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386 TRAITÉ AVEC l.E DUC
France. Les Mémoires du temps parlent des démarches que lit Charles IV pour obtenir la main de Marie Mancini, en y mêlant des incidents romanesques. MM. Amédée Renée et de Chantelanze ont reproduit ces anecdotes ; mais ils ont négligé la réponse que fit Mazarin à la demande du duc de Lorraine. Je le regrette d'autant plus, qu'ils y anraient trouvé, comme je l'ai déjà indiqué', une allusion très transparente à la conduite que le cardinal avait tenue, à l'époque où le roi l'avait supplié si vivement de lui accorder la main de sa nièce.
Mazarin revenait des Pyrénées, après le mariage du roi, lorsqu'il reçut, en juillet 1660, la demande de Charles IV. Il y fit une réponse, où le sérieux se mêle à l'ironie. « J'ai été un peu surpris, lui écrivait-il le 4 juin et 1660'-, de voir le commencement de la lettre que j'ai reçue de la part de Votre Altesse, n'ayant pas remarqué jusqu'ici que ma nièce eût des qualités si belles et si charmantes, qu'elles pussent gagner si vite le cœur d'un prince comme vous et de •plus obliger Votre Altesse à lui déclarer ses affections, sans avoir au préalable pris la peine de m'en •écrire. Mais ayant vu, dans la suite, la proposition qu'elle (Votre Altesse) me fait de m'employer auprès du roi pour vous faire remettre le duché de Bar, il
> Ci-dessus, p. 245, noie 1.
- Affaires étrangères, I.orhaine, t. 38, f»' i5 et suiv. Cette lettre <3St datée de Lusignan, près de Poitiers. Elle a été publiée, comuie je l'ai dit plus haut, p. :2i5, par M. le comte d'Haussonville.
DE LORRAINE (Février IGGJ). 387
nf a été fort aisé de démêler le véritable charme qui portait Votre Altesse à cette recherche, et je vous tivoue que j'ai été en quelque façon mortifié de croire qu'on m'ait cru capable de songer seulement à pro- 'Curer le moindre avantage à mes nièces aux dépens du roi et de TÉLat. » Mazarin ajoutait qu'il ne voulait ■rien faire qui put tant soit peu préjudicier au service de Sa Majesté, auquel on me ferait grand [tort], 'disait-il, « de douter que je ne sois tout prêt de •sacrifier de bon cœur tout ce qui m'appartient et ma propre personne. Je crois donc que Votre Altesse n'aura pas trouvé désagréable que je continue à tenir cette conduite, et pour cet effet elle trouvera bien de ne pas [me] presser davantage, l'assurant, au surplus, que j'ai toute la considération et l'estime possible pour sa personne. »
Cependant Charles IV, soutenu par les princes Lorrains établis en France, finit par obtenir des con- -ditions plus favorables. On a vu que la duchesse de €hevreuse, parente et amie du duc de Lorraine, était dans la confidence intime du cardinal. Elle contribua probablement à disposer Mazarin à faire rendre à 'Charles IV le duché de Bar. D'ailleurs, le cardinal •semblait, à l'approche de la mort, vouloir tout pacifier. Le traité qu'il conclut avec le duc de Lorraine, en vertu du pouvoir spécial que le roi lui en avait •donné', est présenté comme une pure grâce faite par
* La copie du pouvoir donné à Alazariu se trouve dans le tome 38, if" 108 et suiv. de la Corresp. de Lorraine, aux Affaires étrangères.