GO DIFFÉREND ENTRE LA FRANCE
merce elles favorisera, pour cet effet, en tout ce qui lui sera possible *.
» An reste, il n'y a rien de plus faux que le bruit que vous me dites qui court de delà (en Angleterre) que le chevalier de la Lande et son compagnon avaient pris plusieurs vaisseaux hollandais, quand Ruyter les a rencontrés. Ils n'avaient fait autre chose, depuis qu'ils étaient à la mer, que le voyage, à droite route, de Toulon à Via-Reggio, où ils avaient porté de l'infanterie pour le service du roi, et s'en revenaient à Toulon pour y exécuter les ordres de Sa Majesté, qu'ils y devaient trouver. C'est une vérité constante et publique, laquelle il est bon de faire connaître aux lieux où vous êtes, et que ce qu'a fait ledit Ruyter est un pur effet des artifices et suggestions des Espagnols et de leurs adhérents, qui remuent ciel et terre, dans le conseil des Provinces- Unies, pour les engager à rompre avec la France. y> L'ambassadeur hollandais près de Louis XIV, Borel, chercha plutôt à envenimer qu'à apaiser la querelle. Il parla, au dire de deux de ses compatriotes qui étaient alors à Paris ^, « en vrai pensionnaire
> Les avances que Mazarin faisait à l'Angleterre pour s'unir contre la Hollande donnèrent lieu probablement à quelque projet de traité, que Duniont a inséré dans son Corps diplomatique, comme un traité réel, par lequel la France et rAnglcterre formaient une alliance pour combattre la Hollande. Ce traité apocryphe porte la date du 9 mai 1657. On n'en trouve aucune trace dans les archives des Affaires étrangères.
- Voilage de deux Hollandaii^ à Paris, p. 117. Comparez une
ET I-ES PROVLNCES-UMES (1G57). GI
(rAmslcrdam ». Il commença, d'après les mêmes témoins', « par un narre assez long et assez mal conduit des pirateries que les Français avaient exercées sur nos marchands... Enfin il n'est pas propre pour cette cour, et certes il n'a fait qu'aigrir les afïïiires par son procédé. »
Heureusement Mazarin venait d'envoyer, comme ambassadeur de France près des Provinces-Unies, un magistrat d'un esprit éclairé et conciliant, le président de Thou. Après avoir figuré dans la Fronde et dirigé le scrutin illégal, dans lequel Bronssel fut nommé prévôt des marchands de Paris", de Thou avait été exilé à l'époque de la rentrée du roi dans sa capitale, par la déclaration du *2"2 octobre 1652; mais il ne tarda pas à être rappelé, et Mazarin, qui connaissait son mérite, oublia ses erreurs et le fit envoyer en Hollande, en 1057, en remplacement d'un diplomate éminent, Pierre Ghanut, qui avait été successivement ambassadeur à Stockholm et à La Haye. De Thou se montra digne de lui succéder. Sa famille, sa réputation et ses talents lui assurèrent une telle influence en Hollande, qu'il obtint la restitution des vaisseaux, dont s'était emparé Ruyter, et
leUre de l'amljassadeur vénilien, Giustiniaiii, on dale du 17 avril 1057 {Fllza 120, i" 35).
^ « Nous nous trouvasiîics si près, disent les voyageurs hollandais, que nous enlendismes tout ce qu'il dit. »
2 Voy. le tome I, p. 227, de V Histoire de France sous le ministère de Mazarin.
m ARUIVÉE TARDIVE
prévint, par sa prudence, une guerre imminente entre la France et les Provinces-Unies '.
Cette querelle avait compliqué les embarras de la France, à l'ouverture de la campagne de 1657, et contribué à entraver les opérations militaires. Mazarin se plaignait aussi du retard des auxiliaires anglais, dont les premiers régiments n'arrivèrent en France qu'à la fin de mai 1657'. Pendant ce temps les Espagnols avaient jeté des troupes dansGravelines et dans Dunkerque, et il paraissait impossible, pour cette année, d'en entreprendre le siège. Le cardinal étaitil aussi fâché qu'il le disait de ces retards? Il est permis de supposer qu'il ne voyait pas approcher sans peine le moment où, en vertu du traité, il faudrait livrer aux Anglais une place aussi importante
* Les dépêches du président de Thou, pendant son ambassade, sont conservées aux Alïaires étrangères, dans la Correspondance de Hollande. Les minutes des dépèches de cet ambassadeur sont entre les mains de M. le baron d'Hunolstein, ainsi que les originaux des dépèches que lui adressèrent Mazarin et Brienne. M. le baron d'Hunolstein a conservé et classé ces papiers de famille avec le plus grand soin, et me les a communiqués avec une extrême bienveillance. Il serait bien à souhaiter que son exemple fût suivi par les familles encore nombreuses, qui ont hérité de correspondances diplomatiques du seizième siècle et du dix-seplième.
-Affaires élr;ingères, France, t. 274, P 2:25. Mazarin écrivait, le 10 mai, au comte de Rrienne : « J'ai été surpris de voir le retardement du corps anglais. J'avais pris mes mesures sur ce qu'il arriverait assurément du 7 au 8 de ce mois. » M. Guizot (Histoire de la révolution d'Angleterre, etc., t. II, p. 369) dit que les auxiliaires anglais, commandés par sir John Reynolds, arrivèrent à Boulogne le 13 et le li mai 1057; mais il suit le calendrier anglais, qui est en retard de dix jours sur celui de la France. Ce fut seulement le 23 et le 24 mai que débarquèrent les premiers auxiliaires anglais.
DES AUXILIAIRES ANGLAIS (Mai IG57). G3
que Dunkerque. C'était, du moins, ce que supposaient des étrangers qui se trouvaient alors en France et suivaient attentivement les fluctuations de la politique française. « La France, écrivaient dans leur journal les deux Hollandais*, dont nous avons déjà cité le témoignage, commence à avoir horreur de cette entreprise, d'autant que donnant ainsi pied aux Anglais en deçà de la mer, elle peut en recevoir un jour très grand dommage. »
Si Mazarin eut la pensée d'éluder l'exécution du traité, il la dissimula avec grand soin ; il conduisit jusqu'à Montreuil le jeune roi pour qu'il passât en revue les trois mille Anglais, qui venaient de débarquer à Boulogne (fin de mai 1657) '. Il écrivait, à cette occasion, à l'ambassadeur Lockhart ^ : « On ne manquera à rien dans l'exécution de ce qui leur a été promis. » Le cardinal s'engageait surtout à pourvoirlargement à leur subsistance. Cette question des vivres avait une grande importance pour une nation, que les voyageurs hollandais appellent carnasslèreK Les Anglais ne voulaient pas du pain de munition des soldats français'". Mazarin eut soin de donner des ordres pour qu'on les accueillit bien dans toutes
* Voyage de deux Hollandais à Paris, p. 217.
^ L'ambassadeur vénitien, Giustiniani , parle de ce voyage du roi et du cardinal, dans une lettre du 29 mai 1657 {Filza 120, f" 62).
3 Affaires étrangères, ANGLETERnE, t. 69, f"' 88-89. Dépêche du 24 mai 1657.
* Voyage de deux Hollandais ea France^ p. 180-18h ■' Ibidem.
6i LOUIS XIV PASSE EN REVUE
les villes où ils passaient, à Boulogne, à Montreuil, à Abbeville. « Le roi désire, écrivait-il à Lockhart clans la lettre du 24 mai citée plus haut ', qu'ils augmentent toujours déplus en plus d'inclinationpourla France par le bon traitement. » Il insistait cependant pour que ces auxiliaires allassent rejoindre le plus tôt possible l'armée, que commandait Turenne entre Aire et Saint-Omcr. « Votre Excellence, ajoutait-il, voit bien, par la marche de l'armée, qui est présentement entre Aire et Saint-Omer, prête à entreprendre sur les places de la mer, et, par la résolution que le roi a prise de s'avancer en personne de ce côté-ci, avec quelle passion Sa Majesté souhaiterait exécuter sans aucune remise ce qu'on a ajusté avec Votre Excellence. Mais les ennemis rendent à présent la chose impossible par le bon ordre qu'ils ont donné à la défense des deux principales places (Gravelines et Dunkerque), y ayant jeté leurs meilleures troupes et des munitions de guerre et de bouche en abondance. Il faut nécessairement remettre à une conjoncture plus propre l'exécution de ce dessein et ne perdre pas un moment de temps à faire quelque autre entreprise considérable. »
Mazarin s'efforçait, par ses flatteries et des indemnités pécuniaires, de faire oublier aux Anglais l'inexécution du traité. Lorsqu'ils arrivèrent à Montreuil, conduits par l'ambassadeur Lockhart et par
* Page G'ô, noie 3.
LES ANGLAIS (Mai 1057). 65
le général Reynolds, le roi les passa en revue, et en parut très satisfait. « Il ne se peut rien voir, écrivait Mazarin au président de Bordeaux ', de gens mieux laits, mieux disciplinés ni plus adroits aux armes que les troupes anglaises, qu'il (le protecteur d'Angleterre) a envoyées au roi "^ Aussi ne se peut-il rien ajouter à la satisfaction que le roi en a. i> On voit par la suite de cette lettre qu'il y avait eu quelques petites difficultés pour le paiement de ces troupes; mais qu'on leur avait accordé ce qu'elles demandaient et qu'elles devaient marcher, dès le lendemain, pour aller rejoindre Turenne \
Ce maréchal, qui avait, d'après les lettres de Mazarin \ une armée de vingt-quatre mille hommes, tenait en échec les Espagnols et Gondé, pendant que son collègue, La Ferlé, assiégeait Montmédi\ Cette place avait été investie, le 11 juin 1657 ; mais elle était bâtie sur le roc, et résista longtemps. Le roi alla en personne , avec le cardinal , assister au siège , qui coûta la vie à un grand nombre de Français, La jeune noblesse, excitée par la présence de Louis XIV, s'y dis-
* Affaires étrangères, Angleterre, t. (iO, ï" 92.
- L'ambassadeur vénitien dit aussi, dans sa letlre du 29 mai 1657 {Filza 120, f" 62), que les troupes anglaises avaient la répulation d'être « buouissima gente ».
3 Le camp des Anglais ne fut pas réuni à celui de Turenne ; mais la distance était peu considérable, et ils pouvaient agir de concert avec le maréchal.
* Affaires étrangères, ibid.
^ Cette ville faisait alors partie du Luxembourg ; elle est aujourd'hui comprise dans le département de la Meuse." '
(,(i SlÈr.E ET PRISE DE MONTMÉDI.
tingua.Mazarin écrivaitàlareine,lei2 juillet* :(? Tout le monde a voulu aller à la tranchée. Le grand maître (de rarlillerie)'-aeu deux canonniers tués près de lui. Mon neveu^ a failli elre emporté d'un coup de canon, et le marquis de Saint-Aignan *, qui y avait mené son fils, pour éprouver lui-même son courage, a été blessé d'un coup de pierre ; de quoi, je lui ai fait une forte réprimande. » Ce long et rude siège ne se termina rpie le 4 août, par la capitulation deMontmédi ^
Les Espagnols, arrêtés parTurenne, avaient vainement tenté une diversion contre Calais ; ils avaient été repoussés par la garnison. La prise de Montmédi fut suivie de celle de Saint-Venant, ville située sur la Lys ; Turenne s'en empara, le 29 août. Les ennemis avaient cherché à lui faire lever le siège en attaquant Ardres; mais ils n'avaient pas mieux réussi que dans leur entreprise contre Calais. Ces succès des Français,* auxquels les auxiliaires anglais avaient coopéré,' étaient loin de répondre à l'attente et aux espérances: de Cromwell. Il aurait voulu que, dès le commenCe-i ment de la campagne, on attaquât la ville de Dun-'
1 Affaires étrangères, France, t. 272, f" 148.
- Charles-Armand de la Porte, fils du maréclia de la Meilleraie
'• Philippe iMancini, qui devint duc de Nevers.
* François de Beauvilliers, marquis, puis duc de Saint-Aignan mort en 1687.
^ L'ambas9<\deur vénitien insiste sur l'importance de la prise d celte place, dont la garnison faisait des incursions en Champagne dans le Barrois et la Lorraine {Filza i20, f" 127).