DES PRINCES ALLEMANDS
la maison d'Autriche croit être tout à fait assurée de l'affection du comte Égon , après les engagements dans lesquels le marquis de la Fuente' prétend qu'il est entré avec lui, parle moyen d'un nommé Augustin Mayer, que ledit marquis dépêcha, il y a quelque temps, à j\LM. les électeurs ecclésiastiques, et qui doit être présentement à Francfort, » Mazarin racontait ensuite que, si l'on en croyait ces avis, le comte Égon avait promis, moyennant une somme de cent mille florins payables après l'élection, de décider l'archevêque de Cologne à voter pour le roi de Hongrie, Léopold d'Autriche.
L'électeur de Mayence lui-même, que les rapports de Gravel présentaient comme si dévoué à la France, paraissait chancelant. Mazarin recommandait aux plénipotentiaires de fortifier sa volonté. « Il faut, leur écrivait-il , s'appliquer entièrement à faire prendre une bonne et ferme résolution à [l'électeur de] Mayence, après lui avoir fait toucher au doigt, comme il vous sera aisé, qu'il n'est plus question de faire des diligences, mais qu'il dépend purement de sa volonté de rendre à toute la chrétienté un service si signalé que celui d'exclure la maison d'Autriche de l'Empire, puisqu'il pourrait, en même temps, par
1 Le marquis de la Fuenle fut, après le comte de Fuensaldagne, ambassadeur en France. Ce fut lui qui, en 166'2, fit amende honorable à Louis XIY, pour l'insulte que le baron de Watteville avait faite, à Londres, au comte d'Estrades, et promit que jamais, ù l'avenir, les ambassadeurs d'Espagne ne disputeraient le pas à ceux de la France.
lOi CHANGEMENT DANS LES DISPOSITIONS
ce moyen, faire conclure la paix générale, Sa Majesté vous ayant ordonné de lui déclarer qu'elle la désire passionnément, et qu'elle y apportera toutes les facilités imaginables. Ce qui, à mon avis, le peut beaucoup toucher, par la considération du bien (lu'il procurerait à sa patrie et de la gloire qu'il s'acquérerait, en se rendant le principal instrumeat du repos de toute l'Europe. Et, comme l'on est persuadé que tout dépend de lui, le roi approuvera tous les engagements dans lesquels vous entrerez. » Si les promesses et les présents ne réussissaient pas, il ne faudrait pas reculer devant les menaces, mais déclarer hautement : « qu'il n'y a personne qui ne conseillât à Sa Majesté de se portera toutes sortes d'extrémités pour se venger d'une pareille trahison et d'une si grande injure. »
L'électeur de Brandebourg, qui s'était d'abord montré disposé à seconder la France, changeait aussi de parti. « Il avait donné les mains, écrivait Mazarin aux plénipotentiaires, le 20 octobre 1657', à une liaison étroite avec la maison d'Autriche et la Pologne ; moyennant quoi, on lui accordait pour lui et ses successeurs la possession de la Prusse ducale-, sans aucune dépendance de la Pologne, et [à condition] qu'on lui donnerait, outre cela, Elbing\ qui est une des principales places de la Prusse royale,
1 Affaires étrangères, France, l. 272, f-^ 288 et 289.
- Capitale Kœnigsberg.
^ Cette ville faisait alors p;irt'o de l;i Prusse j)olonaiso.