TESTAMENT ET LEGS
cent mille livres tournois, cl i;i charge de surintendante de la maison de la reine Marie-Thérèse, que le cardinal avait achetée deux cent cinquante mille livres. Marie Mancini, fiancée au connétable Colonne, n'eut que la dot de six cent mille livres promise à ce prince. Enfin le cardinal léguait six cent mille livres à sa dernière nièce, Marie-Anne Mancini, qui devinl plus lard duchesse de Bouillon. Il ne laissa à sa sœur, M'"" Martinozzi, qu'une pension viagère de dix-huit mille livres.
A ces legs destinés à sa famille, le cardinal ajouta des présents pour le roi*, la reine mère, la jeune reine et le duc d'Anjou ; des donations aux hôpitaux, à plusieurscouvents, à lapluparlde ceux qui l'avaient servi et à un certain nombre de Français et d'étrangers. Ce qui mérite le plus l'attenlion, dans ces dispositions testamentaires, c'est l'article relatif aux gens de lettres, dont xMazarin assura les pensions, même après sa mort. « Son Eminence, dit le testamentécrit sous la dictée du cardinal, ayant toujours eu une affection particulière pour les gens de lettres, et en ayant gratifié pendant sa vie un bon nombre de pe'nsions , qu'elle leur a fait soigneusement payer par chacun an, se réservait d'employer tous les moyens
*■ Si l'on en croit les Mémoires de l'abbé de Choisy (p. 570, éJit. Michaud et Poujoulat), Mazarin avait plus de quinze millions déposés en diflérents lieux. Le roi s'en empara, sur l'indication de Colbert.
2 Tome VI, p. 322, des CEuvres de Louis XIV, pul)liées par le général Grimoard.
DE MAZAr.IN (Mahs 1661). i'il
possibles, après la paix, pour faire fleurir les arls et les sciences plus qu'elles n'ont jamais fait dans le royaume; ce qu'ayant été empêchée défaire par la maladie, dont elle est attaquée depuis qu'il a plu à Dieu de donner la paix au royaume, mondit seigneur testateur veut et entend que ses légataires universels paient lesdites pensions pendant la vie de ceux à qui elles sont données, suivant le mémoire qui leur sera remis es mains par le sieur Colbert, certifié de lui, et que le paiement en soit fait par les mains des sieurs exécuteurs du présent testament', de ce qui sera échu auparavant, ou durant ladite exécution. »
La même pensée inspira à Mazarin la fondation du collège des Quatre-Nations, qui est devenu le palais de l'Institut. Un certain nombre déjeunes nobles des quatre provinces d'Alsace, d'Artois, de Roussillon et de Piémont", devaient y être élevés, au moyen des legs laissés par le cardinal. Le testament portait que son tombeau serait placé dans la chapelle du collège des Quatre-Nations. Celte fondation était un souvenir de la Sorbonne rebâtie par Richelieu et destinée à recevoir son tombeau^.
^ [.es exécuteurs testamentaires, nommés par Mazarin, étaient le premier président du parlement de Paris, Guillaume de Lanioignon, le surintendant Kouquet, le secrétaire d'État .Michel Le Tellier, et J. R. Colbert. Ondedei remplaç.i, dans la suite, Fouquet.
"^ A cause de Casai, occupé par les Français.
•^ La construction du collège des Quatre-Nations ne fut achevée qu'en 1684.
m DP:nNlERS MOMENTS
Tous les papiers du cardinal, lettres missives, négociations, traités devaient être remis entre les mains de Colbert'. Le cardinal déclarait n'avoir « rien de plus cher et de plus précieux et dont le secret soit plus important pour les affaires de Sa Majesté et de rËtat ». C'est grâce surtout à celte disposition que la correspondance de Mazarin nous est parvenue presque complète.
Après avoir réglé ses affaires domestiques, le cardinal donna ses derniers moments à sa conscience. Ce politique, tout entier aux affaires publiques, n'avait jamais paru très zélé pour les pratiques religieuses. Cependant il s'en acquitta convenablement et même avec une dévotion sincère, d'après un document contemporaine II fit prier le curé de Saint- Nicolas-des-Champs, Claude Joly^ qui fut depuis évêque d'Agen, de se rendre à Vincennes. « Vous voyez, lui dit-il, une personne qui souffre beaucoup. Il ne tient qu'à Dieu de me mettre en état de salut. Priez le pour moi, et que les douleurs qu'il m'envoie me soient utiles. » Claude Joly assista, pendant ses
' Zongo Ondedei, évêque de Fréjiis, était chargé des n^anuscrils italiens.
- Ce document, intitulé : Dernières paroles de M. le cardinal Mazarin, a été publié par M. P. Clément, dans le tome 1, p. 532, des Lettres, Instructions et Mémoires de Colbert. — M. de Chantelauze l'a complété au moyen de documents des Affaires étrangères {Correspondant, 10 août 1881).
3 Claude Joly, curé de Saint-Nicolas-des-(]hamp^, ne doit pas être confondu avec le chanoine Claude Joly, dont nous avons cité les Mémoires. (Voy. le tome précédent, p. 207, note 3.)
ET .MOr.T UE MAZAIIIN (9 .Ma lis IGGl). i2:j
derniers jours, le cardinal, qui lui demanda de l'entretenir surtout « des miséricordes de Dieu». Mazarin reçut rextrème-onclion, le 7 mars, et mourut le 0 •du même mois. La fin du cardinal fut paisible. « Il envisagea la mort avec fermeté, » dit M"'" de Motteville ^ L'évêque de Valence, qui assista aux derniers moments du cardinal , est encore plus explicite. <c Après avoir rempli chrétiennement ses devoirs envers Dieu, dit Daniel de Gosnac -. il la fit (cette dernière action) comme une autre action de sa vie, •c'est-à-dire comme un vrai sage, à qui la mort serait indifférente, et qui se regarde mourir comme spectateur. )) Cette tranquillité de Mazarin, en face de la mort, s'explique par le sentiment de confiance en la miséricorde de Dieu, qu'il demandait à Claude Joly •de fortifier en lui, et aussi par la conscience d'avoir religieusement rempli les devoirs que la Providence lui avait imposés envers la France et la royauté ^ Le corps de Mazarin fut déposé provisoirement
* Mémoires, t. IV, p. :22i, édit. Cliarpentier.
- Mémoires, t. 1, p. ^89, Daniel de Cosiiac élait présent, lorsque ^lazarin reçut l'extrêiTie-onction (ibid., p. 288).
^ Uh historien du dix-septième siècle, qui avait eu de fréquentes relations avec Mazarin, Priolo, a esquissé les principaux traits de la physionomie et du caractère di; ce mmistre {Do rébus gallicis, liv. XI, p. 492, de l'édition d'Ulreclit, 16G9). Les portraits historiques inspirent, en général, peu de confiance. Ce sont, presque toujours, des exercices littéraires, pastiches plus ou moins habiles des grands écrivains de l'antiquité. Cependant je n'ai pas cru pouvoir négliger ce jugement d'un contemporain, qui, d'après Saint-Simon, « a fait des portraits paiiaitement ressenihhmts >>. On trouvera le portrait de Mazarin, par Priolo, à l'Appendice 11.
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dans la chapelle du château de Vinecnnes ; il lut plus tard transporté, comme il Tavail prescrit par s(»ii testament, dans le tombeau placé dans la chapelle du collège des Quatre-Nations. A l'époque de la Révolution, les restes du cardinal furent exhumés et jetés dans la Ibsse commune. Le tombeau, sculpté par Goysevox, fut conservé et se trouve maintenant au musée du Louvre.
L'histoire, dont Mazarin avait invoqué l'équitable jugement ^ a été bien lente à répondre à son appel. La postérité est restée longtemps sous l'impression des pamphlets de la Fronde. Voltaire, qui a (jualilié cette époque de troubles avec une juste sévérité, a cependant reproduit les bruits calomnieux répandus contre Mazarin-. On ne pouvait connaître les services du cardinal (ju'en étudiant sa correspondance diplomatique. Tant que les archives des Affaires étrangères ont été fermées au public, l'appréciation sérieuse du ministère de Mazaiin était impossible. La réaction en sa faveur a commencé, lorsque M. Mignet a pu révéler une partie des trésors que contient ce dépôt. Le jugement qu'il a porté sur le cardinal dans son Inlrodiicfion aux néfjociations
* Le cardinal écrivait dès IGol : « Qualcunque disgratia mi arrivi, l'iiisloria non parlera clie Ijene di me, se vorrà dire il vero (quelque malheur qui m'arrive, l'Iiisloire ne dira que du bien de moi, si elle veut dire la vérité). » J'ai déjà cilé ce texte vt. 1, p. !20, de VHistoire de France pendant la minorité de Louis XIV).
- Voy. ci-dessus, p. 1 i5, noie ), cl p. Jô'J, note I.