‹ Les Français d'aujoud'huiChapitre 51 sur 229 · GRAMONT SE REM · texte numérisé non relu

GRAMONT SE REM

envoie l'exlrnit d'une lettre que la jeune électrice de Bavière a écrite à M""* de Gourtenai, qui était autrefois favorite de M'"*' la duchesse de Savoie ' , où vous veri'ez qu'elle nie positivement que M. de Bavière refuse l'Empire. Je vous dirai aussi que le chevalier deMonlgaillard, que j'avais envoyé enPiémont, vient d'arriver tout présentement et m'a apporté des lettres de Madame Royale , qui me mande qu'assurément M. le duc de Bavière était dans le dessein de prétendre à l'Empire, et qu'elle avait dépêché une personne expresse à M"" l'électrice, sa fille, chargée d'un Qiémoire contenant- des raisons très pressantes pour l'engager de plus en plus dans cette prétention, de façon qu'elle ne doute pas que, si ledit duc voit jour à pouvoir être empereur, il n'en embrasse l'occasion de tout son cœur. »

Pour s'assurer des véritables sentiments de l'électeur de Bavière, le maréchal de Gramont se rendit à Munich secrètement, au mois de décembre 1657, et y resta jusqu'en janvier 1658. Il eut plusieurs conférences avec l'électeur, avec l'électrice et avec le comte Kurtz. Il trouva l'électeur hésitant, et son ministre dévoué à la maison d'Autriche. Quant à l'électrice : « C'était, dit le maréchal de Gramont-, une des belles princesses qu'on put voir, et qui avait

* La duchesse de Savoie, qu'on désigne souvent sous le nom de Madame Royale, était Christine de France, fille de Henri IV. L'électrice de Bavière était sa fille.

^Mémoires, p. 297-298.

A MUNICH (JG57-1658). 107

tout l'agrément dans l'esprit qu'on peut avoir; elle chantait et jouait du luth à la perfection et s'intéressait vivement à tout ce qui pouvait avoir relation à la grandeur du roi et de la France. ))Les dépêches du maréchal * contiennent un éloge non moins enthousiaste de l'électrice de Bavière. Mazarin lui répondait,sur le ton, moitié sérieux, moitié plaisant, qu'il prenait ordinairement avec cet ambassadeur-- « Elle (l'électrice de Bavière) vous a de l'obligation, quand vous l'avez dépeinte si belle, si spirituelle, si passionnée pour cette couronne, et si abandonnée à la douleur, aux larmes, lorsqu'elle s'est vue hors d'état de servir le roi, que tous les cœurs sont pour elle, et je ne voudrais pas répondre que le votre ne lui soit entièrement dévoué. »

Cette belle et ambitieuse Italienne s'efforça vainement de lutter contre sa belle-mère et contre le comte Kurtz. Le maréchal deGramont se convainquit bientôt que l'électeur de Bavière ne disputerait pas l'Empire à la maison d'Autriche; il quitta Munich, en janvier 1658, et revint à Francfort, où était resté son collègue de Lionne. A cette époque, Mazarin avait reconnu qu'on ne pourrait empêcher l'élection d'un prince autrichien comme empereur d'Allemagne. Il en avait pris son parti et ne songeait plus qu'à imposer au nouvel empereur des conditions, qui le séparassent de l'Espagne. « Il y a apparence, écrivait-il

1 M. Valfrey en a cité des extraits, p. 104 et suiv.

2 Affaires étrangères, France, t. 277, f" 48 V.

108 MAZAIUN ACCISE L'ESPAGNE

à Lionne, le H janvier 1658 ', que, si l'on persuade lesdits ministres du roi de Hongrie, ainsi qu'il est aisé de l'aire, que le but des Espagnols est d'allumer le feu dans toute l'Allemagne, et de la faire rompre contre nous, ils se porteront à consentir volontiers aux conditions, par lesquelles on prétendra de lier les mains audit roi, devenu empereur, afin qu'il ne puisse rien faire de contraire à la manutention (au maintien) du traité de Munster,à quoi toute l'Allemagnes'intéresse... Si, comme je l'ai dit, le roi (de Hongrie) est une fois engagé de la bonne manière, il se pourrait par là mettre à couvert des sollicitations et violences des ministres d'Espagne, en leur déclarant qu'outre qu'il aime trop sa réputation pour manquer, dès son avènement à la couronne impériale, à un engagement si solennel, comme celui dans lequel il serait entré, il s'exposerait trop évidemment à faire prendre les armes à presque tout l'Empire contre lui, s'il en usait ainsi. »

Et plus loin - : « Gomme tous les princes et villes de l'Empire ont intérêt à faire cesser les troubles du

* Alï'aires étrangères, France, t. 277, f» i6. Nous avons dit que Lionne était resté à Francfort, pendant que le maréchal de Gramont se rendait à Munich, Au moment oîi Mazarin écrivait cette dépèche, il venait d'éprouver un malheur domestique, qui l'affligea profondément. Le troisième de ses neveux, Alphonse Mancini, mourut en janvier 1658, des suites d'une chute qu'il lit au collège des Jésuites. Ses camarades, qui le bernaient, le laissèrent tomber et il se brisa la tète.

^Ibidem, f' 18.

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