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liommes de pied; mais ils s'étaient avancés avec tant de précipitation, qu'ils avaient laissé leur artillerie à quelque distance*, ne pouvant se persuader que Turenne sortît de son camp pour leur livrer bataille. Ils permirent même, dit le duc d'York -, à une partie de leur cïivalerie d'aller au fourrage. « Les officiers généraux, ajoute ce prince, se doutaient si peu du dessein des ennemis, ou affectaient si fort de ne les point craindre, que le duc d'York ^ soupant, ce soir-là, avec le marquis de Garacène*, et témoignant qu'il n'approuvait point la manière de campement sans lignes (sans retranchements) et sans la moindre chose qui les couvrît, et qu'il croyait que, si les Français ne les attaquaient point cette même nuit, ils livreraient infailliblement bataille le lendemain matin, le marquis de Garacène et don Estevan de Gamarre répondirent que « c'était ce qu'ils deman-
* Les Mémoires de Coligny-Salignij, un des compagnons de Condé, prouvent que le prince français et son entourage blâmaient la marche téméraire de don Juan. « Nous nous approchasmes, dit Coligny-Saligny (Mémoires, p. 57), du camp de M. de Tareune fort imprudemment, sans canon, sans pain, sans pics ni pelles.... Ce fut l'émulation, qui estoit entre don .luan et M. le Prince, qui causa tout le mal.... Personne ne voulut représenter la faute qu'on faisoit de s'approcher si près des ennemis, estant si foibles et en si mauvais estât. » Ce mot explique les paroles de Condé au duc de Gloccster, citées plus loin.
* Mémoires, p. 605.
•^ Ibidem. Nous avons déjà fait remarquer que le duc d'York servait alors dans l'armée espagnole.
'' On a vu ci-dessus, p. 14, que le marquis de Caracène avait remplacé Fuensaldagne dans le gouvernement des Pays-Ras espagnols.
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claient »; et le duc leur répliqua « qu'il conuaissaiL si bieu M. deTurcnue, qu'il pronicUait qu'ils auraient satisfocliou i).
Turenue ne manqua pas, en effet, de profiter des fautes commises par les généraux espagnols. Il ne voulut pas se laisser attaquer dans son camp et l'ésolut d'aller immédiatement livrer bataille aux ennemis, mais en prenant toutes les précautions nécessaires pour empêcher la garnison de Dunkerque de ruiner, en son absence, les li'avaux des assiégeants '. Il laissa assez de troupes dans son camp pour le défendre; il eut soin surtout de placer des gardes aux ponts jetés sur les canaux pour établir communication entre les différentes parties de l'armée assiégeante. Il fit transporter les bagages des Anglais à Mardick, et mit ceux des Français sous la protection d'un fort défendu par un corps de troupes.
Ces précautions prises, il réunit les lieutenants généraux de son armée, leur communiqua ses projets et leur assigna leur poste de combat. Le marquis de Castelnau-Mauvissière devait avoir le commandement général de l'aile gauche; il avait sous ses ordres, outre les troupes lorraines, et une partie de la cavalerie et de l'infanterie françaises, les six mille Anglais, qui formaient le contingent de Gromwell. Turenne, en envoyant ses ordres à
*■ Ces détails sont extraits du récit de la bataille des Dunes, rédigé par Talon et adressé à Mazarin (Afï. étr., Pays-Bas, t. -46, fo 236;.
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LockliarL pour la biilaille, vouliil Iiii on fairo oxpliquer les motifs; mais le général anglais répondit qu'il avait pleine confiance dans le maréchal, et (ju"a[)rès la bataille il s'informerait de ses raisons'.
Le commandement de l'aile di'oite fut donné au marquis de Créquy; Bussy-Rabutin, meslre-de-camp général de la cavalerie, eut son poste à la même aile. Les troupes formant la réserve étaient placées sous les ordres du marquis de ruclielieu. Turenne se réservait le soin de veiller à la direction générale de l'armée et de se porter partout où le danger l'appellerait.
Au point du jour, l'armée française s'avança lentement, dans un ordre parfait. Le maréchal avait placé, à chaque aile, quatre pièces de canon, et les navires anglais les plus légers s'approchèrent assez près de la côte pour que leur feu secondât les troupes de Turenne. Les généraux espagnols, h en croire le duc d'York'-, témoin oculaire, ne pouvaient s'imaginer que les Français songeassent sérieusement à les attaquer. Don Juan disait « qu'ils voulaient seulement enlever la garde avancée ». Coudé n'en jugea pas de même. Lorsqu'il vit la ferme et fière contenance, avec laquelle l'armée de Turenne marchait contre des troupes sans artillerie et aussi mal dirigées que celles de don Juan, ilprévitl'issue du combat. Rencontrant le duc de Glocester, troisième fils de Charles P'et de
* Mémoires de Bussy-Rabutin, t. II, p. 59. - Mémoires, p. G0i-GU5.
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Henriette de France, il lui demanda s'il avait jamais assisté à une bataille. Sur la réponse négative du jeune prince, Condé lui dit : (( Dans une demi-heure vous verrez comment nous en perdrons une'. » Le duc d'York et tous les capitaines expérimentés de l'armée espagnole partageaient ce pressentiment.
Les Français, au contraire, étaient pleins d'ardeur et de confiance, d'après le rapport de Talon, qui écrivait à Mazarin, le 14 juin, à quatre heures du matin-: (( Depuis que je suis retourné du quartier des Anglais auprès de M. de Turenne, je n'ai vu, dans le camp, qu'une application d'un chacun à se préparer au combat.... Si la gaieté des gens est un présage de bonne fortune, on doit beaucoup espérer de celle des nôtres, laquelle, en vérité, paraît également dans toutes les troupes du roi. »
Don Juan fut enfin contraint de se rendre à l'évidence et de se préparer sérieusement à la bataille. Il prit le commandement de l'aile droite et donna celui de l'aile gauche à Condé. Les régiments espagnols de l'aile droite, composés d'Espagnols natui-els, comme on disait alors , occupèrent les dunes , qui longeaient la mer; ils devaient être soutenus par le duc d'York et par les corps anglais et irlandais, qui avaient suivi la fortune de Charles IL A l'aile gauche,
*■ Mémoires du duc d'York, p. 605. Je cite la phrase textuelle, que les historiens ont plus ou moins modifiée.
- Toutes ces indications de jour et d'heure sont en tête de la lettre autographe de Talon (Aff. élr., I'ays-Iîas, t. 40, i» lOi).
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Condé ne put déployer sa cavalerie à cause des canaux rpii C(»iipai('iil le Ici'iaiu ; il la disposa sur plusieurs ligues, avec de rinfauleric placée dans les inlei'valles.
L'aile droite des Espagnols, qui se trouvait un peu plus avancée que le reste de l'armée, fut la première attaquée. Les six mille Anglais, qui faisaient partie du corps conduit par Casteluau-Mauvissière, avaient mission d'enlever une haute dune, que défendait le régiment espagnol de don Gaspard Bonifaz'. Arrivés au pied de la colline de sable, qu'il fallait escalader pour atteindre l'ennemi, les Anglais firent halte; puis, gravissant péniblement la dune, ils attaquèrent les Espagnols avec tant de vigueur, qu'ils les chassèrent de la hauteur, et les poursuivirent jusqu'au bas de la colline. D'autres régiments espagnols, irlandais et anglais, qui vinrent au secours du régiment de don Bonifaz, furent pris en liane par la cavalerie française de Gastelnau-Mauvissière et mis en pleine déroute.
Tous les documents de l'époque attestent la valeur impétueuse des Anglais pendant cette attaque. On écrivait à Mazarin, le lendemain delà bataille-: « Les Anglais ont chargé, la pique à la main avec tant de vigueur et d'opiniâtreté huit bataillons espa-
* Mémoires du duc d'York , p. C>OG. Le prince fut, comme nous Tavoiis dit , témoin du combat , dont il retrace les principales circonstances.
'•^ Aflaires étrangères, Pays-Bas, t. 4G, f" 173.