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ENVERS LA FRANCE

porter la négociation de la paix à une heureuse conclusion. » Ce rôle de médiateur pacifique n'était pas sans difficulté. Il fallait surtout amener le roi de Suède à renoncer à ses vues ambitieuses. Il se montrait ingrat et se plaignait d'avoir été abandonné [par la France, au moment même où elle travaillait à empêcher l'Angleterre de se joindre aux Provinces-Unies pour l'accabler.

Mazarin répondait à ces griefs, en rappelant, dans une dépêche à Bierman, conseiller de Charles- Gustave, les services rendus par la France'. « C'est elle, disait-il, qui a inspiré aux Anglais la résolution, qu'ils ont faite, d'armer puissamment par mer pour tenir en échec les forces navales de MM. les États (des Provinces-Unies), qui lui allaient tomber sur les bras, et qui, jointes aux danoises, l'auraient entièrement accablé par leur grandeur. Elle avait fait retenir dans les ports le second armement, commandé par Ruyter, et donné le temps aux Anglais de faire le leur, et introduit, après cela, un projet de traité de paix, qui avait été signé par les Anglais et par MM. les États (des Provinces-Unies)'^. C'est tout ce qui se pouvait faire à son avantage, étant certain que les Anglais n'eussent jamais consenti qu'il fût devenu maître paisible du Sund, non plus que les Hollandais (n'y auraient consenti) pour des raisons connues de tout le monde. Tout ce jusqu'où leur

* Affaires étrangères, Suède, t. 24, f" 503 v". 2 Ce traité portait la date du 24 mai 1659.

3fi-2 CONGRÈS RÉUMS

politique a pu se relâcher, par les vives poursuites qu'en a faites la France, a été de travailler à faire subsister le traité de Roschild, malgré le dessein contraire des Hollandais et des autres amis et confédérés du roi de Danemark. »

Ces considérations firent impression sur le roi de Suède, et Mazarin conçut quelque espoir de la conclusion prochaine de la paix. Il l'exprimait au même conseiller Bierman, dans une dépêche du 26 juillet 1659* : « Je ne doute point que la France, l'Angleterre et MM. les États (des Provinces-Unies) marchant de bon pied, le roi de Danemark ne donne les mains à la paix avec celui de Suède, conformément au traité de Roschild, quelque aversion qu'il fasse paraître au contraire, et qu'il ne suive, en cette rencontre, les sentiments desdits États... J'ai lu avec plaisir les autres avis que vous me donnez, et surtout que le roi de Suède témoigne être persuadé de la passion que je conserve pour ses intérêts, et vous pouvez l'assurer derechef que, quelque chose (ju'il arrive en mon entrevue avec don Louis de Haro, sa dite Majesté reconnaîtra qu'elle n'a point d'ami plus véritable ni plus ferme que le roi, ni un serviteur plus sincère et plus passionné que moi. »

Un double congrès s'ouvrit enfin, en 1659, sous la médiation des puissances occidentales. Le président de Lumbres-, ambassadeur de France en Pologne,

* Affaires étrangères, France, t. 283, f° 66.

- Antoine de LoniI)res, ou de Lumbres, est qualifié, dans les

A OLIVA ET A COPENIIAqUE. 363

travailla activement h réconcilier la Suède, la Pologne et le Brandebourg, dont les députés se réunirent à l'abbaye d'Oliva, près deDantzick. Le chevalier de Terlon remplissait, dans le même temps, avec les représentants de l'Angleterre et de la Hollande, le rôle de médiateur au congrès de Copenhague et s'efforçait de conclure la paix entre la Suède et le Danemark. Ces négociations marchèrent très lentement. En effet, de puissants obstacles s'opposaient à la pacification du Nord: d'abord, l'opiniâtreté du roi de Suède, qui ne voulait pas renoncer à ses conquêtes, et ensuite les intrigues de la maison d'Autriche, qui espérait enlever aux Suédois, en perpétuant la guerre, les États que la paix de Westphalie leur avait accordés en Allemagne.

Mazarin, qui, à cette époque, discutait avec don Louis de Haro des conditions de la paix des Pyrénées, se défiait des lenteurs calculées du ministre espagnol ; il y voyait un moyen de gagner du temps, pour favoriser l'empereur Léopold et la coalition qu'il dirigeait dans l'Europe septentrionale. Il écrivait à Turenne, le 8 septembre 1G59 ' : a Les progrès, que l'empereur et ses confédérés pourraient faire contre le roi de Suède, obligeraient peut-être celui de Danemark à se tenir ferme à ne vouloir pas donner les mains à l'accommodement, dont il est

actes du traité d'Oliva, de conseiller du roi en ses conseils d'État et privé.

* Affaires étrangères, Pays-Bas, l. 18.

361 INTEIWENTION ÉNERGIQUE

sollicité par l'Angleterre et les Hollandais, et [exciteraient] le roi de Pologne à en faire de môme, de son côté, par l'espérance que celte diversion lui donnerait de pouvoir remporter plus d'avantages sur le roi de Suède dans la continuation d'une guerre, qu'il n'en obtiendrait par la conclusion de la paix, à laquelle les plénipotentiaires de Pologne et de Suède travaillent présentement. »

Lorsque la paix des Pyrénées fut enfin signée, Mazarin intervint plus énergiquement en faveur de la Suède. Pendant que Charles-Gustave luttait contre le Danemark, l'électeur de Brandebourg , soutenu par l'empereur Léopold, avait envahi la Poméranie suédoise et l'avait en partie conquise. Les troupes, envoyées par Léopold, assiégeaient Stettin, contrairement aux dispositions formelles de la paix de Westphalie, qui avait garanti à la Suède la possession de cette partie de la Poméranie. Mazarin écrivit à M. de Gravel, qui continuait de remplir, en Allemagne, des fonctions diplomatiques, pour le presser d'agir auprès des membres de la ligue du Rhin, afin qu'ils s'opposassent aux attaques de l'empereur contre le roi de Suède, qui, comme duc de Brème et de Verden, et seigneur de VVismar, était membre de cette confédération. Le cardinal rappelait, dans cette dépêche, qu'il avait obtenu que l'Espagne elle-même agît auprès de l'empereur Léopold pour l'engager à con-

* Affaires étrangères, Pays-Bas, t. 48.

DE LA FRANGE ^ 659-1 660). 3b5

dure la paix. « J'ai fait en sorte, écrivait-il h M. de Gravel, le 22 novembre 1659', que don Louis de Haro s'est engagé à dépêcher deux courriers exprès au marquis de la Fuente, ambassadeur du roi d'Espagne à Vienne, et à lui écrire fortement pour disposer l'empereur et son conseil à apporter toutes sortes de facilités, de leur côté, pour terminer sans délai les différends qui causent à présent la guerre en Allemagne, déclarant que Sa Majesté catholique était en guerre avec les Anglais, et en ayant encore une autre sur les bras, qui lui sera d'une furieuse dépense, pour reconquérir le Portugal, l'empereur ne devait pas s'attendre à recevoir, dans cette guerre, aucun secours d'Espagne, quelque faible qu'il put être, ni d'hommes, ni d'argent, et qu'ils devaient, au même temps, considérer que, la France, se trouvant de grandes forces sur pied et étant en paix avec tout le monde, elle n'aurait nulle peine à secourir le roi de Suède avec de puissantes armées et des sommes d'argent considérables.

» A quoi ledit ambassadeur doit encore ajouter qu'il ne fallait pas douter des résolutions que la France avait prises là- dessus, puisque j'avais dit et confirmé plusieurs fois audit seigneur don Louis que le roi assisterait indubitablement le roi de Suède, si Sa Majesté ne voyait les choses disposées en sorte pour le repos de l'Allemagne qu'il n'y eût pas sujet

* Affaires étrangères, FnANCE, t. 283, f" 222.

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