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DANS LE GOUVERNEMENT INTÉRIEUR

que la reine sache bien que je ne possède absolument rien, et que sous peu je serai réduit à la mendicité. »

Après son retour triomphant en i653, Mazarin voulut se mettre à l'abri de pareilles extrémités. En même temps qu'il s'assurait, dans Brouage, une place de sûreté, il confiait l'administration de sa fortune à J.-B. Colbert, dont il avait apprécié la probité et la sévère économie '.Colbert répondit à la confiance du cardinal : il fit rentrer les revenus de ses riches bénéfices, les droits que la reine lui avait cédés sur les salines de Brouage, et les émoluments de ses charges et gouvernements. Les revenus de Mazarin se montaient, en 1658, après de huit cent mille livres-, outre les sommes considérablesqui lui étaient dues et dont Colbert exigeait sévèrement les intérêts. Ces sommes évaluées en monnaie moderne représenteraient un revenu de près de quatre millions^ Il faut ajouter aux économies considérables, que l'administration de Colbert dut réaliser en plusieurs années,

il rentrait en France, à la tète d'une armée. (Voy. le tome I de V Histoire de France sons le ministère de Mazarin, p. 26 et suiv., et 90 et suiv.)

* Voy., tome précédent, p. 9 et 10.

* Voy. VEstat des biens, revenus et effets appartenant à Monseigneur en la présente année 1658, état dressé par Colbert et publié par M. P. Clément, t. I, p. 520 et suiv., des Lettres, Instructions et Mémoires de Colbert.

3 Aucun inventaire de la fortune de Mazarin n'a été dressé après son décès; il l'avait formellement défendu. Des évaluations approximatives portent ses richesses à environ trente millions de monnaie du temps.

-ilO AV.MUr.E ET IlAIUTlIlES MEIICANTILES

les prêts iisiiraires que Mazariii faisait à l'Etat sous des noms supposés'.

La correspondance du cardinal avec son intendant Golbert est remplie de détails financiers, qui dénotent l'avidité et les habitudes mercantiles du ministre. Au moment où partait pour l'Allemagne l'ambassade solennelle qui devait assister à l'élection de l'empereur', il se chargea de founiii- une partie des objets qui devaient être donnés en présent aux princes d'Allemagne et à leurs ministres. « On enverra, écrivait-il à Golbert*, vingt montres d'or de différentes façons, et j'en prendrai soin, en ayant quantité ici*. Vous direz cependant à Lescot^ qu'il m'envoie celles qu'il a, avec le prix, et même s'il a quelque autre galanterie d'or propre à faire des présents. » 11 ajoutait : « Je vous envoie quatre baudriers dont il y en a deux fort beaux et fort riches, et trois épées... En cas qu'il manque quelque chose aux épées et aux baudriers que je vous envoie, vous prendrez soin de les faire raccommoder*^. » Il serait facile de multiplier ces détails de brocantage. En insistant

• Les Défenses de Fouquet accusent formellement le cardinal de ces prêts usuraires, et il est diflicile de n'en pas admettre la réalité.

- V^oy. ci-dessus, p. 97 et suiv.

•' Bihl. nat., mscr. Raluze ; réponse marginale de Mazarin à une lettre de Colbert, en date du 27 juin 1G57. M. P. Clément n'a pas publié celle réponse de Mazarin.

* Mazarin était alors à La Fère.

5 Lescot était l'orfèvre que Mazarin chargeait habituellement

de faire pour lui des recherches et des achats d'objets précieux.

'' Colbert répondait à Mazarin, le 30 juillet 1657 : « Votre Emi-

DE MAZAI;L\ (1G53-1GGI). llf

sur de pareils faits, nous piouvons une fois de plus que nous ne cherchons à dissimuler ni les vices ni les ridicules de Mazarin.

Mais, en signalant les défauts du cardinal, il serait injuste de méconnaître qu'il faisait ordinairement un meilleur usage de ses richesses. Il avait le goût des arts : ses palais étaieut remplis de tableaux et de statues achetés en Italie et dans toute l'Europe'. Il attira en France des artistes italiens, et entre autres Romanelli, qui ornèrent de fresques ses palais de Paris et de Vincennes. Les lettres de Mazarin au président de Bordeaux, ambassadeur en Angleterre, attestent avec quelle passion il faisait rechercher et acheter les tableaux de Van-Dyck". Il avait soin d'insister pour qu'ils fussent de la première époque, où ce peintre ne confiait pas à ses élèves le soin

neiice m'a envoyé ilix-sepl montres dans une boîte qui n'était point remplie. Elle verra, par le mémoire du sieur Lcscot, que j'ai envoyé quérir aussitôt que je me suis aperçu du mauvais état auquel elles étaient, combien il y eu a de rompues. » Mazarin s'en prenait de cette mésaventure à sou valet de chambre, Bernouin. « C'est Bernouin, répond-il en marge, qui a fait celte belle affaire,, et qui est très capa))le de faire de même en toutes rencontres. S'il y en a quelqu'une (de ces montres) qui ne puisse servir, il faudra la laisser, et en acheter en échange pour faire le nombre de dix-huit. » H est assez probable que ces montres étaient toutes marchandises de rebut, et que Bernouin était fort innocent du mauvais état constaté par Colberl et Lescot.

* Voy. l'Inventaire des meubles de Mazarin, publié par M'' le duc d'Aumale, d'après l'original conservé dans les archives de hi maison de Coudé (I vol. in-S", Londres, 18Gi).

- J'ai déjà dit que M. de Cosiiac avait publié, dans ses Souvenirs du règne de Louis XIV, plusieurs des dépêches relatives à ces achats.

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