‹ Les Français d'aujoud'huiChapitre 83 sur 229 · SIÈGE DE GI'.AVEM.NES · texte numérisé non relu

SIÈGE DE GI'.AVEM.NES

détails. Il lui envoyait un plan de la ville et des travaux du siège, tracé par le chevalier de Glerville', un des principaux ingénieurs de cette époque. C'était un moyen de continuer l'éducation militaire du roi. Louis XIV répondait au cardinal, et Mazarin profitait de cette correspondance, pour faire entendre au jeune prince des conseils un peu minutieux, mais qui prouvent l'importance qu'il attachait à son instruction. (( Votre lettre, lui écrivait-il"', est conçue en fort bons termes, et vous croirez aisément ce que je vous dis, puisque je n'occuperai jamais la place de flatteur auprès de vous ; mais je me sens obligé de vous remontrer que vous devez vous prévaloir des grands talents, que Dieu vous a donnés, et vous astreindre à donner quelque temps à l'écriture et à vous faire entretenir de choses sérieuses; ce qui, je m'assure, vous sera aussi conseillé par la coiifidcnte (la reine), qui s'intéresse plus que personne à vous voir non seulement le plus grand roi du monde, mais le plus honnête homme ^ »

Pour enlever une place aussi forte que Gravelines, il fallut sacrifier un grand nombre de soldats et plusieurs généraux des plus distingués. En donnant avis de ces événements à Louis XIV et à la reine, Mazarin

* Affaires étrangères, ihid., f" 251.

- Ibidem, f" :277.

3 On sait qu'au dix-septième siècle le mot honnête homme signifiait, comme nous l'avons déjà dit, un homme dont l'éducation et les qualités lui permettaient d'occuper un rang distingué, dans quelque position qu'il fût placé.

190 SIÈGE DE GRAVELliNES (IG58).

exprimait la douleur que lui causa surtout la perte de deux d'entre eux, le comte de MoreL^ et le marquis dcVarcnnes". « Je suis, écrivait-il à lareine^, dans la dernière al'Iliction de la mort du pauvre comte de Moret, qui a été emporté d'un coup de canon, la nuit passée, à la tranchée de M. le maréchal de la Ferté. Le roi a perdu un bon serviteur, et la France, un très honnête gentilhomme. Je l'aimais avec grande tendresse, et le confident, et vous, le savez fort bien. J'avoue que j'en suis au désespoir, et je ressentirai cette perte, toute ma vie, avec raison; car je sais fort bien qu'on ne peut avoir plus d'amitié, pour une personne ({u'onaime fort, qu'il en avait pour moi. Je dépêche ce gentilhomme au marquis de Yardes \ qui sera inconsolable, et je supplie le confident et vous de lui dire quelque chose pour consoler sa peine. Ce même coup de canon a emporté la tête, auparavant, à M. de Varennes, dans la personne duquel le roi fait aussi une très grande pei'te; car il n'y avait pas en France un meilleur officier pour les sièges. » Le marquis d'IIuxelles^ reçut également une blessure dangereuse,

> Antoine du Dec-Crespin, comte de Moret, fut tué le 13 août

2 lloger de Nagu , marquis de Varennes ; il était lieutenant général, comme le comte de lAloret.

3 Affaires élrangères, ibid., f" 250. (l.ettre du 13 août.)

* René du Bec-Crespin, marquis de Vardes, était frère du comte de Moret.

^ Louis Chalon du Blé, marquis d'IIuxelles, né en 1619, mourut le 13 août IG58, d'après la Clironologic militaire, t. IV, p. 57. Il était lieutenant général depuis 1650.

PRISE DE GIIAVELINES (Août 1658). J91

à laquelle il ne tarda pas à succomber. Ce fut au prix de ces sacrifices et de celui d'un grand nombre de soldats que la contrescarpe fut prise (16 août). La place de Gravelines était encore protégée par trois fossés, qu'il fallut traverser sous le feu de l'ennemi, avant d'arriver aux remparts. On y parvint enfin, le 25 août; des mines furent creusées sous les murailles et les fourneaux préparés pour les faire sauter. Ce fut alors seulement que le gouverneur, sommé par le maréchal de la Ferté, signa la capitulation ('27 août). II s'engageait à remettre la place aux Français, s'il n'était pas secouru dans un délai de quatre jours'. Don Juan et le prince de Condé s'étaient avancés jusqu'à Saint-Omer pour tenter de délivrer Gravelines; mais ils en reconnurent l'impossibilité, en présence de ïurenne, qui couvrait le siège. Au jour fixé, la garnison sortit, et ce fut, de la place même, dont on venait de s'emparer, que Mazarin écrivit à la reine' : « Je me réjouis, avec le confident et vous, de ce bon succès, et prie Dieu qu'il soit suivi de tous ceux qui sont nécessaires pour obliger les Espagnols à la paix. »

La paix, tel était le but, comme nous l'avons déjà remarqué \ que poursuivait avec zèle le cardinal et qu'il devait atteindre à la fin de la laborieuse cam-

* Mazarin à la reine; lettre du 27 août 1G58 (Âff. étr., France, t. 277, f° 231). ' Ibidem, i" 292.

3 Ci-dessus, p. 186.

192 SUCCÈS EN ITALIE (Août 1G58).

pagne de 1G58. Il apprenait que, dans ce même mois d'août, le duc de Modène avait traversé l'Adda et pénétre dans le duché de Milan. « Il n'est pas hors de raison de se flatter, écrivait Mazarin à ce prince', que peut-être la ville de Milan et la noblesse, se trouvant en état d'être malmenées par l'armée du roi, sans voir aux Espagnols des forces suffisantes pour les défendre, prissent quelque bonne résolution à notre avantage. » Cette espérance ne se réalisa pas; mais la campagne fut signalée par la conquête de Trino et de Mortara, dont s'emparèrent les armées coalisées de France, de Savoie et de Modène. Mazarin se flattait que le duc de Mantoue, qui avait abandonné, depuis quelque temps, le parti de la France, ne tarderait pas à y revenir. Il espérait le faire sortir de la neutralité où il s'enfermait, comme le prouve une lettre qu'il écrivait au duc de Modène'', en date du 18 août. « Le mauvais état, lui disaitil, où sont les affaires d'Espagne de tous côtés, le peu de satisfaction que ce prince (le duc de Mantoue) a reçu du traitement qui lui a été fait, tant par les ministres d'Espagne que par ceux de l'empereur, le peu d'apparence qu'il voit à un changement qui mette ses affaires en une meilleure posture, et la sûreté qu'il peut trouver à la fidèle exécution des choses, dont l'on conviendra avec lui, me font espérer que Votre Altesse

* Affaires olrangères, France, (. 277, f° 258. ■ Ibidem, f" 200.

MOUT U'OI.IVIKK OROMWELL (13 Août 1658). 193 pourra aisément l'obliger de faire quelques pas au delà de la neutralité. »

La mort d'Olivier Gromwell, qui arriva le 13 août 1658', ne porta d'abord aucune atteinte à l'alliance de la France et de l'Angleterre. Le nouveau Protecteur, Richard Gromwell, fils d'Olivier, était loin d'avoir les talents militaires et la capacité politique de son père. En présence des factions qui divisaient l'Angleterre, il chercha un appui dans l'union avec la France. « Je sais, écrivait-il à Mazarin, le 6 seplembre 1658', quelle estime mon père faisait de Votre Éininence. » Il exprimait ensuite l'espoir que l'alliance serait fidèlement observée, des deux côtés, « pour l'avantage des deux nations » ^. Mazarin aimait pi'obablement mieux traiter avec un Protecteur, dont le pouvoir était mal affermi, qu'avec un dictateur militaire aussi absolu qu'Olivier Gromwell. Mais comme il avait trouvé dans l'alliance anglaise le concours que promettaient les traités, il répondit en termes bienveillants à la demande de Richard Gromwell. « Ge que je puis faire, écrivait-il h Lockhart, le 15 septembre *, dans une conjoncture

' Les Anglais datent celle mort du 3 août, parce qu'ils suivaient, connue nous l';ivoiis f.iit roiriarquer, le calendrier de Jules César, en n'iard de dix jours sur le calendrier grégorien.

- Lu coiiie dii cetie lettre, écrite en latin, se trouve aux Affaires étraiii^éres (^Angi.eteiuie , t. 6y, f" 451) : « Sciinus quanti ille Eminenii.iiM ve>lraMi feceril. >

•* « Ad ulriusque gentis commune bonum. > Ibid.

i Alïaires étrangères, Angleteure, t. 69, f" 463 v".

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