CONTRE L'EMPEREUR FERDINAND
Mazarin imputait surtout aux Espagnols cette conduite de la cour de Vienne. « Il ne faut pas s'étonner, ajoutait-il, que les Espagnols, se croyant aujourd'hui, par ce mariage', les maîtres de la cour impériale, et, par ce moyen, de toute l'Allemagne, si on le souffre, n'aient été aises de faire éclater leur pouvoir, en faisant rompre un traité solennel, qui a été conclu contre leur gré. » Ces faits devaient ouvrir les yeux aux électeurs et à tous les princes allemands et leur prouver qu'ils étaient obligés de s'opposer sans plus de délai à des entreprises, qui auraient pour résultat de les assujettir à la domination espagnole, et de remettre l'Empire, « au même état qu'il a été autrefois sous l'empereur Charles-Quint ».
Ces considérations touchèrent les électeurs, et la mort de l'empereur Ferdinand III, le I'''" avril 1657, leur fournit une occasion favorable pour se soustraire à l'influence de la maison d'Autriche. Le fils de l'empereur, Léopold, déjà proclamé roi de Hongrie, se préparait à marcher sur les traces de son père. Mazarin insistait vivement sur ce point, dans ses dépêches envoyées en Allemagne et en Angleterre. Il pressait le président de Bordeaux d'user de toute son influence, auprès du Protecteur, pour l'engager à combattre les prétentions de Léopold au trône impérial -. Il représentait fortement le danger
* Philippe IV, roi d'Espagne, avait épousé, en 1649, Marie-Anne d'Autriche, fille de l'empereur Ferdinand III. 2 Affaires étrangères, Anglete[\re, t. 69, f° 96.
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de la Suède. « J'ai des avis certains, disait-il dans dans une dépêche du 2 juin i657, que le roi de Hongrie, à l'instance des ministres d'Espagne, qui gouvernent son esprit encore plus qu'ils ne faisaient celui de l'empereur (Ferdinand 111), a ratifié tout ce que son père avait promis au roi de Pologne (Casimir Wasa), c'est-à-dire de l'assister, avec une armée, contre la Suède. » Charles-Gustave, roi de Suède^ était l'allié de l'Angleterre, comme de la France. Le Protecteur était donc intéressé, pour le défendre, à s'opposer à l'élection du roi de Hongrie au trône impérial. « J'ai cru, ajoutait Mazarin dans la même dépèche au président de Bordeaux, qu'il était absolument nécessaire de faire parvenir, par votre moyen, tout ce que dessus à M. le Protecteur, afin que, par sa prudence, il prenne les résolutions qu'il jugera plus à propos pour le soutien du roi de Suède. ))
Mazarin ne se borna ])as à exciter Cromwell et Charles-Gustave contre la maison d'Autiiche. H envoya une ambassade solennelle en Allemagne, pour combattre la candidature du roi de Hongrie', et conduisit à Metz le jeune Louis XIV, afin d'appuyer les négociations entamées avec les électeurs. Le roi et le cardinal restèrent à Metz, pendant les mois de septembre et d'octobre 1657. Le roi y reçut la visite de
1 Dès le 1''' mai 1057, l'ambassadeur vénitien, Giustiniani, annonçait l'intention de la France « d'impedire la continuatione deir Imperio ad Austriaci » {Filza 120, f' 44).