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AU SECOURS DE LA CANÉE

Le cardinal, malgré son flegme habituel, avait ressenti l'injure faite par les Turcs à l'ambassadeur français. Sans leur déclarer ouvertement la guerre, il chercha à se venger en secourant les Vénitiens. Il fit préparer à Toulon une expédition maritime', pour envoyer des troupes dans l'île de Candie, et punir les États barbaresques, et surtout Alger, des pirateries que l'Europe était impuissante à réprimer. Le commandement de la flotte, composée de seize vaisseaux, fut confié au chevalier Paul, lieutenant général des armées navales. Les quatre mille soldats, que portait la flotte, devaient être placés sous les ordres d'un prince étranger, Alméric de Modène. Gomme les Vénitiens avaient le plus grand intérêt à hâter les préparatifs de cette expédition, l'ambassadeur de cette république, Nani, laissa à Toulon son secrétaire, Francesco Marchesini", chargé de surveiller l'embarquement des troupes et de presser le départ. Marchesini se plaignait du manque de matelots ^ Le recrutement des soldats qui devaient être transportés dans l'île de Candie présentait de grandes difficultés*. Ils redoutaient ce service lointain, et on

* Voy. ci-dessus, p. 307.

^ On trouve, à la Bibliothèque nationale, dans le recueil des ambassadeurs vénitiens {Filza 123), les lettres de Francesco Marcliesini relatives à celte expédition.

^ € Il ritardo proviene da mencanza di matelolli (sic). » {Ibid., f» 31. Lettre du 20 avril 1660.)

* Le chevalier Paul disait à Marchesini qu'il ne pouvait se figurer combien grande était la résistance des soldats pour aller servir la république de Venise en Candie (non potendo rappresenlarmi quanta

3t^i MAUVAIS SUCCÈS DE L'EXPÉDITION.

était obligé de dissimuler, sous divers prétextes, le but de l'expédition'. Enfin, malgré toutes ces difficultés, l'armée navale partit, divisée en plusieurs escadres, et cingla vers les îles Ioniennes. Là, les troupes furent embarquées sur des vaisseaux vénitiens et conduites au secours de la Canée, assiégée par les Turcs. On répandit le bruit que ces auxiliaires, commandés par un prince italien, avaient été levés par ordre du pape Alexandre VII. L'expédition n'eut pas de succès : les troupes furent décimées par les combats et par les maladies. Le prince Alméric lui-même mourut de la peste.

Si l'on en croyait la Muze historique de Loret^, les attaques contre les Barbaresques auraient mieux réussi. Les chevaliers Paul et de Valbelle auraient tiré vengeance des pirates de Tunis et d'Alger; mais les bravades du poète, apostrophant Tunis, Bizerte, le Maroc, Fez et Alger', méritent peu de confiance. Il était réservé à Louis XIV de poursuivre, avec un succès réel, l'œuvre entreprise par Mazarin. Ses troupes contribuèrent à la victoire que les impériaux remportèrent sur les Turcs (bataille de Saint-Gothard sur le Baab), et ses flottes punirent, par le bombardement d'Alger, les pirateries des Barbaresques.

grand' era la reniteiizu di soldati di poiiarsi al servilio di Voslra Excelleiiza in Candia).

* Les dépèches de Marchosini, d'avril à juin 1G60, rendent compte de tous les obstacles qu'il fallut surmonter.

- Lettre du 25 septembre IGGO.

• Ibidem, vers 139-150.

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