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MAZAIUN ÉLUDE INE ALLIANCE

alliance qu'il venait de conclure, le cardinal chercha h adoucir le malheur des Anglais qui avaient trouvé un asile en France. La reine, veuve de Charles P', obtint une augmentation considérable de sa pension, qui fut portée de six mille livres à dix mille livres, par mois. Le château de Madrid, dans le bois de Boulogne, lui fut assigné pour y demeurer avec sa petite cour*. Les Anglais, que le traité de Westminster forçait de s'exiler de France, reçurent des secours d'argent. Mazarin écrivait à l'abbé Fouquet que le roi voulait faire un présent de deux mille écus au comte de Bristol-, qui allait rejoindre le roi de la Grande-Bretagne. Le cardinal recommandait à l'abbé de « s'y employer de la bonne manière, afin qu'il (le comte de Bristol) fût promptement dépêché^ ».

Ces sentiments de bienveillance généreuse ne faisaient pas oublier au cardinal ses nouveaux alliés. Il chargeait le président de Bordeaux d'offrir des présents aux commissaires anglais qui avaient traité avec lui*; il envoyait des chevaux au Protecteur, et,

que l'on trouvera citée plus loin. Mais l'hyperbole même prouve l'importiiiice que Mazarin attachait à ce traité.

« C'est l'anihassadeur vénitien, Giustiniani, successeur de Sagredo, qui nous donne ces détails dans une lettre du 4 janvier 1656 (Bib. Nat. ; FiVza 118, f» 251).

■^C'était un des nobles anglais que l'article secret du traité de Westminster bannissait du royaume.

3 Lettre à l'abbé Fouquet en date du 27 juin 1656 (AIT. étr., An- GLETEfUtE, t. 66, {" 251).

< Aiïaires étrangères, Angleterre, t. 66, f" 235; lettre du 10 mars 1655.

LNTIiME AVEC CROMWELL, EX 1(j5o. 9

ce qui était plus important, le faisait avertir, dès le 26 avril 1656', des projets d'alliance entre Philippe IV et Charles II, roi titulaire d'Angleterre, et de l'espérance qu'avait ce prince de provoquer un soulèvement dans les Iles-Britanniques. Charles II devait débarquer en Ecosse à la tête d'un corps de troupes, et être bientôt rejoint par les Anglais restés fidèles à la cause royale. « Je ne doute pas, ajoutait Mazarin, que M. le Protecteur n'ait l'œil ouvert et n'ait pourvu à tout pour rendre inutiles les desseins des Espagnols. »

Mazarin ne porta cependant pas le zèle pour ses nouveaux alliés jusqu'à se laisser entraîner hors de la ligne politique qu'il s'était tracée. Nous avons indiqué " la différence profonde du but que poursuivaient, à l'origine, le Protecteur d'Angleterre et le cardinal. Se servir des flottes britanniques pour vaincre l'Espagne et la contraindre à signer la paix, voilà ce que s'était toujours proposé Mazarin^ Il ne se souciait pas d'entrer dans une vaste confédération, dont Cromwell eût été le chef, et lorsque le Protecteur lui fit proposer, parle président de Bordeaux, une union plus étroite, il accueiUit ces ouvertures

* Affaires étrangères, ibid., f" 240. Cette lettre a été publiée par M. Guizot, t. II, p. 587, de V Histoire de la révolution d'Angleterre et du Protectorat d'Olivier Cromwell.

^ Voy. le tome précédent, p. 389.

' On en trouve une nouvelle preuve dans la lettre qu'il adressait à Bordeaux aussilôl, après avoir recula nouvelle de la conclusion du traité de Westminster (voy. le tome précédent, p. 39:2).

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assez froidement et se borna à répondre * : « Vous pouvez écouler les propositions qui vous seront faites là-dessus. y> Mazarin voulait, avant tout, que le but de l'alliance fut bien déterminé. Il alléguait avec raison, pour éviter de se lancer dans les vastes entreprises que Cromwell projetait, que les finances de la France étaient en mauvais état et pouvaient à peine suffire à l'entretien des armées-.

Lorsque le Protecteur, qui portait la même ténacité dans ses plans, annonça l'intention d'envoyer en France un de ses confidents, son neveu par alliance, le colonel Lockhart, avec le titre d'ambassadeur, Mazarin cbercha à l'en détournera Tout en protestant de son désir de resserrer l'alliance de la France et de l'Angleterre , il exprimait l'inquiétude que, parmi les nombreux émigrés anglais et irlandais, il ne s'en trouvât « d'assez désespérés pour entreprendre quelque méchant coup S). Cette crainte pouvait être réelle; mais ce que le cardinal redoutait le plus, c'était la présence d'un témoin assez sagace pour

* Lettre du ifi avril 165G, citée ci-dessus, p. 9, note 1.

- L'aml)assadciir vénitien, Giustiniani, écrivait, dès le 15 novembre 1G55, que le roi de France ne voulait pas s'engager à l'union plus intime que désirait Cromwell (Ribl. nat. ; Filza 118, f» 210 V).

■^ ï Vous ferez bien, si vous pouvez , écrivait-il au président de Bordeaux, de détourner le Prolecteur d'envoyer un ambassadeur en cette cour. » (Lettre du '2G avril 1656.)

^ L'ambassadeur vénitien, Giustiniani, dit que l'arrivée de l'ambassadeur anglais produisit, en France, une fâcheuse impression. (Lettre du 16 mai 165(); Filza 119, f" 52.)

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