir dans la province de Scanie et de fermer le passage du Sund. L'ambassadeur français de Terlon, qui accompagnait Charles-Gustave dans cette expédition, caractérise vivement, dans ses dépêches, les projets ambitieux du roi de Suède, ce Le dessein de ce prince, écrivait-il à Mazarin*, n'est autre que de se mettre en état de ne dépendre de personne, et très souvent il m'a tenu de tels discours, ainsi que ses minis-
* Ville du Danemark dans l'île de Seeland.
5 lie située dans la Baltique; elle appartient au Danemark. 3 Ville de la Norvège. On sait que la Norvège dépendait alors du Danemark.
* Affaires étrangères, Suède, t. 24, f" 483. Cette lettre autographe du chevalier de Terson est de 1659; mais elle revient sur les événements de l'année précédente.