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PROTECTION ACCORDÉE AUX ARTS

Nicolas Fouquet, pour lui recommander les travaux, qui avaient été négligés pendant les guerres civiles et étrangères. « Je prie, lui écrivait-il le 5 janvier d660', M. le surintendant d'ajuster, avec le sieur Ratabon-, le paiement par mois, pendant la présente année, des deux cent mille livres, destinées pour les dépenses ordinaires des bâtiments du roi \ » La manufacture desGobelins, qui languissait, se ranima sous la direction du peintre Le Brun. « Dans l'année 1660, disent les Mémoires de la Société de l'Académie de peinture et de sculpture ^ Colbert, qui, sur un appui particulier du cardinal Mazarin, commençait d'entrer en concurrence avec M. Fouquet pour la surintendance des bâtiments, eut l'ordre du roi de faire, dans l'hôtel des Gobelins du faubourg Saint-Marceau, l'établissement des manufactures royales des meubles de la couronne. M. Colbert y apporta de grands soins et choisit M. Le Brun pour directeur de cet établissement. On y employa de très habiles hommes, qui furent choisis tant en France que dans les pays étrangers, d

Les Gobelins, les deux palais de Mazarin, les constructions du Louvre continuées sous son ministère, le Val-de-Grâce, les tableaux et les statues achetés à

* Affaires étrangères, France, t. 28 i, f" 20. 2 Surintendant des bàlinients du roi.

•' La suite de la dépêche indi(iue que cette somme était spécialement destinée au Louvre.

* Cité par M. P. Ciémeni, t. Y, p. 518, des Lettres, Instructions et Mémoires de Colbert.

il'. SACHIFICES PECUNIAIRES FAITS PAU .MA/.AP.IX

l'étranger, les tapisseries précieuses, dont il avait rempli ses palais, enfin les livres rares, les manuscrits qui enrichissent encore nos bibliothèques, sont des monuments permanents et gloi"ieux de l'intérêt que Mazarin portait aux lettres et aux arts, et du noble emploi qu'il faisait de sa forinne.

Il faut encore ajouter que, dans certaines circonstances où l'avarice du cardinal el l'intérêt de l'Etat se trouvèrent aux prises, il n'hésita pas à sacrifier ses richesses. Nous l'avons vu^, à l'occasion de l'ambassade d'Allemagne, où le trésor public ne pouvait fournir aux dépenses, emprunter, en son nom, pour satisfaire aux engagements contractés par Gramont ctde Lionne. Il faut citer la lettre qu'il écrivait, à cette occasion, àColbert, dans le but de triompher de l'opposition de son intendant à tous les projets d'emprunt"^ : c( MM. les ambassadeurs à Francfort se sont engagés, sur ma parole, à promettre, depuis trois mois, des sommes d'argent à diverses personnes pour avancer le service du roi en plusieurs points très ihiportants. Je vous fais ce billet pour vous dire que n'ayant pas été possible de tirer des finances cent mille écus que je demandais pour cela, je désire que vous envoyiez deux cent mille livres en monnaie à votre frère à Brisaclr^, lequel prendra le soin de les

^ Ci-dessus, p. l'27-128.

^ Afïiiires étrangères, Franck, f. 275, f" 'il5, aulographe. Cello kttre est datée du 23 juillet 1058.

^ On a déjà vu que Colbert de Coissy, frère de J.-P». Colhert, ■était intendant d'Alsace.

DANS L'INTÉiiKT DE LA FRANCE. il5

faire tenir à MM. les ambassadeurs en la manière qu'il ajustera avec eux. Je sais que vous n'avez pas d'argent, et que vous avez grande peine à fournir aux avances auxquelles je me suis engagé pour faire tirer au roi des avantages très considérables, dans la dépense de cette aimée, pour la fourniture du pain*; mais enfin, quand il faudra (faudrait) engager ma vaisselle et mes tapisseries pour cela, il le faut faire et sans y perdre un moment de temps; car il y a grand péril dans le retardement, et pour moi, si on ne me refait de nouveau-, il est impossible que je voie jour de servir le roi en donnant tout mon bien et le sang même, et que je ne le fasse, quand je m.e verrais réduit pour cela à demander l'aumône ou à perdre la vie, et comme j'ai mandé à M. le procureur général ^ quand mes efforts ne serviraient pas à faire subsister les affaires, un quart d'heure davantage, je le ferais tout de même.

» Enfin il faut envoyer cette somme, que je ferai suivre, après, d'une autre de cent mille livres, et je vous donne charge pour cela de vendre ou engager tout, sans me répliquer aucune chose, étant impossible que vous ne trouviez jusqu'à cent mille écus, donnant des gages et payant l'intérêt. Il .-era bon

* Nous avons parlé ci-dessus (p. 149-150) de celte fourniture du pain, qui donna aux courtisans l'occasion de se mo(iuer du cardinal et de son avarice.

- Si on ne change complètement ma nature.

3 Nicolas Fouquet, procureur général du parlement et surintendant des finances.

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