DANS LES FLANDRES
marché jusques à Oudenarde^ et je pense qu'ils se fussent rendus à l'abord. » Mais il craignait de laisser en arrière son infanterie et ses bagages, et se borna à envoyer à Deinse'-^ deux de ses lieutenants, Gassion ' et Péguilin*, qui, après avoir repoussé l'avant- garde de l'ennemi, lancèrent des partis jusqu'à Oudenarde. Les ennemis étaient campés sur la Lys, et, avant de les attaquer, Turènne attendit les troupes que devait lui envoyer le maréchal de la Fer té.
Aussitôt qu'il eut reçu ces renforts, il passa l'Escaut et s'approcha d'Oudenarde. Péguilin, qui commandait les dragons de son armée, pénétra hardiment dans les faubourgs de cette place, en en perçant les maisons; mais le feu des remparts le força de reculer. Pendant ce temps, Turenne réunissait toute son armée, interceptait les secours que les Espagnols tentaient de jeter dans Oudenarde, et attaquait cette place de trois côtés. Battue par l'artillerie française, elle fut forcée de capituler, le 9 sep-
* Turenne dit, en effet, dans ses Mémoires (p. 499), qu'il fut égaré par son guide.
' Deinse, ou Ueynse, sur la Lys, est aujourd'hui une ville du royaume de Belgique (Flandre orientale;.
^ Le comte Gralien de Gassion avait été nommé brigadier, ou général de brigade, en 1657 (8 juin), il devint maréchal de camp en lti74, lieutenant général eu 1677, et mourut en 1688 {ChronO' logie militaire, t. IV, p. 285).
* Antoine Nompar de Caumoiit, connu d'abord sous le nom de Péguilin, est devenu célèbre sous le nom de comte, puis de duc de Lauzuu. Il commandait, en 1658, un régiment de dragons.
196 CONQUÊTES DE TIRENNE
ternbre*. On croyait que Turenne allait marcher sur Bruxelles, et lui-même dit, dans ses Mémoires-, qu'il hésita entre deux partis : aller à Bruxelles, ou revenir vers la Lys, pour assurer ses conquêtes en les reliant aux places, où il y avait des garnisons françaises. Le prudent général préféra le parti le moins brillant et le plus sûr. Pendant que don Juan s'enfermait dans Bruxelles, et Condé dans Tournai, il rétrograda vers la Lys, pour assiéger Menin. Il apprit, sur sa route, que le prince de Ligne, à la tête de quinze cents hommes de pied et de mille chevaux', était campé sur la Lys. Turenne le fit attaquer par plusieurs corps de son armée; le prince de Ligne, surplis, fut forcé de se réfugier dans Ypres, laissant, sur le champ de bataille, ses bagages et une partie de son infanterie. Menin ouvrit ensuite ses portes, et l'occupation de cette place assura les communications entre Dixmude etOudenarde. Dans le même but, Turenne fit le siège d'une place plus considérable, Ypres, qui se rendit le '25 septembre. En annonçant à Mazarin les résultats de celle rapide et
' Tous ces détails et ceux qui suivent sont tirés d'une lettre du 14 sepie iibro, adressée à Mazarin par Talon, intendant de l'armée de Tureine(.Ul. éir., Pays-Bas, t. 4f), f"' i67-i70).
' Mémoires, p. 501 : « M. de Turenne fut en doute un peu de temps s'il s'avanceroit vers Bruxelles avec l'armée, ou s'il retourneroit sur la Lys. s
3 Je repi-oduis h'.s chiiïrcs donnés par Talon dans la lettre citée ci-dessus, nutel. Ils dillèrenl de ceux que l'on trouve dans les Mémoires de Monylit (p. ;i3.}). Le témoignage de Talon, intendant de l'armée, semble préférable.