DE LA FRANCE
pour faire la guerre [à l'empereur], et, sans courre aucune risque, elle pourrait espérer trouver de notables avantages, employant, comme elle est en état de faire, une armée de quarante mille hommes dans les États héréditaires de l'empereur, lequel, sans avoir égard au traité de Munster, et au serment solennel, qu'il a fait en dernier lieu à Francfort, de réparer les contraventions, qui y avaient été faites, et de l'exécuter ponctuellement à l'avenir, attaque directement le roi de Suède dans les États qui lui ont été cédés par le même traité. »
Mazarin écrivait, dans le même sens, au chevalier de Terlon, le 7 décembre 1659', et ajoutait que Louis XIV ne se contenterait pas d'accorder à la Suède les secours que Charles-Gustave lui avait demandés. L'envoyé de ce prince s'était, en effet, borné à prier le roi de France de lui fournir deux ou trois mille hommes de troupes licenciées à la suite de la paix des Pyrénées, avec quelque assistance d'argent, (( la demandant même, à titre de prêt, avec promesse de la rendre ». « Le roi, disait Mazarin, va bien au delà. Il a déclaré que, si l'empereur ne promet pas un prompt accommodement de la question de Poméranie, « il s'engage, à présent, ouvertement à une nouvelle guerre et à la soutenir avec des armées entières n).
En faisant cette menace, Mazarin avait soin
* Affaires élrangères, Suède, t. 24, f" 661.
3G8 MORT DE CHARLES-GUSTAVE (23 Février IGGO).
d'ajouter que le roi de Suède, de son côté, devait se montrer disposé à la paix, si on lui offrait des conditions raisonnables. Il connaissait assez l'humeur de ce prince pour savoir que ce serait un des principaux obstacles à l'heureuse issue des négociations; mais, si la France s'imposait des sacrifices pour son allié, elle ne voulait pas favoriser ses prétentions ambitieuses. « Il ne serait pas juste, ajoutait Mazarin dans la même dépêche du 7 décembre', qu'elle se chargeât seule de [soutenir] la guerre dans l'Empire et d'empêcher la perte de la Poméranie, pendant que le roi de Suède occuperait ses principales forces et sa personne à achever de conquérir le Danemark. » Le cardinal indiqnait les conditions, auxquelles la Suède pourrait traiter équitablement avec l'empereur et l'électeur de Brandebourg : elle devrait rentrer dans ses possessions de Poméranie, mais ne rien exiger ni de l'empereur ni de l'électeur pour la réparation des places ou les frais de la guerre. Il recommandait la même modération à l'égard du Danemark. Il eût peut-être été difficile de faire accepter ces conditions équitables à un prince obstiné et ambitieux, comme Charles- Gustave; mais la mort, qui le frappa subitement à l'âge de trente-huit ans, facilita la conclusion de la paix. Un des correspondants de Mazarin, nommé Saint-Aubin, lui donnait des détails sur cet événement, dans une lettre du
* Affaires étrangères, Suède, ibid., f' 6G3.