DE 3IAZARIN A LOUIS XIV
autres impositions de quelque nature qu'elles soient. » Mazarin insista sur la nécessité pour le roi de gouverner par lui-même : « Je devais bien prendre garde que chacun soit persuadé que je suis le maître; qu'on ne doit attendre les grâces que de moi seul, et surtout ne les distribuer qu'à ceux qui les méritent par leurs services, par leur capacité et par leur attachement à ma personne'. »
11 n'est pas question, dans ces articles, de membres du Conseil, recommandés par Mazarin ; il aurait dit seulement au roi qu'il avait ce près de sa personne des ministres fort capables et d'une entière fidélité; que c'était à moi à discerner à quoi chacun d'eux est propre pour les employer, selon leurs talents ». Si l'on en croit la tradition conservée par les Mémoires du temps, le cardinal aurait été plus loin ; il aurait donné au roi des renseignements particuliers sur ces personnages : il aurait loué la fidélité, la sagesse et la longue expérience de Michel Le Tellier. De Lionne aurait été aussi un des ministres recommandés, mais avec quelques restrictions. Quant à Fouquet, le cardinal, en vantant sa capacité, aurait signalé la nécessité de surveiller son administration. Enfin Mazarin aurait indiqué Golbert comme l'homme le plus capable de bien diriger les finances. On ajoute même que le cardinal aurait dit à Louis XIV : <f Sire, je vous dois tout, mais je crois m'acquitter
' On peut comparer ces conseils à ceux que Louis XIV donne à son fils dans ses Mémoires.
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en VOUS donnant Colbert. » Ce qui est certain, c'est que Mazarin insista sur la nécessité pour le roi de maintenir l'union entre les membres de son Conseil, <te les dominer et de faire servir la diversité de leurs talents et souvent l'opposition de leurs caractères et de leurs ambitions au bien de l'État et au service de la couronne. Point de premier ministre. « Chercher le meilleur parti parmi les différentes opinions, et, après cela, le soutenir hautement, sans permettre qu'il fût donné la moindre atteinte à mon autorité. » Le cardinal entretint aussi le roi sur les affaires étrangères*, comme le prouve le passage suivant de la lettre de Louis XIV à Charles II, roi d'Angleterre, pour lui annoncer la mort du cardinal : « Vous donnerez, lui disait-il-, quelques regrets à sa mémoire, et particulièrement quand vous saurez qu'un des conseils qu'il s'est le plus appliqué à me donner, pendant ses dernières et plus douloureuses souffrances, a été de m'étreindre avec vous de la plus
^ Les manuscrits cités par MM. P. Clément et de Cliaiitelauze n'en disent rien ; mais une note, qui est probablement de Rose, avertit que ces deux manuscrits sont incomplets. « Le roi, dit-il, par de certaines intrigues, cessa de dicter la suite de ces Mémoires. » Quelles furent ces intrigues, qui arrêtèrent le roi? Nous sommes réduits sur ce point à des suppositions. 11 parait toutefois assez vraisemblable que Louis XIV ne voulut pas consignt'r, dans des notes dictées à un secrétaire, les appréciations du cardinal sur Fouquet, sur les Brienne, etc. Il garda, il est vrai, le surintendant Fouquet dans son Conseil, mais en le faisant surveiller par Colbert. On sait que, six mois après la mort de Mazarin, en septembre 166i, l'ouquet fut arrêté.
- AÛaires étrangères, Angleterre, t. 75, f" 6.