LETTRE DE MAZAP.IN RELATIVE
considérée comme seule héritière de tant de royaumes et de provinces, le roi, pour de si grandes espérances, aurait pu ne regarder pas de si près aux conditions d'accommodement avec Sa Majesté catholique; mais aujourd'hui que l'infante d'Espagne a un frère ', qui l'exclut de toute celte grande succession », le mariage ne présente plus les mêmes avantages.
Toutes ces propositions étaient inspirées aux Espagnols, ajoutait encore Mazarin, par le désir qu'ils avaient de prouver que, si la paix ne se concluait pas, ce n'était pas à eux qu'on devait l'imputer, puisqu'ils avaient fait à la France les ofïres les plus avantageuses. Enfin, Philippe IV et ses ministres espéraient que l'empereur Léopold,qui désirait vivement obtenir l'infante Marie-Thérèse, romprait, pour y réussir, « le traité de Munster et la capitulation que les électeurs lui avaient imposée" » et enverrait «: quelque grand secours en Flandre y> et même attaquerait l'Alsace; ce «qu'ils sollicitaient depuis longtemps'!).
' Philippe IV eut Irois fils de sa seconde femme, Marie-Anne d'Autriche : celui doi;l parle Mazarin se nommait Philippe-Prosper. Né en 1658, il mourut dans la première enfance. Le second, Ferdinand-Thomas, mourut également très jeune. Le seul qui survécut à Philippe iV fut don Carlos, ou Charles II; né le 6 novemhre IGGl, il fut proclamé roi d'Espagne en 1665, et mourut en 1700.
- Voy. ci-dessus, p. ll'J et suiv.
' Les historiens, qui prétendent (jue Mazarin a eu tort de condure la paix des Pyrénées, feront ijien de méditer ce passage de la <lépêche du cardinal. Il prouve que, si la France eût rejeté les propositions de Philippe IV, l'omperenr L(''opold eût épousé iMaric-
A PIMENTELLI (13 Dec. 1G58K "ill
Quoique Mazarin ne présentât cette ouverture que ■comme un artifice des ennemis, il faisait remarquer qu'on ne devait pas la rejeter immédiatement, afin •de ménager l'opinion publique. « La France et l'Angleterre, disait-il', recevraient un préjudice irréparable, si les Espagnols pouvaient publier avec fondement et vérité que notre aversion à la paix est telle •que, nous ayant ouvert un chemin à pouvoir conclure un accommodement général par un mariage, on en a rejeté d'abord la proposition. » Il terminait en déclarant que, quoique ces propositions fussent peu sérieuses, il fallait donner suite à la négociation. En conséquence, il avait déclaré à Pimentelli que la France et l'Angleterre étaient disposées à écouter « toutes choses raisonnables, pourvu qu'ils (les Espagnols) ne se missent pas en tête de pouvoir les diviser ' » .
Le cardinal écrivit dans le môme sens aux alliés
Thérèse. Les deux branches de la maison d'Autriclie se seraient •alors réunies pour combattre la France. La ligue du Illiin, encore mal constituée (voy. ci-dessus, p. 12G, note 2), n'aurait pu arrêter l'empereur. A cette époque la France se serait trouvée sans alliés : •en elTet, l'Angleterre, après la mort d'Olivier Cromwell, se divisa et fut réduite àl'iuipuissance. La Suède, attaquée par le Danemark, la Pologne, le Brandebourg et la Moscovie, pouvait à peine résister à •celte coalition, bien loin d'être en état de secourir la France. .\insi ce royaume, déjà épuisé par vingt-cinq ans de guerre, eût •été exposé à une lutte contre les deux branches de la maison d'Autriche. Nous reviendrons sur celte question, à l'occasion de la paix •des Pyrénées.
* Alïaires étrangères, ANGLETEURfî, t. 09, f'^^ 5^21-522.
•^ Ibidem, fo 522,
212 II vIlILETK DE MAZARIN.
de la France en Allemagne ^ Pendant ce temps, Pimentelli avait demandé à don Lonis de Haro des instructions pins complètes et des pouvoirs pour continuer la négociation et discuter les conditions de paix. Il attendit ces instructions, caché dans une des petites villes rapprochées de Paris, d'abord à Montargis, puis à Montereau, et lorsque la cour revint à Paris, en janvier iG59, il la suivit de près et reprit la négociation secrète avecMazarin. Le cardinal avait dirigé cette affaire avec sa dissimulation et son liabileté ordinaires. Il avait réussi à amener l'Espagne au point où il voulait la conduire : à demander la paix et. à proposer la main de rinfante. Dans ses relations avec les alliés de la France, il avait soin de présenter la négociation comme un artifice des Espagnols. Il ne l'acceptait, disait-il, (jue pour ne pas soulever l'opinion publique contre la France, qu'on accuserait de refuser la paix.
* M. Valfrey a publié cos dépêclios, qui sont beaucoup moins élemluos que la IcUre adieàsée au prébident de Bordeaux.