‹ Les Français d'aujoud'huiChapitre 71 sur 229 · SIÈGE DE DUNKERQUE · texte numérisé non relu

SIÈGE DE DUNKERQUE

pêche par laquelle il chargeait le président de Bordeaux d'avertir Cromwell de ces échecs, ci Quoique nous n'ayons pas été heureux, écrivait-il à cet ambassadeur', puisque, outre la trahison de Hesdin, la supercherie d'Ostende a réussi aux Espagnols, j'espère que nous prendrons notre revanche en les attaquant à force ouverte; au moins, Son Altesse (le Protecteur) doit être assurée que le roi n'épargnera rien pour en venir à bout. » Turenne reçut ordre, en effet, d'investir Dunkerque. En s'avançant vers cette place, il enleva un corps d'ennemis, qui occupait Cassel, et arriva, le 23 mai, près de Bergues.

Le cardinal était déjà à Calais avec le roi et la reine, et pressait les préparatifs du siège de Dunkerque. (( Je suis ici, écrivait-il de Calais au président de Bordeaux", pour envoyer à tous moments ce qui peut être nécessaire pour le bon succès de l'entreprise, et le roi [est] dans toutes les impatiences du monde d'apprendre que les postes soient pris pour former le siège, afin de se rendre en diligence à Mardick et dans le camp, et animer chacun, par sa présence, à bien faire son devoir. »

L'investissement de Dunkerque présentait de grandes difficultés. Le pays environnant était inondé^ et semblait impraticable. Bergues, Furnes, Nieuport, occupés par les Espagnols, faisaient, dit

* Dépêche du 21 mai 1658, citée plus haut, p. 137, note 2.

- Même dépêche.

^ Mémoires de Turenne, p. i90.

liO DIFFICULTÉ DE L'INVESTISSEMENT

un témoin oculaire', une circonvallation autour de Dunkerque. L'armée assiégeante courait risque d'être elle-même assiégée dans son camp, d'autant plus que la place de Gravelines, défendue par une nombreuse garnison, était toujours au pouvoir des Espagnols, et que don Juan d'Autriche et Coudé avaient, sous leurs ordres, une armée qui occupait la Flandre. Pour comble d'embarras, il pleuvait depuis six jours, écrivait Mazarin le 21 mai". Ces obstacles, quelque grands qu'ils fussent, n'arrêtèrent pas Turenne. Il désirait, comme Mazarin, « faire voir naïvement aux Anglais que l'on faisait tout son possible pour l'exécution du traité^ ». Le '■^S mai, il attaqua un fort que les ennemis avaient construit sur la Colme ^. Il était décidé à livrer un combat pour forcer le passage de cette rivière, dans le cas où les ennemis auraient voulu s'y opposer'"; mais il ne fut pas nécessaire d'en venir aux mains. Le gouverneur, chargé de défendre le fort de la Colme, se

^ Bussy-Rabulin {Mémoires, t. IL p. 53, de l'édilioa Lahinne). Il faut se tenir en garde contre les appréciations malveillantes de Bussy-lîabutin à l'égard des autres généraux; mais il prit part au siège de Dunkerque, et, lorsque la passion ne l'égaré pas, son témoignage est in)porlant.

- Dépèche de Mazarin à Bordeaux, citée plus haut, p. 137, note 2.

^ Ce sont les paroles textuelles de Turenne {Mémoires, p. i90).

* La petite rivière de Colme, ou Colm, se jette dans le canal de Dunkenjue.

^ En annonçant le projet de passer la rivière de Colme, Mazarin écrivait à Bordeaux, le 'Il mai : « On a résolu d'opiniastrer un grand combat pour forcer (les ennemis à se retirer). »

DE DUNKEfiQUE (Juin 1658). Ml

retira dans Dunkerque. Les Espagnols s'indignèrent de sa conduite, mais il faut reconnaître que leur négligence semblait justifier sa défection. « Lorsque la nouvelle de votre passage de la Golme est arrivée à Bruxelles, écrivait Mazarin à Turenne \ et (lorsqu'on apprit) qu'on avait abandonné les réduits et les forts, qui sont entre Bergues et Dunkerque, les exclamations ont été furieuses contre le chef, qui avait ordre de don Juan de défendre ce passage jusqu'à l'extrémité; mais il aura une excuse valable en ce que les troupes, qu'on avait détachées pour le joindre, afin de lui donner moyen de faire cette défense, n'étaient pas arrivées, »

Cependant la marche de l'armée était toujours fort difficile à travers un pays inondé. Turenne fut d'abord obligé de suivre la digue du canal de Bergues à Dunkerque, et de se frayer lentement un passage jusqu'aux dunes, ou hauteurs sablonneuses, situées au bord de la mer. Pour établir une communication entre son camp et le fort de Mardick, le maréchal fit porter des fascines par chaque cavalier et réussit à réparer le chemin , qui était devenu impraticable '\ Les diverses parties du camp ne pouvaient communiquer qu'au moyen de ponts. Il fallait, en outre, arrêter les Ilots de la mer par des estacades de gros pieux, que l'on reliait avec des chaînes. Les

* Affaires élrangères, France, t. 277, f" 121 v». (Dépèche du 5 juin.) - Voy., pour les détails, les Mémoires de Turenne, p. 491-492.

Page 1