‹ Les Français d'aujoud'huiChapitre 40 sur 229 · MAZAIIIN VEUT Ol'POSEll · texte numérisé non relu

MAZAIIIN VEUT Ol'POSEll

de son esprit fécond en ruses diplomatiques. Une do ses maximes était, comme nous l'avons déjà vu, que la persévérance ne consiste pas à faire toujours la même chose, mais des choses tendant toujours au même but. Il ne l'appliqua jamais plus activement que dans ses relations avec les princes d'Allemagne, en 1657 et en 1658. Il voulut d'abord engager les électeurs à choisir un empereur hors de la maison d'Autriche. Songea-t-il sérieusement, comme on l'a prétendu*, à faire nommer Louis XIV empereur d'Allemagne? Ne voulait-il pas plutôt, en mettant en avant ce projet, dont il parle quelquefois dans ses dépêches, faire accepter plus facilement d'autres combinaisons? Pascal, qui, à cette époque même, écrivait ses Pensées, y dit : « M. le cardinal ne voulait point être deviné-. » La variété des projets, que contiennent les dépêches de Mazarin sur la question de l'élection à l'empire d'Allemagne, paraît donner à sa politique une mobilité capricieuse, où se dissimule sa véritable pensée. Lemontey n'a vu qu'un

* Lemontey a publié, dans les pièces justificatives de son Essai sur rétablissement monarchique de Louis A7F(p. 207 et suiv.), un morceau intitulé : Tentatives de Louis XIV pour se faire élire empereur d'Allemagne. Il ne voit, dans les négocialions de Mazarin avec les électeurs, en 1657 et 1658, que ce projet, qu'il blâme comme chimérique.

- Pensées, édit. Havet, in-S'', t. II, p. 154 ('2'= édition). D'après les détails donnés par M"'« Périer, sœur de Pascal , les fragments, connus sous le nom de Pensées de Pascal, durent être écrits en 1657 et 1658. Pascal vécut jusqu'en 1662; mais, dans les dernières années de sa vie. il souffrait trop pour pouvoir se livrer à un travail intellectuel.

LA BAVIÈRE A LA iMAISON DAL TRICHE. 87

point et a cru que le cardinal avait pour unique but de faire nommer Louis XIV empereur.

En réalité, les dépêches de Mazarin, dont nous citerons de nombreux extraits, mentionnent à peine la candidature du roi de France au trône impérial. Les deux personnages, qu'il oppose surtout à la maison d'Autriche, sont le duc deNeubourg ^ et l'électeur de Bavière-. Il paraît même hésiter à les soutenir en

* Le duc de Neubourg était Philippe-Guillaume de Bavière. Le duché de Xeuhourg, compris dans le cercle de Bavière, se composait de deux parties : l'une, située à l'Est, confinait à la Bavière et au Haut-Palatinat ; l'autre, à l'Ouest, touchait à la Franconie et à la Souabe. Philippe-Guillaume avait, en outre, des prétentions sur les duchés de Clèves et de Juliers, qu'il disputait à l'électeur de Brandebourg.

2 L'électeur de Bavière était Ferdinand-Marie de Bavière, né en 163G, électeur en 1651, mort en 1679. Ferdinand-Marie était, comme Philippe-Guillaume, de la maison de Wittelsbach. Tous deux étaient catholiques. Le maréchal de Graraoat a tracé, dans ses dépèches, un portrait de l'électeur de Bavière, qu'il n'a pas reproduit dans ses Mémoires. Il est écrit du ton vif, léger et un peu ironique, ordinaire au maréchal : « C'est un prince qui est grand, sans être de belle taille. Le visage n'est pas désagréable, et pourtant n'est pas fort avenant. Il s'explique facilement en italien, ne dit point de sottises et répond à propos. Il tient souvent conseil et suit celui d'autrui. Il est exempt de tous vices et tient ses vertus bien cachées. Jamais Allemand ne fut si sobre : il ne mangea de sa vie qu'avec sa mère et sa femme, et avec telle règle qu'il dîne à dix heures du matin et soupe à six du soir. Sa passion prédominante est pour vêpres, qu'il entend immanquablement tous les jours. Je ne crois pas qu'il soit damné pour une ambition démesurée, ni que la précipitation de monter sur le trône des Césars lui fasse rompre le col. » (AIT. étr., Allemagne, t. 112, sans pagination.) C'est à la suite de son voyage à Munich (voy. ci-dessous, p. lOô et suiv.) que le duc de Gramont termine, par ce portrait satirique, une très longue dépêche du 22 janvier 1658.

88 ÉLECTEIRS ECCLÉSIASTIQUES

présence de l'opposition qu'il rcnconlre parmi les principaux électeurs. Dans une dépêche, adressée à Servien, qu'il consultait principalement sur les aflaires d'Allemagne, il parait frappé des objections que l'électeur de Maycnce avait faites à un de ses agents les plus habiles, M. de Gravel, qui résidait depuis longtemps en Allemagne.

« M. l'électeur de Mayence lui avait dit, écrivait Mazarin', qu'il était fort des amis de M. le duc de Neubourg; que, s'il pouvait lui mettre la couronne impériale sur la tête, il le ferait, estimant qu'il a personnellement toutes les qualités nécessaires pour être élevé à cette dignité; mais que, pour répondre à la confiance que le roi prenait en lui, il était obligé de lui dire qu'il ne voyait rien de si préjudiciable aux intérêts de Sa Majesté, dans l'Empire, et à ceux mômes du sieur deNeubourg, pour la conclusion de la ligue offensive, que l'on projetait de faire avec lui, parce que l'électeur de Brandebourg et d'autres princes en concevraient de la jalousie, quelque soin que l'on prît de la leur ôter. Ce qui les pourrait obliger de s'appuyer davantage de la maison d'Autriche, et que l'on fournirait, par ce prétexte, un moyen au roi de Hongrie - d'entrer, avec une armée, en Allemagne; que sa pensée était qu'il fallait différer la conclusion de ce traite ^ et ne s'appliquer qu'à celle de la liaison

' Affaires étrangères, France, t. 272, f" 116.

- I/archiduc I.éopold, fils de Ferdinand III.

3 Pour l'élection du duc de Neubourg au trône impérial.

Page 1