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REPOS ET PUISSANCE RENDUS

grands, agitée par des pamphlets grossiers jusqu'au cynisme, elle tombait en ruines. Les provinces se révoltaient; l'autorité était foulée aux pieds. Le gendre du chancelier Séguier livrait aux Espagnols le passage du pont de Mantes* ; le parlement proscrivait le cardinal et mettait sa tète à prix. Mazarin, au milieu de ces orages, où les sentiments de patriotisme, les principes d'ordre, de justice et de patrie étaient si complètement oubliés, lutta courageusement contre la folie de ses contemporains et ne désespéra jamais du salut de la France. Il pouvait écrire, dès 1651 ■ : « J'espère que l'on me rendra en France la justice que l'on me rend ailleurs sur ce que, malgré toutes les traverses que j'ai eues, je n'ai jamais perdu courage, et que, s'il m'a été impossible de conduire, dans ces derniers temps, le vaisseau avec le même bonheur que j'avais eu auparavant, je l'ai, au moins, sauvé du naufrage, lorsque tout le monde travaillait à le faire périr. »

A peine rentré en France, après son dernier exil, en 1653, Mazarin soumit les provinces rebelles. Secondé par d'habiles collaborateurs et par une bourgeoisie dévouée, il fit triompher dans tout le royaume les principes d'ordre et d'autorité. La France se rallia avec empressement autour de

* Voy. le tome I, p. 3'2, de VHistoire de Fiance sous le ministère de Mazarin.

'J'ai cité celte lettre du '20 mai 1651 dans le tome IV, p. 421, de VHidoire de France pendant la minorité de Louis XIV.

A LA FRANCE (1653-1661). m

Louis XÏV, qui était, pour elle, la plus haute expression de la patrie et de la gloire nationale. Bossuet, dans un sernrion sur la Providence^ prêché en 166^', signalait la nécessité et les heureux résultats de cet accord du souverain et du peuple : « Outre la science maîtresse par laquelle le prince commande, il y a une autre science subalterne, qui enseigne aux sujets à se rendre dignes instruments de la conduite supérieure, et c'est le rapport de ces deux sciences qui entretient le corps d'un Etat par la correspondance du chef et des membres. »

La littérature, qui se développa sous l'influence de ces principes d'ordre et de patriotisme, fait ressortir le contraste entre la France de la Fronde et celle que Louis XIV reçut des mains du cardinal. Aux ignobles pamphlets, dont Scarron est resté le type burlesque, succéda une littérature, où l'espj-it français a brillé dans tout son éclat et sa pureté. A côté de Pierre Corneille, dont le génie se réveillait, les noms de Pascal, de Bossuet, de Molière, de Bacine, de Boileau, de M""" de Sévigné, pour ne citer que les plus éclatants, caractérisent une période intellectuelle, où l'inspiration s'unit au goût, et l'élévation de la pensée à la beauté de l'expression. Sans doute ce n'est pas à Mazarin qu'il faut attribuer l'essor que prit alors le génie français; mais, pour qu'il put se développer, il fallait que les esprits ne

* Choix de sermons de la jeunesse de Bossuet, pai- M. Gandar, p. 137.

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