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DES ATTAQUES DES ESPAGNOLS

Mancini, lieutenant des mousquetaires, s'y rendit lui-même, avec le baron de Baas, que nous avons vu remplir une mission diplomatique en Angleterre, en 4655*, et qui, en 1657, commandait, sous les ordres du jeune Mancini , la compagnie des mousquetaires du cardinal"'. Ce fut, par ces démonstrations énergiques, que Mazarin parvint à maintenir l'alliance avec Cromwell, malgré tous les efforts des Espagnols. Le cardinal, bravant les cris de ses ennemis, qui l'accusaient d'avoir trahi Thonneur de la France et sacrifié la religion, déclarait que l'union étroite de la France et de l'Angleterre était l'œuvre la plus utile qu'il eût jamais accomplie. Il faut l'entendre lui-même, dans une dépêche à de Lionne, repousser les accusations, affirmer qu'il n'a fait que prévenir les Espagnols, toujours prêts a s'unir avec les Anglais, et vanter, comme son chef-d'œuvre, son alliance avec Cromwell. « Je sais de science certaine, écrivait-il à de Lionne, alors en Allemagne^, que, s'il ne tenait, pour les porter à cela^, qu'à sacrifier le roi d'Angleterre et ses frères, et à consigner, entre les mains du Protecteur, Dunkerque, à condition qu'il le retiendrait jusqu'à tant qu'on lui remit Calais, qui

* Voy. le tome précédent, p. 3G0 et suiv.

- Cette circonstance a encore contribué à la confusion que l'on a faite entre les deux frères Paul, baron de Daas, et Charles, comte d'Artagnan. Ils servaient tous deux dans les mousquetaires du cardinal. (Voy. le tome précédent. Appendice, n" III).

•^ Dépèche du 11 janvier 1658. (.Vtï. étr., France, t. 277, f' 13.)

* Pour porter les Anglais à rompre avec la France.

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serait attaqué à forces communes, et à lui donner, outre cela, cent mille écus par mois, le traité en serait conclu par les Espagnols, en vingt -quatre heures ; et cependant il y a des fous, des méchants reconnus tels, et d'autres qui font le métier de dévots sans l'être, qui m'accusent d'avoir conseillé de mettre des Anglais dans Mardick, et l'on en crie hautement dans Rome, où la mauvaise volonté s'emporte jusqu'à din^ que les religieuses de Mardick ont été violées et chassées, les églises rasées et les moines et catholiques séculiers chassés, quoique non seulement il n'y ait jamais eu, dans ce poste, ni religieux, ni églises... Je ne doute pas qu'on ne m'ait cru incorrigible, voyant que toutes les crieries qu'on a faites, pour avoir mis des Anglais dans Mardick, ne m'ont pas empêché de pratiquer toutes les diligences imaginables, sans pardonner à aucune dépense, pour les y conserver, en contraignant les ennemis de se retirer, à lafm, dans leurs quartiers d'hiver, sans l'attaquer, comme ils avaient résolu de faire, tous les préparatifs, pour ce siège, étant déjà prêts à Dunkerque. Je finirai cette digression en vous disant que je ne m'étonnerai pas du bruit, et qu'il n'y aura rien à quoi je sois plus appliqué dans la guerre qu'à nous conserver l'amitié des Anglais, les ennemis m'apprenant qu'ils ne sont pas si méchants qu'on le publie, puisqu'ils souhaitent si passionnément une étroite union avec eux. Je n'ai jamais rien fait qui vaille, mais assurément c'est quelque chose d'avoir su empêcher la liai-

DE SES EXiNEMIS. 77

son, qui était sur le point d'être bientôtconclue entre nosennemis et l'Angleterre, etportercelle-ci à s'unir avec la France contre eux '. »

Cette laborieuse année 1657 n'avait pas été remplie seulement par la conclusion de Talliance intime avec l'Angleterre et par les expéditions que nous venons de rappeler. Mazarin avait eu à diriger, en Allemagne, une des négociations les plus importantes de son ministère. L'empereur, Ferdinand III, était mort, le i"'' avril 1657. La France avait eu souvent à se plaindre de ce prince, qui, dans les derniers temps de son règne, avait envoyé des secours aux Espagnols contrairement aux clauses formelles de la paix de Westphalie. Il avait d'abord fait passer clandestinement des troupes dans les Pays-Bas; puis, sous prétexte que le duché de Milan était un fief impérial, et que ceux qui l'attaquaient étaient les ennemis de l'Empire, il avait fait envahir les États du duc de Modène, et contraint le duc de Mantoue à quitter le parti de la France pour celui de l'Espagne. Mazarin lui reprochait aussi d'avoir formé une coalition des États du nord de l'Europe contre le roi de Suède, Charles-Gustave.

Louis XIV avait envoyé en Allemagne plusieurs négociateurs chargés de protester contre ces violations

* J'ai déjà cité l'éloge que Mazarin faisait de son traité avec Cromwell (voy. ci-dessus, p. 7); mais il m'a paru nécessaire de donner sa dépêche même, comme réponse aux attaques, qui, en 1657, aussi bien que de nos jours, ont été dirigées contre l'alliance conclue par Mazarin avec Cromwell.

7 s PLAINTES DE MAZARIN

de la paix de Westphalie. Le comte de Wignacourl s'était rendu à Vienne avec cette mission spéciale, en 1656'; mais ses représentations n'avaient eu aucun résultat. Mazarin chargea alors M. de Gravel d'insister auprès des princes de l'Empire sur la nécessité de faire respecter le traité, qui garantissait leur indépendance. « Le roi, disait le cardinal dans un manifeste du 14 août 1656-, avait eu sujet de se promettre que l'envoi que Sa Majesté a fait d'un gentilhomme à la cour impériale, pour se plaindre des diverses contraventions qui ont été faites au traité de Munster, en empêcherait, au moins, la continuation... Mais elle a appris avec beaucoup de déplaisir que, depuis son arrivée à Vienne, au préjudice des termes exprès dudit traité, non seulement on a continué d'envoyer, au secours des Espagnols dans les Pays-Bas, des troupes de l'Empereur, en faisant semblant de les licencier pour les faire passer au service d'Espagne par cet artifice; mais que, depuis peu, l'Empereur a résolu d'envoyer en Italie de dix à douze mille hommes, pour attaquer M. le duc de Modène, à cause que, dans la guerre qui est depuis plusieurs années entre les deux couronnes (de France et d'Espagne), il a pris le parti de celle de France. »

* Affaires étrangères, ALLEMAr.NE, l. 135. (Voy. les dépêches de Mazarin au comte de Wignacourl, en date du 18 mai 1656, 12 juin, etc.)

- Affaires étrangères, ibid. M. de Gravel représentait la France au[)rès de l'électeur de Mayence.

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