VOYAGE DE LA COUR
que le roi et la reine se rendraient h Lyon, où la duchesse de Savoie amènerait sa fille. Il fallait colorer l'entrevue des deux cours d'un prétexte, qui, dans le cas où l'issue ne serait pas favorable, ne blessât pas l'amour- propre de la duchesse douairière, Christine de France, et ne la jelAt pas dans le parti espagnol. Mazarin avait pris ses mesures en conséquence ; il écrivait à la duchesse de Savoie, le 14 octobre 1658' • « Le voyage sera publié ce soir, et le prétexte fort plausible, puisque c'est pour donner ordre à de grandes affaires que Sa Majesté va en Languedoc et en Provence , pendant que les États se tiendront, dans les villes de ces deux provinces les plus proches de Lyon... Pour la manière de l'entrevue, on se conformera entièrement à ce que Votre Altesse Royale jugera plus à propos. » La cour partit de Paris , le *26 octobre 1658 ". Elle
* Aff.iirps étranorères, France, 1 277, f" 31U v". l/ainbassadeur vénitien annonçait le voyage du roi. dans une lettre du 15 octobre {Filza 121, f" 170).
2 Le voyage de la cour à Lyon a été raconté par M'" de Montpensier, téinnin oculaire. Nous nous servirons aussi des lettres de M'" de Tresesou à FouijUft. L'ambitieux suriiitenlant avait eu soin, dans la prévision du niariagi; du roi avec Miirguerile de Savoie, de placer près de cette princesse une jeiuie nrelonne, nièce de son intime confidente, M"'' du Plessis-llllière. Le comte de Hrulon, ancien introducteur des ambassadeurs, qui comptait de nombreux amis en Savoie, fut un des principaux agents de cette intrigiie. Il avait introduit M'" de Tn'seson à la cour de Savoie, comme sa parente. l>'adrnile Brelonnc y pagna \n confiance de la dm basse de Savoie et de sa fille, et inspira de l'amour au j'^une duc de Savoie, dit M"* de Monipensier (t, III, p. 311, de l'éilition Charpentier). M'" de Treseson était donc parfaitement placée pour connaître
A LYON (OcT.-NovEMB. 1658). 201
traversa Auxerre, Dijon, où elle s'arrêta plusieurs jours, et enfin arriva à Lyon, le 24 novembre. On remarqua que le roi fit à cheval une partie de ce voyage et qu'il se plaisait à converser avec Marie Mancini, sœur cadette d'Olympe Mancini. C'était, disent les Mémoires du temps, une jeune fille plutôt laide que belle, avec des yeux expressifs et une imagination passionnée '.La maladie du roi l'avait profondément affligée, et tandis que sa sœur Olympe, récemment mariée au comte de Soissons, paraissait indiflerente, Marie Mancini n'avait cessé de verser des larmes. Le roi fut touché de cette douleur, et à partir de cette époque, il s'attacha sincèrement à Marie Mancini. C'est surtout pendant le voyage de Lyon que la passion du roi pour cette nièce de Mazarin paraît s'être développée '^
A celte époque, le cardinal ne voyait encore, dans les relations de sa nièce avec Louis XIV, qu'un moyen de tenir le prince dans sa dépendance, et d'écarter
celte cour et en révéler les secrets à Fonquet. Ses lettres au surintenilant ont un véritable intérêt liislorii|ue pour le vovage de Lyon et les intrigues qui s'y ratiaclieiil. Elles sont conservé^'s en manuscrit à, la Bibliothèque nationale, dans les pupiers de Baluzc
* On peut consulter sur Marie Mancini 4es M-moires de iW' de Montiiensier, de M"" de Mottecil'e, de M'^'duLa Fa;/etle {Histoire de Henrielte d'Angleterre). Il faut y j >iiidre, parmi les auteurs modernes, M. Amé.lée W'inée {Nièces de M izirin) et M. de (Ihantelauze (Louis XIV et Marir Mancini). Nous reviendrons, dais le prenii'T chapitre du livre VI, sur la passion de Louis XIV pour Mai'ie Mancini.
* Voy. les Mémoires de il"* de Montpensier, t. III, p. 328, de 1 ediliou Chari»eatier.