‹ Les Français d'aujoud'huiChapitre 196 sur 229 · AVEC LA TURQUIE · texte numérisé non relu

AVEC LA TURQUIE

stantinople, nommé de la Haye, fut même accusé d'entretenir correspondance avec le chevalier de Grémonville', qui commandait les troupes vénitiennes dans l'Ile de Candie^. Un renégat livra au grand vizir des lettres chiffrées, que l'ambassadeur et son fils refusèrent de traduire. Le ministre turc, irrité, viola le droit des gens en faisant garder à vue l'ambassadeur dans son palais, et jeter dans un cachot son fils de LaHaye-Vantelet, son neveu Palluau et ses secrétaires (mai 1658). Les communications étaient, à cette époque, difficiles entre Gonstantinople et Paris. On ne fut informé, à la cour, que longtemps après, et d'abord par de vagues rumeurs, de l'insulte faite par les Turcs à l'ambassadeur français et du traitement barbare infligé à sa famille. Enfin de la Haye réussit à faire parvenir en France une lettre, datée du 27 juillet, où il se plaignait des Turcs et demandait vengeance^. « Je m'estime obligé, écrivait-il à Mazarin, de représenter à Votre Éminence que, parmi une infinité de barbaries et d'inhumanités qu'on sait avoir été commises par les Turcs contre des personnes de toute condition, il serait bien difficile de trouver quelque exemple d'un acte plus barbare et plus inhumain que celui qui a

* Louis Bretel de Grémonville, chevalier de Malte, devint plus tard ambassadeur de France en Autriche, et conclut le traité dont nous avons parlé ci-dessus, p. 257, note 3.

- Affaires étrangères, Gonstantinople, t. 5, f" 615.

^ Affaires étrangères, Gonstantinople, t. 5, f" 582.

:m INSLLTE FAITE PAU LES TIHCS

été commis contre la personne de mon fils , et M. de Palluau, mon neveu, de mes secrétaires et contre la mienne même. Tous les respects d'alliance et d'amitié, le droit qui s'observe parmi toutes les nations du monde et toutes les lois de la justice, non seulement civiles, mais encore naturelles, se trouvent également violés dans cet attentat. De savoir quel ressentiment cela mérite, c'est. Monseigneur, ce que Votre Éminence jugera mieux que personne, mo contentant de l'assurer qu'il est fort facile de tirer vengeance de cette injure. Ce qui serait un très grand honneur pour la France, et un très grand avantage pour de pauvres marchands, qu'on sait avoir été ruinés par les déprédations de ces gens-ci; qu'on délivrera, par cette voie, mille Français faits esclaves par ces barbares, au préjudice des traités de paix. En un mot. Monseigneur, ce serait une juste vengeance des injures passées, et un vrai moyen pour empêcher qu'il ne s'en commette plus de semblables à l'avenir. y>

Comme la guerre contre l'Espagne durait encore, à cette époque, Mazarin ne jugea pas prudent de s'engager dans une lutte déclarée contre les Turcs. Il se borna à envoyer à Gonstantinople un de ses agents diplomatiques, nommé Blondel, qui était résident à Hambourg et chargé momentanément d'une mission auprès de l'électeur de Brandebourg, Frédéric-Guillaume. La dépêche, qui ordonnait à Blondel de se rendre à Gonstantinople, est datée du 19 septem-

A L'AMr.ASSADEUR DE FRANCE. 381

bre 1658'. La gravité de TafFairc y est indiquée ; il s'agit, disait la lettre du roi, « de rétablir la parfaite amitié et l'union, qui a été, au passé, professée entre mes prédécesseurs et moi et les empereurs ottomans, ou bien de la rompre, si l'orgueil du Levant ne peut être amolli. » Toutefois le roi commandait à Blondel d'user d'une grande prudence, dans la crainte que les Turcs ne s'alliassent avec les Espagnols.

Blondel partit immédiatement pour Constantinople", en ti'aversant la Silésie, la Moravie, Vienne, Strigonie, Bude, Temeswar, Belgrade, Sophia, Philippopoli, Andrinople et la Roumélie. Les lettres du roi de France et les passeports, qu'il avait obtenus il Vienne, lui permirent de surmonter les obstacles

d'un voyage long et dangereux. Il arriva à Constantinople le 24 décembre, et y trouva l'ambassadeur de La Haye, auquel le sultan avait rendu la liberté en lui enjoignant de sortir immédiatement de Gonstantinople et de la Turquie; mais l'ambassadeur avait déclaré qu'il ne quitterait son poste que sur un ordre formel du roi, son maître.

Blondel apportait des lettres poui- le grand vizir et le sultan. Il fut reçu par le grand vizir, qui demanda, avant tout, le rappel de l'ambassadeur. Blondel répondit qu'il n'avait aucune instruction à ce sujet.

* Affaires étrangères, ibid., f° 598.

'^ I;a relation da voyage de Blondel à Constanlinople se trouve, en triple expédition, dans le tome cinquième de la Correspondance de Constanlinople, aux Affaires étrangères. Elle est fort intéressante, mais trop étendue pour trouver place ici.

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