III
402 REPOS ET PlISSANCE
fussent plus égarés par les folles passions de la Fronde, et qu'aux extravagances de cette époque eût succédé une période de calme et de bon sens, où la France reprit possession d'elle-même, discernât ses véritables intérêts et se ralliât aux principes qui pouvaient la relever. C'est pendant les huit dernières années du ministère de Mazarin que cette transformation s'est accomplie, et nous avons vu avec quelle vigilance le cardinal ne cessa de travailler à réprimer la licence et à faire triompher les idées d'ordre et d'autorité.
Dans la politique extérieure, les résultats furent encore plus frappants. La Fronde avait fait perdre à la France la supériorité conquise pendant les premières années de la régence d'Anne d'Autriche. Les Espagnols avaient repris Dunkerque, Gravelines, Casai, Barcelone. Brisach était au pouvoir d'un ambitieux en pleine révolte, et l'Alsac eétait menacée par la branche allemande de la maison d'Autriche. La république d'Angleterre régnait sur les mers, et ses flottes insultaient les côtes de France, s'emparaient de nos vaisseaux, sans déclaration de guerre, et attaquaient le Canada. En 1661, tout est modifié. La France a triomphé de la maison d'Autriche par les traités de Westphalie et des Pyrénées. L'Angleterre qui, sous le protectorat d'Olivier Gromwell, avait été une alliée, souvent dangereuse, avait complètement changé de rôle. Son nouveau roi n'avait ni la capacité ni la puissance nécessaires pour lutter contre
r.ENDUS A LA FRANCE (1653-1661). 403
Louis XIV. Quel autre État de l'Europe eût pu disputer le premier rang à la France? Ce n'était pas l'Italie, morcelée en petites principautés. Mazarin était parvenu à y affaiblir l'influence de l'Espagne; s'il n'avait pas réussi à enlever à cette puissance le royaume de Naples, le duché de Milan et les présides deToscane,il avait, au moins, par ses alliances avec les princes italiens, balancé, dans la Péninsule, la puissance de Philippe IV. Les duchés de Modène, de Mantoue et de Savoie étaient dévoués à la France, et en 1G61, le fils du grand-duc de Toscane, Gosme de Médicis, épousa Marguerite-Louise d'Orléans, fille aînée du second lit de Gaston \ Ce mariage, préparé par le cardinal, donna à la France un nouvel et important allié.
La république des Provinces-Unies, puissante par sa marine et habilement dirigée par une aristocratie de riches marchands, voyait avec inquiétude les progrès de la France ; mais seule elle n'était pas en état de les arrêter. Mazarin connaissait la politique des Hollandais. Sans les attaquer et les pousser à des mesures désespérées,commclefitplus tard LouisXIV, il les avait contraints, par ses alliances avec l'Angleterre et avec la Suède, à se tenir sur la défensive. Quanta l'Allemagne, nous avons vu avec quelle habileté il avait su s'en faire une alliée, en se présentant toujours comme le défenseur des libertés germa-
* Ce mariage n'eut lieu qu'en avril 1661; mais la correspondance de Mazarin prouve qu'il était arrêté avant sa mort.