PLAINTES DE MAZARIN (1658). US
les efTorts faits par la France pour mettre sur pied l'armée assiégeante , dont il énumère les forces : « M. de Turenne a marché avec huit à neuf mille hommes de pied et huit mille chevaux'... Nous aurons, dans deux jours (la lettre est du 21 mai), quatre mille chevaux et cinq mille hommes de pied (en plus) , M. de Castelnau étantdèshier en marche... Par ce récit, ajoutait Mazarin, vous voyez bien qu'on n'a pas beaucoup d'infanterie de ce côté-ci, d'autant plus qu'il en faut toujours laisser un bon nombre
pour la conservation de Mardick et
de Bourbourg'^, qui pourraient être surpris par la
^ Turenne ne parle, dans ses Mémoires, que de sept à huit mille hommes en tout : « E. de Turenne, avec sept ou huit mille hommes, prit le chemin de Saint-Venant pour y passer la Lys, et ensuite marcher vers Bergues et Dunkerqoe » (Méinoires, p. 490). Turenne dit encore plus loin (p. 492) que « l'armée, qui étoit fort foible au commencement (du siège), grossissoit peu à peu par beaucoup de troupes, qui vinrent de France ». La dilTérence entre les chiffres, donnés par le cardinal, et ceux des Mémoires, est si considérable qu'on ne peut l'expliquer seulement par la disposition de Mazarin à exagérer les forces et les sacrifices de la France. Cromwell, qui avait des représentants nondjreux au siège de Dunkerque, devait être bien informé, et le cardinal se serait exposé à recevoir un démenti, s'il s'était permis un pareil mensonge. Je crois plutôt qu'il y a ici, dans les Mémoires de Turenne, une de ces nombreuses erreurs, que les premiers éditeurs des Mémoires ont commises, et que les éditions ultérieures ont fidèlement reproduites. Le copiste n'aura pris que le chiffre indiqué pour la cavalerie, ou l'infanterie, et aura négligé l'autre. Comment admettre qu'avec sept mille hommes seulement Turenne eût pu investir Dunkerque? La dépèche de Mazarin sépare les deux chiffres et déclare que l'infanterie était peu nombreuse. « L'armée, disait-il, aura une grande nécessité d'infanterie. »
- On a vu ci-dessus, p. 71, que ces villes avaient été prises
114 SIÈGE DE DUMvEROUE (1658).
garnison de Gravelines, où les ennemis ont déjà jeté douze cents hommes, d'extraordinaire. Je vous prie donc, en faisant la relation de tout ce détail à Son Altesse (le Protecteur), ou la lui faisant faire par le secrétaire d'État (Thurloë), de presser incessamment pour nous faire envoyer le plus d'infanterie qu'il sera possible ^ »
Mazarin, afin d'exciter les Anglais, insistait sur la gravité et les dangers de la situation. Ses lettres à Turenne sont, au contraire, pleines de confiance et attestent que le succès lui paraissait assuré. Il parlait, dans une dépêche du 5 juin, du découragement des Espagnols- : « On ne doute pas à Bruxelles du siège de Dunkerque, après avoir eu la nouvelle de votre passage, et je vous dirai, en un mot, que les ennemis ne croient pas le pouvoir sauver ; que néanmoins on fait amasser toutes les troupes en Flandre, mais que l'armée de M. de la Ferté ^ les obligeait à laisser un corps , du côté de Namur, et un bon nombre de troupes à Rocroi ; que, depuis que l'on fait la guerre en Flandre, jamais on n'avait vu [dans l'armée ennemie] un si faible corps d'infanterie que
par les Français, aux mois de septembre et d'octobre de l'année 1657.
^ Mémoires de Turenne, p. 491.
- AfTaires étrangères, Fu.vxCE, t. 277, f" 125. La garnison de Dunkerque était, d'après Giustiniani (Filzn 121, f" 7U), de quatre mille hommes, comprenant trois mille cinq cents fantassins et cinq cents cavaliers.
^ Ce maréchal campait alors près de la Meuse.