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Î ENTREVUE DES COURS DE FRANCE

de lui les jeunes filles, qui auraient pu, comme M"' de la Motte d'Argencourt \ tenter de lui inspirer de l'amour. Il songeait sérieusement à le marier. C'est, du moins, ce qu'il déclarait, le 13 décembre 1658, dans une lettre, dont le ton paraît naturel et sincère. Il écrivait, de Lyon, au président de Bordeaux^ : (c Vous savez le sujet qui a obligé le roi de venir en ces quartiers, et que c'a été principalement à dessein d'y voir M""' la princesse Marguerite de Savoie, et, selon que cette personne lui plairait, y résoudre et conclure son mariage avec elle, qui est une chose qui ne se pouvait plus difïérer pour le bien de son État, Sa Majesté ayant vingt ans passés ; en quoi même la reine et moi sommes plus particulièrement intéressés pour fermer la bouche à divers méchants, qui voyant Sa Majesté, l'été dernier, malade à l'extrémité, prirent cette occasion, quoique sur des prétextes hors de propos, de déclamer, dans le monde, que le mariage du roi n'avait été si longtemps retardé que pour nos intérêts particuliers.

» Sa Majesté se porte, grâce à Dieu, mieux qu'elle n'a jamais fait; mais les raisons, que je viens de dire, et plusieurs autres ^ obligent nécessairement à ne différer pas davantage cette importante résolution.

* Voy. ci-dessus, p. 46.

' Affaires étrangères, Angleterre, t. 69, f» 518.

3 Ces mots pourraient déjà indiquer que Mazarin commençait à trouver trop intime la liaison de sa nièce, Marie Mancini, avec le roi et voulait y mettre un terme. Nous reviendrons, comme nous l'avons dit, sur ce sujet dans le livre suivant.

ET DE SAVOIE (Nov. 1658). 203

Le roi a entrepris ce voyage, dans cette saison, à cette fin principalement, et d'autant plus que Sa Majesté, n'ayant point encore été en ces quartiers, on a cru aussi qu'il y aurait moyen de lirer divers avantages de sa présence en ces provinces par les bons ordres qu'elle donnerait à tout. » Il faut remarquer la date de cette lettre (13 décembre 1658). A cette époque, la reine et le cardinal étaient parfaitement d'accord, et le roi lui-môme paraissait tout disposé à suivre leurs conseils.

La ducliesse de Savoie et sa fille Marguerite étaient arrivées à Lyon, le 28 novembre 1658, quatre jours après le roi et la reine. Louis XIV monta à cheval, à l'approche des princesses, et alla au-devant d'elles; puis il revint au galop, mit pied à terre et s'adressant à la reine avec la mine la plus gaie du monde et la plus satisfaite* : « Elle est plus petite que M'"^ la maréchale de Villeroi, lui dit-il, mais elle a la plus jolie taille du monde; elle a le teint... » Il hésita un instant; enfin il ajouta : (c olivâtre, mais cela lui sied bien. Elle a de beaux yeux ; enfin elle nie plaît. »

Toute cette scène, retracée par un témoin, aussi désintéressé que l'était, en cette circonstance. M"' de Montpensier, prouve que le roi avait alors le cœur parfaitement libre, et qu'il était prêt à donner sa

* Tous les détails de celte scène nous sont racontés par M"* de Montpensier, témoin oculaire {Mémoirex, t. III, p. 303, de l'édition Charpentier).

'lui ARRIVÉE DE PIMENTELLl

main h la fille de la duchesse de Savoie. Celle princesse avait, d'ailleurs, des qualilés nombreuses et solides, dont M"'' de Treseson entretenait Fouquet'. « C'est, écrivait-elle au surintendant, la plus discrète et la j)lus secrète personne du monde, et en laquelle on peut se fier. l*our de gi'andes confiances {sic), elle n'en a jamais eu pour personne que pour une femme rju'eile aime depuis dix ans. De la civilité et de la douceur, elle en a pour tout le monde, et beaucoup pour moi, à laquelle elle a dit des choses fort obli- Lieantes, louchant les afVaires présentes et le compliment que je lui ai fait pour lui témoigner l'envie que j'ai d'avoir l'honneur d'être à son service. » Plus loin M"® de Treseson ajoute encore quelques traits au portrait de la princesse Marguerite. « Je ne la crois pas assez hardie, écrit-elle à Fouquet, pour oser résister en rien à M. le cardinal'-; mais elle aimera toujours ceux à qui elle aura promis l'amitié et ne manquera pas de reconnaissance pour les personnes qui l'auront obligée. Elle a beaucoup de boulé, une fort grande douceur, mais beaucoup de timidité. »

Anne d'Autriche feignait d'être résignée à accepter pour belle-fille la princesse de Savoie, a Elle ne témoignait pas une grande passion pour ce mariage,

* Bibliolhèque natinnalo, f. Baliize. (Voy. ei-(Iessu<:, p. 200, note 2.) 2 Ce passage mérite d'èlre iiolé; on voit qu'en l(i5S le surintendant Foiiqui-t comniençail à suitpniler avec impatience la domination de Mazirin. Il aurait voulu trouver, dans la future r^^ine de France, un appui pour balancer l'aulorilé ilu cardinal, et p''ul-éire le renverser el prendre sa place. (Voy. le chapitre il du livre VI.)

A LYON (NovEMnRE 1658). -205

dit M"'' (le Montpensier'; mais aussi elle ne témoignait pas d'aversion. Elle disait : Si je pouvais avoir rinfante, je serais au comble de ma joie; mais ne le pouvant pas, f aimerai tout ce qui plaira au roi. »

A ce moment, la reine, fidèle h ses habitudes de dissimulation, paraissait ignorer que son frère, Philippe IV, avait envoyé à Lyon don Antonio Pimentelli pour lui offrir la paix et l'Infante. Elle en avait été cependant prévenue par Mazarin, avant même l'arrivée des princesses de Savoie à Lyon -. Cette mission combla de joie Anne d'Autriche, qui souhaitait passionnément la paix consacrée par le mariage du roi, son fils, avec l'infîinte d'Espagne. Cependant on tint secrète encore quelque temps la présence de Pimentelli. Il y eut des fêtes et des bals, où parut un instant le jeune duc de Savoie^; mais la froideur de l'accueil qu'il reçut et le changement subit du roi à l'égaid de la princesse Marguerite indiquaient assez que la cour n'avait plus les mêmes desseins et que les projets de mariage étaient abandonnés. Mazarin

1 Mémoires, l. III, p. 303.

^ C'est M. Valfi'ey (jui le premier a indiqué, d'après des documents aulheiiliijues, l'é[>oi]ue de l'arrivée de Pimentelli en France. Dès le 19 novembre 1658, Piincnlolli avait prévenu Mazarin qu'il était chargî d'uni; mission de Philippe IV pour .\nne d'.Vutriclie. 11 avait été autorisé à se rendre à Lyon, où, pendant quelque temps, il se tint caché et eut des confiM-ences secrètes avec le cardinal. (Vov., pour les détails, Hugues de Lionne et ses ambassades, par M. Vaifrey, t. II, p. iïa et Shiv.j II faut y ajouter l'importante dépêche du 13 décenibre 1658, dont nous citons plus loin des extraits.

3 Les Mémoires de 3/"° de Montpensier retracent ces fêtes en grand détail.

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