INSTRUCTIONS DONNÉES
les carnets de Mazarin '. On adjoignit à ce diplomate, Hugues de Lionne, dont plusieurs ambassades récentes avaient attesté l'habileté. Il avait réussi, à Rome, en 1655, malgré les intrigues de Retz-. Ses négociations à Madrid, en 1656, avaient eu pour principal résultat de prouver que c'étaient les Espagnols qui s'opposaient à la paix. Enfin, c'était lui qui avait rédigé, avec Lockhart , les articles du traité de Paris ^
Les instructions, que le roi fit rédiger pour Gramont et Lionne, sont corrigées de la main de Servien et ont été rédigées par lui*, d'après les indications de Mazarin. Elles sont très étendues et indiquent les points les plus importants de cette négociation, ou, du moins, ceux que l'on ne craignait pas de proclamer hautement. Le roi se propose, avant tout, de « tirer, s'il est possible, l'Allemagne de l'oppression », où la retient la maison d'Autriche. Le moyen le plus sûr pour y parvenir serait de choisir l'empereur dans une famille étrangère à cette maison, qui est soumise à l'influence espagnole. Si cependant les électeurs veulent donner leurs suffrages
^Hisf. de France, ibid., p. 23G,note i. « Gramont mi ha delto, etc.»
- Voy. le tome précédent, p. 217 et suiv. ^
^ Voy. ci-dessus, p. 52 et suiv.
* lia minute se trouve auxAlFaires étrangères, Allemagne, t. 135, fos 2G8-301.On en conserve une copie au tome 137 de la même Correspondancc (P 5-18). On lit, enlète, la note suivante, de la main de Mazarin : «Cette instruction a estéfaicte par M. Servien, sur les mémoires que je luy ay donnes et sur les despeches escrites de divers lieux en Allemagne sur cette matière, le mois de juillet 1657. »
AUX AMBASSADEURS (Juillet 1657). 99
à un prince autrichien, ils devront, du moins, lui lier les mains par des conditions rigoureuses et former une ligue, qui en garantira l'exécution.
L'instruction insiste sur les conditions de cette ligue, qui devra comprendre les princes catholiques et protestants '. Ainsi, le roi de Suède et l'électeur de Brandebourg pourront y entrer. Si l'un des confédérés est attaqué, « tous les autres seront obligés de prendre les armes pour sa défense. » On réglera le contingent que les différents membres de la ligue seront tenus de fournir. Un conseil général, auquel chacun des confédérés enverra un député , sera chargé de terminer tous les différends. Le conseil nommera un directeur général, qui aura le commandement des forces de la confédération et exécutera les ordres et résolutions de l'assemblée.
Une longue lettre de Mazarin, en date du ^9jnillet 1657", peut être considérée comme le commentaire de ces instructions. Elle insiste plus que les instructions mômes sur les candidats au trône impérial. Après avoir parlé de l'électeur de Bavière et du dnc de Neubourg, Mazarin ajoutait : a. En cas qu'il ne nous réussisse d'y porter ledit électeur (de Bavière), ni le Palatin, ou que, par quelque autre accident, il soit impossible d'élever à .'Empire le duc de Neubourg,
* Affaires étrangères, ibid., î"' 293-294.
2 Affaires étrangères, Allemagne, t. 140, f"' 27 etsuiv. Ce document porte, comme second titre : Mémoire extraordinaire pour MM. les ambassadeurs pour le roi en Allemagne.
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etqu'il se trouvâtvrai que ledit Palatin et Brandebourg voulussent plutôt que le roi de France fût empereur, il faudra s'appliquer à cela avec grande retenue pour tout et grande modestie , témoignant que Sa Majesté n'a aucune ambition et n'y prétend pas ; néanmoins qu'il cédera au conseil de ses amis, s'il n'y a autre moyen que celui-ci pour exclure la maison d'Autriche, protestant toujours que Sa Majesté aimera mille fois mieux voir l'Empire en la personne du duc de Neubourg qu'en la sienne propre ^ ))
Il l'iillait, surtout, pour réussir dans cette ambassade d'Allemagne, gagner, à force de présents et de largesses, les petits princes besoigneux , leurs ministres et leurs confidents. Mazarin évaluait la dépense à au moins trois millions de monnaie du temps-. Il était difficile de les trouver dans le trésor public, épuisé par des anticipations et des dilapidations de toute nature. Mais Mazarin était décidé à tous les sacrifices pour subvenir aux besoins de l'ambassade. «. Je vous réplique, écrivait-il au marécbalde Gramont, dausimPost-Scriptum autographe^, que l'argent pour aider au bon succès de votre négo-
* Ce passage de la dépêclie du 20 juillet iG51 se trouve au f" 3G du tome 140 do la Correspondance (rAllcmcigne. Ce volume est rempli de copies et de minutes de dépèches de Mazarin, relatives aux affaires d'Allemagne, en d657 et 1658.
2 Affaires étrangères, FnAXCE, t. 272, f" MO.
3 Lettre du 20 juillet 1657 (Aff. étr., ibid., i" 107). Cette lettre a été citée par M. Valfrey, p. 87 et 88.
POUR L'ALLEMAGNE (Juillet 1657), 101
ciatioii sera fourni, quand je devrais pour cela rester en chemise ; mais il faut être assuré que ce qu'on y emploiera produira l'efTet que nous souhaitons ; car il ne serait pas trop plaisant de donner de grandes sommes pour rien, et c'est alors qu'on mettrait en burlesque le cardinal et les ambassadeurs \ »
Le maréchal de Gramont et de Lionne partirent pour l'Allemagne, le premier le 14 juillet 1657, et le second le 15". Avant de se rendre à Francfort, où devait avoir lieu, suivant l'usage, l'élection de l'empereur, ils visitèrent l'électeur palatin, qui résidait à Heidelberg. «. Après deux jours de conférences , d'allées et venues d'un appartement à l'autre, ils conclurent, dit le maréchal de Gramont^, un traité, par lequel ils lui promettaient soixante mille écus, à leur ai'rivée à Francfort ^; puis cinquante mille écus, au premier janvier 1658, et enfin quarante mille écus pendant trois années de suite. En recevant les soixante mille écus, qui formaient le premier paiement, les mandataires de l'électeur palatin remirent aux plénipotentiaires l'engagement, signé par l'électeur, de donner sa voix à telle personne qu'il plaira au roi de désiçjner. »
^ Mazarin prend souvent le lou de la plaisanterie, dans ses lettres au maréchal de Gramont.
2 Voy., dans l'ouvrage de M. Valfrey (p. 89 et suiv.), des extraits des dépêches des ambassadeurs français.
^ Mémoires, p. 289.
* La dépêche, dont M. Valfrey cite un extrait, ne parle que du premier paiement.