‹ Les Français d'aujoud'huiChapitre 74 sur 229 · SIÈGE DE DU.NKEIIOUE · texte numérisé non relu

SIÈGE DE DU.NKEIIOUE

celle année, n'ayant pas eu un homme ni d'Espagne, ni d'Allemagne, ni d'Italie, et que, faute d'argent, il n'avait pas été possible de former encore le train d'artillerie, ni payer une partie de ce qui est dû à la cavalerie pour le quartier d'hiver, ni donner aucune assistance aux officiers généraux et subalternes de l'armée. »

Dès que l'investissement de Dunkerque fut complet, Louis XIV exprima vivement le désir de suivre de plus près les travaux du siège. La cour était à Calais; le roi voulait se rendre au camp. La reine et Mazarin résistèrent quelque temps à ses instances; mais enlin il fallut céder et le conduire à Mardick, où il arriva le 27 mai'. Mazarin l'annonçait le môme jour à la reine mère. « L'ambassadeur d'Angleterre, écrivait le cardinal à Anne d'Autriche', présenta lui-même au roi les clés du haut fort, après l'avoir fait saluer trois fois de tout le canon de cette place. La Hotte anglaise continua avec grand bruit, ayant assurément tiré six à sept cents coups... Il y a dedans (Dunkerque), à ce que M. de Turenne écrit, deux mille hommes de pied et cinq cents chevaux^. Nous souffrons un peu, n'ayant ni bois ni fourrages,

* Voltaire prétend à tort que le roi fut retenu ù Calais. « Le cardinal Mazarin, dit-il {Su'cle de Louis XIV, ch. vi), mena Louis XIV auprès du tliéàire de la guerre, sans lui permettre d'y monter, quoiqu'il eût près de vingt ans. Ce prince se tint dans Calais. »

2 Affaires étrangères, France, t. 277, f" IIG.

■^ Turenne dit dans ses Mémoires (p. 401) : « Deux mille chevaux et sept à huit cents hommes de pied. » Ces chiffres ne sont pas d'ac-

14G LOllS \1V A MAIiDlCK (Mai-Jlin MiÔS).

et souffrii'ioiis encore davantage, si on n'avait donné ordre à plusieurs provisions qu'on a faites. Chacun est résolu de supporter les incommodités, et la chose le mérite bien. J'ai tâché de faire connaître au roi, ce matin, que son séjour ici, au lieu d'avancer le bien du service, le reculait; que tout le monde était du même avis, et que la cour consommait ce qui aurait plus utilement servi pour l'armée, sans parler des incommodités que Sa Majesté souffrira en ce lieu, qui augmenteront toujours; mais vous croirez aisément que la harangue que je lui ai faite n'a produit aucun effet et ne lui a pas plu. 11 est le maître; mais rien ne me peut empêcher de lui dire toujours ce que je croirai de son service. »

Le séjour de Mardick était, en effet, des plus malsains, d'après le témoignage de M""' de Motteville. (c Ce lieu, dit-elle', était infecté par les corps morts, qui étaient restés des années précédentes, à demi enterrés dans le sable, sans pourrir : la sécheresse du terroir les en empêchait. Il n'y avait à Mardick nulle commodité : on manquait d'eau et de toutes choses, et la chaleur était excessive. » Cependant ni les fatigues ni les privations de toute nature ne

cord avec ceux que donne l'ambassadeur vénitien, Giusiiniaiii, et que j'ai cités plus haut, p. \ii, note 2. l>a statistique de cette époque n'est jamais qu'approximative.

* .Mémoires, t. IV, p. 110, édit. Charpentier. M'"^ de Mottevillc reproduit, comme elle le dit elle-même, les nouvelles données par les courtisans, auxquels le séjour de Mardick déplaisait, et qui probablement en exagéraient les inconvénients.

LOUIS XIV A MAKDICK (Mai-Jli.n KÎSS). 147

purent dégoûter le roi de ce séjour. « Je remarque, disait Mazarin à la reine, dans une lettre du 29 mai ', qu'il [y] prend plaisir, etjamaisnes'est porté mieux. » Il alla visiter l'armée du maréchal de Turenne. « On a tenu conseil, ajoutait le cardinal', et résolu tout ce qu'il y avait à faire, tant pour se précautionner contre les grands et petits secours, que les ennemis pourraient tenter de jeter dans la place, comme pour bien examiner les choses auxquelles il fallait pourvoir pour avancer le bon succès de cette entreprise. En quoi vous devez croire que j'ai la plus grande part de la peine, puisqu'il faut que je me charge de tout. »

Le roi resta à Mardick jusqu'aux premiers jours de juin, et se signala par son intelligente activité. « Il est toujours à cheval , écrivait encore Mazarin à la reine, le 30 mai^, s'informant de toutes choses et donnant lui-même des ordres pour avancer les travaux dans les endroits par où les ennemis pourraient jeter quelque secours dans la place, et je puis dire que l'ambassadeur d'Angleterre, qui le voit agir et parler de bon sens, en demeure extrêmement édifié. » Pour décider Louis XIV à quitter Mardick et à retourner à Calais, il fallut l'arrivée de lord Falcombridge, gendre de GromwelH, que le Protecteur

* AfTaires étrangères, Franck, t. !277, f» 119. - Ibidem.

ibidem, f» 1^20.

* « Le Prolecteur envoie son beau-fils visiter le roi, et il doit arriver dans deux ou trois jours. » (Lettre de Mazarin à la reine.

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avait envoyé ii Calais pour y visiter le roi. On raccueillit comme le représentant d'un puissant souverain, et on le combla d'attentions et de présents.

Pendant ces fêtes, Turenne, qui avait reçu le complément des six mille auxiliaires de l'Angleterre et de nouvelles troupes de France, ouvrit la tranchée devant Dunkerque, dans la nuit du 4 au 5 juin. H fut secondé par Mazarin, qui ne cessa, durant tout ce siège, de veiller avec le plus grand soin à l'approvisionnement de l'armée; sa correspondance avec Turenne et avec l'intendant Talon atteste toute sa vigilance pour fournir des munitions de toute esdernier jour de mai ; Aft. élr., France, ihid., f" 1^1.) Louis XIV, pour répondre à l'ambassade de Cromwell, envoya en Angleterre le duc de Créquy, qu'accompagna le jeune Mancini, neveu de 3Iazarin. Ils étaient porteurs de lettres du roi et du cardinal pour (ironiwell. Voltaire {Siccic de Louis XIV, ch. vi), prétend que Mazarin écrivait à Cromwell ({u'il était « affligé de ne pouvoir lui rendre en personne les respects dus au plus grand homme du monde ». La lettre du cardinal, en date du 12 juin 1658, existe, et M. Guizot l'a publiée dans le tome 11, p. 630, de son Histoire de la révolution d'Angleterre et du Protectorat d'Olivier CromueU. 11 n'y a pas un mot des plates adulations, (|ue Voltaire prête à Mazarin. Voici la partie de cette lettre dans laquelle le cardinal répond aux compliments de Cromwell : œ Je suis confus des termes obligeants dont il a plu à V. A. S. de se servir dans la lettre que j'ai reçue, de sa part, en dernier lieu, et de toutes les civilités (pie M. le vicomte de Falcombridge y a ajoutées de vive voix. 11 pourra lui-même informer V. A. S. de l'accueil que Leurs Majestés et toute la cour lui ont fait et de l'application avec laquelle on continue ici à faire tous les efforts possibles pour le bon succès du siège de Dunkerque, etc. » Dans le reste de la lettre, Mazarin demande au Protecteur d'envoyer de nouvelles troupes.

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