SIÈGE ET PUISE
diate d'une des places maritimes. Turenne futchargé d'entreprendre le siège de Mardick. Il avait déjà pris, après Saint- Venant , La Mottc-au-Bois ^ château fort situé près de cette ville, et dont la garnison était un voisinage dangereux pour les Français, Il s'était servi, dans cette double expédition, du corps anglais de Reynolds, et avait pu reconnaître combien ces auxiliaires étaient exigeants. Turenne ne négligea rien pour les satisfaire. Comme ils se plaignaient de ne pas recevoir, à jour fixe, la solde convenue, Turenne sacrifia sa vaisselle d'argent, en fit couper pour trente mille livres, et fit marquer les pièces d'une fleur de lis. Elles furent distribuées aux Anglais, qui commençaient à se mutiner. « Quand on aura recouvré d'autre argent, ajoutent les voyageurs hollandais qui nous fournissent ce renseignement", on reprendra ces pièces. »
Vers la fin de septembre 1657, Talon, intendant de l'armée de Turenne, se rendit à Londres et prit, avec le Protecteur, les dernières dispositions pour le siège de Mardick\ Il yarriva le24septembre, et donna immédiatement à Mazarin des nouvelles de sa mis-
* Mémoires de Turenne, p. 186.
- Page 252 du Voyage de deux Hollandais à Paris, en 1657. Turenne ne parle pas, dans ses Mémoires, du généreux sacrifice qu'il fit en celle circonstance.
^ Mazarin, qui était alors à Metz avec le roi, écrivait au président de Bordeaux, le 27 septembre : « Je ne vous dis rien de ce qui se passe du côté de la mer, parce que .M. Talon, qui est on .Vngloterre, vous en aura entretenu. M. Lockhart étant venu ici (à Metz), de Paris, est allé vers M. de Turenne, et, si M. le Protecteur envoie
DE 3IARDICK (Sept.-Octogre 1G57). 71
sion '. « M. le Protecteur, écrivait-il le même jour, a fort bien reçu toutes les choses que je lui ai dites, delà part de M. de Turenne. » Le général anglais Reynolds, qui s'était rendu à Londres en même temps que Talon, pressait le départ des renforts. Talon annonçait à Mazarin, le 27 septembre, que deux mille hommes allaient s'embarquer, et que Reynolds devait y ajouter un régiment et des troupes prises sur les vaisseaux; ce qui ferait un corps de quatre mille hommes. Enfin, à son arrivée à Calais, le 3 octobre. Talon écrivait au cardinal : « J'ai laissé M. le Protecteur dans la meilleure disposition du monde pour contribuer de tout son mieux à l'attaque des places de la mer en Flandre. »
Turenne n'avait pas attendu le retour de Talon pour commencer le siège des villes maritimes. Après avoir pris Bourbourg - et plusieurs châteaux, qui protégeaient Mardick, il assiégea cette place, le 30 septembre, et la força de se rendre, le 3 octobre. Ce succès avait complètement rétabli la bonne intelligence, un moment altérée, entre le Protecteur et Mazarin. Ils travaillèrent de concert h fortifier celle
les assistances, que ledit ambassadeur a fait espérer, je ne douli' pas que nous ne fassions encore quelque chose de bon cette campagne. » (Aff. étr., France, t. 272, f<'276.)
' Affaires étrangères, Angleterre, t. 69, f"* 202, 203 et 201).
- Cette petite ville de la Flandre (aujourd'hui département du iS'ord), fut emportée en cinq heures; lettre de l'ambassadeur Giustiniani du 20 septembre 16D7 {Filza 120, f" 132).
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ville, plus dildcile, dit Turenne ', à conserver qu'à prendre. Elle était, en effet, menacée par les garnisons de Dunkerque et de Gravelines. On y mit des troupes anglaises ; mais alors éclatèrent les plaintes de tous ceux qui avaient regardé l'alliance avecCromwell comme une honte et un danger. On alla jusqu'à dire que Mazarin avait livréBourbourg aux Anglais. Colbert se hâta d'avertir le cardinal de ces bruitsrépandus par la malveillance^. Mazarin, qui s'était rendu à Metz pour veiller sur les affaires d'Allemagne, répondit à Colbert, le 23 octobre : « Il serait à souhaiter qu'il n'y eût ni mal intentionnés, ni gens qui, sous prétexte de dévotion, sont pires que les autres ; mais ce sont des gens qu'on ne déracinera jamais, et il se faut mettre l'esprit en repos de toutes leurs extravagances, tachant de punir celles qu'on pourra. Le roi n'a remis aux Anglais que lefort de Mardick, où il n'y a personne; etpourBourbourg, Sa Majesté Fa fait fortifier et le garde, et l'on a pris deux mille hommes de pied, de toute l'armée, et quatre régiments de cavalerie, qu'on y a déjà établis. Peut-être ony mettra cmq cents Anglais de ceux qui sont à la solde du roi, qui y demeureront en la même manière que firent les autres dans le Boulonais et ailleurs. Voilà la vérité
^Mémoires, p. 487. Mardick, qui n'est plus qu'un village du déparlemenl du Nord, avait alors une assez grande imporlance, parce que ce fort commandait la principale entrée du canal de Dunkerque à la mer.
- Lettre du "10 octobre 1G57, publiée en partie dans le recueil de M. Pierre Clément, t. I, p. 288.