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D'EXCITER LA GUERRE EN ALLEMAGNE

Nord', et à établir un profond repos en Allemagne, il y a lieu d'espérer que la meilleure partie et les plus sages s'intéresseront en cela, et feront toutes les avances pour contraindre le nouvel empereur à l'observation de la paix de Munster, et particulièrement s'ils voient que le roi de France et celui de Suède se rendent les chefs pour appuyer cette proposition. » Mazarin ajoutait que les ambassadeurs de France, et M. de Bierneklou-, devaient soutenir énergiquement ce parti. Le landgrave de Hesse et d'autres se joindraient à eux. « [L'électeur de] Bavière, écrivait encore le cardinal, a plus d'intérêt à l'observation dudit traité que personne, ayant tiré, par la paix susdite , des avantages aussi grands que tout le monde sait ^; et, si une fois elle était rompue, il courrait grand risque d'en souffrir aussi en son particulier. » Ainsi, dans cette nouvelle phase des négociations, ce fut, comme défenseur de la paix de Westphalie et protecteur des libertés de l'Allemagne, que Mazarin se présenta aux électeurs.

La diète de Francfort, où arrivèrent successivement les princes de l'Empire, donna lieu à d'étranges

* La guerre entre la Suède, la Pologne, le Brandebourg, le Danemark et la Moscovie.

2 Bierneklou, ou Bierneklow, était un des ambassadeurs envoyés par le roi de Suède à la dièle de Francfort.

■' Le duc de Bavière avait obtenu, par le traité de Munster, la confirmation de la dignité électorale, que lui avait conférée l'empereur Ferdinand II, ainsi que la possession du Haut-Palatinat, qui confinait au duché de Bavière.

110 MISSION DE PENARANDA

scènes qui peignent les mœurs de l'Allemagne, à cette époque. Le duc de Saxe tenait beaucoup à se mettre en relation avecles plénipotentiaires français. Gomme ils le savaient vendu à l'Autriche, ils refusèrent d'aller le visiter; mais il trouva moyen de se faire inviter, par par le comte Egon de Furstcmberg,à un repas, auquel assistèrent le maréchal de Gramont et de Lionne. « Le dîner, disent les Mémoires de Gramont ', dura depuis midi jusqu'à neuf heures du soir, au bruit des timbales et des trompettes qu'on eut toujours dans les oreilles. On y but bien deux ou trois mille santés. La table fut étagée ; tous les électeurs dansèrent dessus. Le maréchal^, qui étaitboiteux, y menait le branle. Tous les convives s'enivrèrent. L'électeur de Saxe et le maréchal de Gramont restèrent toujours depuis les meilleurs amis du monde. »

Les Espagnols avaient aussi envoyé, à Francfort, une ambassade solennelle, dont le chef était le comte de Peiîaranda^, un des plénipotentiaires les plus habiles de Munster. Pour combattre ce diplomate, Mazarin s'attacha, dans ses dépêches, à montrer que le but, auquel tendaient les Espagnols, était d'asservir l'Allemagne à la maison d'Autriche, et que, pour y parvenir, ils voulaient l'entraîner dans une

* Page 29i, de l'culiliou Micliaiid et Poujoiilat.

^ Le maréchal de Gramont parle toujours de lui à la troisième personne.

•' Gaspard de r)ragamontc, comte ae Pefiaranda. C'était lui qui avait sui'tout contril)ué à délaclier les Provinces-Liiies de la France, •en 1648, pendant les négociations de Munster.

A FKAN'CFOfiT (1058). III

lutte contre la Suède, en s'alliant avec la Pologne. « L'on commence à voir, écrivait-il à Lionne, le 17 janvier i658', les effets du poison que Penaranda fait répandre, dans le Nord, par la négociation de Lisola, et par la déclaration du roi de Hongrie de vouloir non seulement continuer son assistance à la Pologne pour le recouvrement de la Prusse, mais aussi donner un corps d'armée à Brandebourg pour attaquer le roi de Suède dans la Poméranie, joignant à ce corps les forces qu'il a sur pied et celles qu'y pourra joindre le roi de Pologne. »

Mazarin avait soin d'énumérer, dans cette dépêche, toutes les intrigues de la maison d'Autriche pour perpétuer les troubles du Nord, qui agitaient l'Allemagne et menaçaient, si l'empereur prenait parti pour la Pologne, de replonger l'Empire dans les horreurs de la guerre de Trente ans. Réveiller les souvenirs de cette époque désastreuse, c'était le meilleur moyen d'exciter tous les princes allemands à enchaîner l'empereur par des conditions si précises, qu'il ne pût prendre part à une guerre étrangère. L'archevêque de Mayence, qui s'était séparé de la politique française pour le choix d'un candidat à l'Empire, se montra favorable à une coalition des princes dans le but de limiter la puissance impériale. <r La liaison projetée des princes catholiques et protestants, ajoutait Mazarin dans la môme dépêche,

* Affaires étrangères, France, t. 211, f« 21.

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