CHAPITRE VIII
Que 8ubsistera-t-il des productions du temps présent? et coml)len il est malaisé de le savoir?
Il n'est pas besoin de vivre bien vieuxpour voir successivement rejelée, comme trop bardie puis comme trop banale, la même œtivre d'art ou de littérature. Et cela souvent par les mêmes gens. Tel style a charmé, qui ne charme plus; tel autre ne charme pas encore. Nous voyons des défauts là où d'autres, précisément, avaient vu des beautés. Il en va parfois ainsi au même moment, à deux cents lieues de distance, d'un peuple à un autre.
Auteurs, interprètes, critiques et public passent ensemble, comme fuit un horizon, aux yeux du voyageur qui le contemple du wagon d'un train rapide. Est-il possible que ces manières de dire et de penser qui nous séduisent, ces pages qui nous troublent, ces vers qui nous transportent, perdront leur vérité, leur mérite, en perdant leur nouveauté; qu'ils s'achemineront à
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l'oubli, se déformeront, semblables crabord à des caricatures, puis à des ombres vaporisées dans la brume.
Des sociétés très raffinées se sont passionnées pour des ouvrages qui, plus tard, ont semblé ridicules. Ces gens d'hier nous valaient etmon voisin vaut-il moins que moi? Gomment jugeons-nous si différemment des mêmes choses?
Les sciences ne varient que pour progresser; elles se corrigent et se contredisent, mais toujours suivant une raison fixe : celle d'erreur à reprendre et de vérité à constater.
Dans les lettres et les arts, les actions et réactions n'ont d'autre règle que le goût.
Pensez-vous que si Sophocle ou Euripide, que si Corneille ou Racine même, déposaient aujourd'hui, comme de jeunes inconnus, chez le concierge de quelque théâtre, le manuscrit des pièces qui ont immortalisé leur nom, il se trouverait un directeur pour les jouer et un public pour les applaudir? Pensez-vous que si Dante publiait demain la Divine Comédie, son nom deviendrait célèbre dans les deux hémisphères et que son poème serait traduit dans toutes les langues?
Gomment admirons-nous pieusement des choses; faites par des anciens qui, si elles étaient faites) par des contemporains, nous laisseraient froids?
idi LES FRANÇAIS DE MON TEMPS
Ne sont-ce pas ces choses en elles-mêmes que nous admii'ons? Est-ce leur intérêt historique, leur côté documentaire, qui nous attachent à : elles.
! Leur beauté se serait-elle évaporée avec l'âge? ; N'était-elle donc pas éternelle? Et les plus belles S pensées humaines se démodent-elles comme une ■' paire de bottes ou une race de chiens?
Il ne faut pas dire : le temps décide. Non, des œuvres trouvées bonnes longftemps finissent par sembler mauvaises et inversement. La seconde jeunesse de Ronsard durera-t-elle plus que la vieillesse de Boileau? Musset hier n'était plus qu'un mince poète, upour avoir mal rimé» , à l'estime d'une génération poétique qui prenait le parti de ne rimer plus.
Shakespeare s'est-il civilisé depuis que Voltaire le jugeait barbare? » Ces plaisanteries saxonnes ou tudesques sentent le rustre » , disait le Bon Goùi; cet exotisme est ignoble. Puis le Bon Goût change et le gros sel est précisément celui qui plaît. Il en faut du plus rude. C'est, disons-nous, le seul « naturel » . En musique, les mêmes sonorités que nous jugions vinaigre, il y a quarante ans, nous semblent miel aujourd'hui.
Romantiques et classiques ont été renvoyés à la fin dos à dos, sur cette réflexion que, leurs per-
soiiiiages n'ayant parlé ni comme Racine ni comme Hugfo, chacun peut les représenter à son idée, sans que nul puisse dire si cette idée est vraie ou fausse, les gens qui passent dans la rue étant les seuls qui nous soient certainement connus. Cependant les romanciers contemporains seraient-ils seuls capables de nous émouvoir, parce que ce sont les seuls qui aient notre àme?
S'il existe une " beauté " absolue, la nature et l'humanité étant immuables, il ne doit y avoir qu'une seule façon de la peindre, puisque nos yeux ne changent pas plus que nos passions.
Puisque nous aimons et fêtons telle mode littéraire ou artistique pour nous en désintéresser ensuite; puisque le même homme change de goût, à quel moment son goût était-il bon? Est-ce dans la jeunesse, quand ses capacités de vision, de sensation avaient toute leur fraîcheur? Est-ce dans la vieillesse, quand il les avaitaffinées par l'expérience?
Y aurait-il une dépravation de l'œil, de l'ouïe, de tous les sens, et une dépravation de l'esprit, comme il y a une rusticité naïve de l'esprit et des sens? Mais quelle en est la mesure, et qui dira quels sont les sens et les esprits gâtés ou ignorants, qui ont trop ou pas assez vu, trop ou pas assez senti, trop ou pas assez lu?
La nouveauié est à la fois attrait et ccucil. Écueil d'abord, elle nous rebute parce qu'elle contrarie nos conceptions antérieures. C'est pourquoi les « beautés » nouvelles sont mieux reçues des jeunes gens, chez qui la page des sensations est blanche, que des personnes d'âge mûr, gênées par des précédents et des goûts déjà formés. Ensuite, lorsque la nouveauté nous a conquis, elle devient attrait en procurant une jouissance d'autant plus vive qu'elle est plus récente.
Pour les mêmes motifs, Y antiquité d'une forme ou d'un style nous attache par routine et nous détache enfin par lassitude.
Mais de ceci nous devons conclure que nos « jugements « sont bien vains, puisqu'ils sont le produit de nos « goûts » , forcément ballottés entre ces deux causes d'erreur : l'attrait ou la répugnance de la nouveauté. Par là nous refusons ou prodiguons tour à tour à la nouveauté des qualités ou des défauts, qui s'y trouvent et que nous n'y voyons pas.
Et nous supposons ici des juges impartiaux et compétents, que n'influencent ni l'intérêt, ni le « panurgisme " , ni la crainte; des juges qui s'offrent le luxe d'une opinion libre et peuvent en donner les motifs.
Chaque fois que des productions de l'esprit plaisent, déplaisent, replaisent et redéplaiscnt, la
critique en donne les raisons, qui valent ce que vaut le critique. De sorte qu'avant d'admettre son dire, il faudrait faire la critique du critique.
L'influence que les imbéciles exercent sur les gens d'esprit n'est pas moindre que l'influence des cens d'esprit sur les imbéciles. Ces derniers sont le nombre ; ils en ont la force — et cette force est très grande, crée la mode et l'air ambiant; ils en ont la sécurité, l'audace. L'élite est intimidée, elle a peur de se tromper; elle doute d'elle-même comme tout vrai critique, qui craint de prendre son propre goût pour la vérité. « J'ai terminé mon livre, dit Beauvers, l'illustre écrivain, à son confrère et ami ; mais je me demande ce qu'il vaut; si vraiment cela est neuf, si cela est bon. » Et l'ami de répondre : « Si vous ne vous le demandiez pas, cela m'inquiéterait. 1)
Les variations du goût sont la condition nécessaire de la production et de l'effort. Pour cherclicr du nouveau il faut croire qu'il en existe, que tout n'a pas été si bien dit et fait qu'il n'y ait plus qu'à dire et faire de même.
Tous les novateurs ont poussé jusqu'à l'injusticc le mépris des époques précédentes. La Renaissance haïssait le gothique, et le dix-septième siècle avait le dédain de la Renaissance. Les
générations créatrices sont exclusives; un amour égoïste de leur temps les anime, tandis que l'admiration éclectique du passé est le caractère d'une sereine impuissance.
Le peuple, en littérature ou en art, ne porte que des jugements subjectifs : « Cela me plaît, donc cela est bon. » Il aime la musique quand elle le « touche » , la peinture quand elle 1' " intéresse « , le volume quand il 1' « empoigne » .
Or, faute d'éducation préalable, le peuple n'est touché, intéressé et empoigné que par l'écorce des choses, la couche très mince des attraits extérieurs et faciles : romances, images, mélodrames ou bouffonneries digestives d'aprèsdîner. Et les maîtres dans un genre sont souvent (i peuple » dans tous les autres, dans ceux qu'ils n'ont pas étudiés ou approfondis : le musicien en peinture, le peintre en littérature, l'écrivain en musique.
Il faut qu'il y ait dans un chef-d'œuvre des parties vulgaires; c'est par là qu'il sera apprécié de la masse, parla qu'il lui sera accessible. Autrement il ne deviendra jamais populaire, on l'admirera par ouï-dire.
Le succès des sujets les plus rebattus vient de ce que le public ne veut être instruit que de ce qu'il sait déjà ou croit savoir. Or, les gens qui ne
savent ricMi sont aussi ceux qui ne veulent rien apprendre; ils se refusent absolument à réfléchir. Pour les y amener, sans qu'ils s'en doutent; pour faire pénétrer les idées, à doses homéopathiques, dans les cervelles réfractaires, il faut des amincisseurs, des délayeurs, d'innombrables truchements qui traduisent la langue des penseurs, dont l'àme est trop loin de la foule.
Tels ne sont pas ceux qui prétendent admirer seuls et ne souffrent point d'égaux ni de compagnons dans leur enthousiasme. Ils ressemblent à ce voyageur qui a fait le même voyage que vous, mais pense l'avoir fait mieux que personne : il vous provoque à narrer devant lui et vous guette comme le maître d'armes, la pointe en avant. Il attend que vous vous découvriez pour se fendre; il vous tàte par des questions sournoises : « Avezvous vu ce tableau dans le musée, cette plaCc dans la ville, cette grotte ou ce monument? Non, vous ne l'avez point vu? »
Il vous tient, il vous accable, il ne vous ménagera pas. Votre propre voyage vole en éclats; il vous conte le sien, vous prouve que de ce pays vous ignorez tout et qu'il y faut retourner; car ce qui vous manque est précisément la seule chose qu'il fallait voir. Combien ce voyageur est haïssable! Combien il est ridicidc ! Et comme chacun de nous est souvent ce voyageur!
— Wagner, monsieur, dit un wagnérien arrivé; Wagner n'est pas un musicien, c'est le musicien par excellence. Il incarne la musique; tout ce qu'on a fait avant lui est peu de chose, autant dire rien.
— Vous avez raison, réplique un autre wagnérien, aspirant en voie de parvenir; Wagner a largement accru le domaine des harmonies ; il a fait des inventions magnifiques.
— Du reste, reprend le premier interlocuteur, ce n'est pas même comme musicien qu'il est le plus admirable, c'est comme poète. Le poète, en lui, est supérieur au musicien et sa musique n'est rien auprès de sa poésie.
— Il est vrai, approuve le disciple qui ne veut pas être dépassé, ces légendes du paganisme germanisé fondues avec des mythes rassemblés de partout, mais estompés d'un brouillard du Nord, fournissent des poèmes d'un charme incomparable.
— Certes, réplique le premier wagnérien décidé à ne pas se laisser rejoindre; mais c'est surtout comme philosophe qu'il faut apprécier Wagner. Ah ! monsieur, la philosophie de Wagner surpasse de beaucoup ses autres mérites; c'est par là qu'il étonne, qu'il fait rêver...
— Sans doute, concède encore, bien qu'avec une nuance d'hésitation, le deuxième dilettante. Eh! eh! la philosophie de Wagner, c'est peutêtre en effet son triomphe...
— Et enfin, interrompt le premier wagnéricn amer et fermé, Wag^ner c'est encore autre chose; mais, il faut bien que vous le sachiez et pardonnez-moi de vous le dire : vous êtes tout à fait incapable de le comprendre.
Des musiciens très savants composent des opéras comme l'ingénieur, au sortir de Técole, ferait un pont. Ce sont œuvres irréprochables — je parle des opéras — suivant la grammaire et la mathématique de Fart, mais si dénuées d'idées musicales que les notes semblent avoir été préalablement mises dans un chapeau d'où on les aurait tirées au hasard.
Les idées sont toujours ce qui coûte le plus cher, en musique comme en littérature. Si la terreur des airs faciles fait sombrer le compositeur dans l'abstrus, il a la ressource de traiter ses détracteurs de béotiens, incapables de le comprendre, et de se comparera d'illustres méconnus du passé; tandis que, s'il échoue dans la banalité, tout le monde se trouvera compétent pour le juger banal.
Ainsi, bien que l'air soit à la musique ce que l'idée est à la phrase, il est moins dangereux au compositeur de faire de la musique sans air qu'à l'écrivain d'assembler des mots sans idées; trop de gens s'en apercevraient.
Les poètes seuls, en leur qualité de semi-musiciens, ont le droit de versifier des lieux communs: encore est-ce à condition de ne point trop remplacer, par la musique des mots, la poésie des idées, le vers, lorsqu'il n'est plus qu'un son, demeurant moins apte à charmer l'oreille que la musique véritable.
Sermione se procure des idées orig^inales en retournant les idées reçues et ordinaires, dont il fait valoir l'envers. Son châtiment est qu habitué à l'esprit du paradoxe, il ne sait plus comment faire pour avoir de l'esprit sans paradoxe.
Si l'affirmation de Boileau que « ce que l'on
! conçoit bien s'énonce clairement " était toujours
j vraie, il n'y aurait nul mérite à bien parler ou à
I bien écrire. Cette maxime est très souvent fausse ;
l le vulgaire conçoit bien mais énonce mal, et,
l justement, savoir mieux que le vulgaire "énoncer»
I ses idées est le propre de l'orateur et de l'écrivain.
L'un et l'autre savent au prix de quels efforts, et
pour des idées qui leur semblaient les plus claires
du monde, lorsqu'elles sommeillaient dans leur
cervelle.
Au rebours de l'axiome de Boileau, ces idées
se «clarifient» laborieusement par l'obligation de
les bien énoncer.
Arcanin n'a pas le don d'exposer ce qu'il sait le
mieux. A rcnteiidre expliquer savamment que le nez est au milieu du visage, on finirait par ne plus comprendre cette vérité.
Tronson, à force de raffiner sur le style, en est venu à l'impuissance d'écrire. Son œil voit des incorrections, son oreille entend des cacophonies en des phrases où nul autre que lui ne s'aviserait de les découvrir.
Il bannit cruellement des tours et des mots par centaines; puis, victime de ses proscriptions, il n'arrive plus à exprimer sa pensée avec son vocabulaire appauvri. D'autant plus qu il s interdit la répétition du même mot à trois pages d'intervalle. Son purisme le torture; il souffre des scrupules qui paralysent sa plume et n'a pas le courage de les vaincre. « Oui, dit-il à ses amis, c'est une maladie, une folie peut-être, mais incurable. "
Bagoutler ne se met point tant en peine; il écrit en petit maître de bel esprit tout ce qui lui passe par la tête, et ne prend pas garde qu'il ne passe rien par sa tête, que du vent.
Archiloque redoute si fort de paraître avoir habillé ses phrases à la Belle Jardinière; il a si grand souci de ne point écrire comme " tout le monde " , que la moitié de ses périodes marchent la tête en bas, à l'exemple du • « Me font d'amour
mourir, belle marquise, vos beaux yeux. "
Il emploie de préférence les mots techniques, archaïques ou précieux, qui n'ont pas souvent l'occasion de sortir du dictionnaire, ce qui donne à son style une odeur de renfermé.
A l'inverse des bons écrivains qui s'attachent à trouver l'expression simple, mais si juste qu'une fois découverte l'on n'en conçoit point d'autre, et que chacun pense, en la lisant, l'avoir pu aisément rencontrer, le talent d'Archiloque est une imprécision voulue, une jonglerie des substantifs transposés du son à la couleur, de l'ouïe à la vue. Il excelle en constructions rocailleuses et discordantes et forge, à son usage, des barbarismes puérils avec des vocables importés du dehors, auxquels il donne une désinence française.
Bref, ses livres sont des modèles de "mauvais style; on les pourrait faire étudier à la jeunesse comme des recueils parfaits de tous les défauts qu'il convient d'éviter.
Cependant Archiloque a fait école et, en Amérique, il est compris.
Quel dommage que feu Musarion, dont la verve primesautière a enrichi le français actuel de plusieurs mots tombés des vraies lèvres de la nature, ait abusé de l'argot ! Un mot apparaît, il plaît, il va aux nues; puis il tombe dans le commun, on s'en lasse et il meurt, souvent pour
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avoir poussé trop vite et avoir eu d'abord trop de succès.
Floraison ou scorie de la langue parlée, l'arg^ot n'est pas assez solide pour porter l'écriture. Quelques-unes de ses trouvailles se cristallisent, et acquièrent droit de cité dans le domaine des mots définitifs. La plupart finissent dans les terrains vagues de la conversation familière, où elles étaient nées. Aussi la destinée de Musarion a-t-clle été de devenir inintelligible, pour des générations très rapprocliées de celles à qui ses livres s'adressaient, dans leur fleur.
Il est des bommes si décidément médiocres qu'avec une grande place, de grandes richesses et un grand nom, ils demeurent médiocres. Mais combien d'hommes ne seraient pas écoutés, simples commis, qui, ministres, passent oracles; combien, avec trois mille livres de rente, seraient négligés qui, avec trois cent mille, sont recherchés; combien ne paraîtraient pas aimables sous le nom d'Ernest Durand qui le deviennent sous celui de duc de Mercœur !
A ces détenteurs de ce que Pascal nommait les (I grandeurs d'établissement » , allaient de droit, au dix-septième siècle, les » respects d'établissement " ; tandis que les « respects naturels » étaient dus aux « grandeurs naturelles " , qui ne dépendent point de la fantaisie des hommes, mais
consistent dans les qualités effectives de l'individu.
Il existe encore aujourd'hui des « grandeurs d'établissement » ; mais le respect obligatoire et formaliste dont on les entourait s'est fort affaibli. Seules les « grandeurs naturelles " ont gagné du terrain; elles absorbent tout ce qui reste, ou à peu près, de respect disponible.
L'artiste, le savant, l'écrivain, tous gens qui valent par eux-mêmes, profitent de ce changement; leur vanité n'y est point insensible. L'homme de lettres qui aime son métier ne l'aime pas davantage pour cela.
Il a cette volupté suprême de remuer des idées, de les créer, de les analyser, de les combattre, de les tuer ou de les ressusciter d'entre les mortes, de les parer et de les faire triompher dans le monde. Il y travaille en bon ouvrier, et meurt satisfait d'avoir honnêtement usé de cette belle langue française, précise, limpide, et de l'avoir servi, dans la mesure de ses forces, autant qu'il s'est servi d'elle.
S'il atteint la gloire, si la postérité le connaît par son nom — un nom qui souvent n'est qu'un pseudonyme, ou un prénom, ou un surnom — s'il laisse de lui quelque chose de bien plus intime, plus vivant, plus personnel et plus authen-
tique que toutes les autres sortes d'hommes, dont les actes sont connus mais point la pensée, ni l'àme, il n'en sera ni plus ni moins immortel pour avoir tenu de son vivant une place plus ou moins grande.
Mais cette place nouvelle ne lui déplaît pas. « Le célèbre Racine, dit Saint-Simon, si connu par ses pièces de théâtre et par la commission où il était employé lors pour écrire l'histoire du Roi, prêta sa belle plume pour polir les factums » de MM. les ducs et pairs dans le procès Luxembourg. Il est clair que Racine, dont le duc de Saint-Simon parle ainsi dans ses Mémoires, eût estimé ces termes fort civils. Il n'était pas, socialement, l'égal d'un duc ou d'un secrétaire d'État; il ne croyait pas l'être.
Il eût été ébahi, le grand Racine qu'il était, d'entendre un de nos dramaturges contemporains traiter de haut un ministre d'aujourd'hui, dont le procédé lui avait déplu et ajouter sérieusement : « J'ai fait sentir à cet homme toute la distance qu'il y a d'un simple ministre à un auteur dramatique comme moi ! »
Et ce qui est vrai des gens de lettres ne l'est pas moins des artistes, peintres ou musiciens. Quelle différence de situation et, si l'on veut, de prétentions, entre Mozart ou Beethoven d'un côté et, de l'autre, Verdi ou Wagner!
Des étrangers remarquent que les milieux aristocratiques sont aujourd'hui moins fréquentés, par les illustrations et les notabilités de tout ordre, que n'étaient, il y a cent vingt ans, les salons de l'ancien régime. Ils en concluent que la haute société actuelle a remplacé le goût de l'esprit par le culte du sport.
Ils ne prennent pas garde que les seuls salons dont on se souvient sont justement ceux où se rencontraient les lettrés. Si la majorité de ces derniers n'attache plus autant de prix à fusionner avec les mondains, c'est que les mondains ont perdu de leur prestige et que les lettrés en ont acquis assez pour se suffire à eux-mêmes ; ils constituent un clan distinct où ils se plaisent davantage.
A l'exception d'un très petit groupe d'aristocrates qui ne s'en font point accroire, les privilégiés de naissance continuent à se croire sincèrement, en leur for intérieur, quelque supériorité sur les privilégiés du talent.
Cette opinion, bien que soigneusement voilée, révolte, au vingtième siècle, ceux qui, au dixhuitième, ne s'en fussent point choqués. Ils entendent être conviés pour leur personne, non pour leur réputation et comme objets de parade. Un poète renommé, invité pour la première fois chez une grande dame qui lui faisait demander,
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en même temps, s'il ne consentirait pas à dire quelques pièces de vers, après dîner, répondit narquoisement : " Il m'arrive de réciter mes vers chez des intimes; ailleurs, c'est mille francs la strophe et je n'en dis jamais moins de trente. »
Le salaire des (jens de lettres n'a pas progressé autant que leur ranjj ou leur influence. Les poètes, en particulier, à défaut des rentes qu'Alfred de Vigny proposait de leur attribuer, doivent s'en tenir au laurier classique, impropre à toute sauce.
La rémunération des articles de journaux et de revues a doublé depuis quarante ans; mais les chaires du haut enseignement ou la garde des bibliothèques ne procurent aux historiens, aux philosophes, aux érudits, qu'un revenu correspondant à celui des canonicats ou des pensions de jadis, avec un moindre loisir pour leurs travaux.
Les plus adroits à se créer de belles sinécures ne sont pas de la qualité la plus précieuse : qui calculerait ce que la philanthropie et la sociologie rapportent à Fruscard ? La question ardue des " logements à bon marché " fut résolue pour lui de plein saut; car il habite un » musée " , dont il est la pièce la plus rare. Gorentin Mulot n'a pas gagné moins à défendre, dans sa feuille, la cause de la justice et les idées de solidarité. Il avait des
dettes à la fin du siècle dernier; il a des rentes maintenant et il est de tous les banquets.
Les seuls départements lucratifs, dans le royaume des lettres, sont le théâtre et parfois le roman. Mais, hormis de rares chefs-d'œuvre, ce qui seul enrichit ou profite, c'est la pièce ou le feuilleton destiné à la foule, la féerie, le mélodrame ou la farce qui réussissent.
La place que tiennent ces genres simples dans l'attention publique, place supérieure sans doute â celle qu'ils occupent dans la vie intellectuelle d'une nation, vient de ce que la masse moderne ne s'est pas haussée à un niveau littéraire plus élevé, mais à ce qu'une portion de la littérature se trouve plus rapprochée de ce niveau. Et c'est dans cette portion que la masse recrute ses grands hommes.
De là vient que la démocratie, dans le don qu'elle fait de la popularité, de ce qui pour elle est " la gloire î? , est moins juste peut-être que n'était l'élite dans son suffrage restreint. En dehors de cette élite, les hommes qui ont le plus influé sur le siècle ne sont pas toujours les plus connus du siècle ; et la célébrité, quand ils l'acquièrent, leur arrive souvent par des causes occasionnelles, tout à fait étrangères à leur mérite.
Les compagnies ouïes corps, qui récompensent le talent plus que le succès, dont les membres
sont élus pour leur valeur intrinsèque et point pour leur valeur ambiante, contiennent beaucoup de noms que le grand public traite d' » obscurs 1) , parce qu'il a l'injustice de les ig^norer.
C'est par la lecture que notre esprit se forme, et que lit-on sinon des journaux?
Le journal est un roi si puissant ; il a tant de flatteurs et tient nos contemporains si impérieusement subjugués, qu'il n'a pointa redouter la critique. On lui peut dire ses vérités sans qu'il se fâche.
Quand l'imprimerie fut inventée, on édita d'abord des in-folios. Le libraire réduisit d'âge en âge le format de ses volumes; le journaliste au contraire doubla, quadrupla le sien, mais publia ses feuilles une par une, toutes les vingt-quatre heures. Et chaque feuille suffit à son jour et se consacra toute au jour où elle parut.
Gomme matières, la lecture intégrale d'un journal quotidien pendant trois cent soixantecinq jours représente, en tenant compte de la différence des caractères typographiques et déduction faite des annonces, trois mille pages peutêtre des anciens in-folios. C'est beaucoup en apparence. En réalité c'est fort peu, à cause du choix des sujets et de la façon dont ils sont traités.
Le journal est la monstrueuse hypertrophie | d'un « instant » . « Aujourd'hui " , à qui le journal
sacrifie tout, n'est qu'un point dans la durée et même dans notre propre vie. Qu'importe que ceci soit d' « aujourd'hui " , et pourquoi ' aujourd'hui » prétend-il m'intéresser exclusivement pendant les vingt-quatre heures où il règne, s'il n'a rien de très utile, de très marquant à m'apprendre ?
Je le traiterai comme ces gens qui composent une foule et n'ont rien de personnel, d'original à me dire; je le considérerai comme inexistant; je ne lui adresserai pas la parole. Je ne dois pas l'écouter, il me fait perdre mon temps.
Partez en voyage, montez en bateau, restez un mois sans lire de journaux; puis, au retour, achetez le premier venu ; vous ne constaterez aucune lacune, vous croirez avoir lu celui de la veille; parce qu'en effet il ne s'est rien passé dans l'intervalle et le tout tiendrait en dix lignes de résumé.
Lorsque tout notre effort doit tendre à élargir notre compréhension, à voir de haut pour penser juste, à nous dégager, à nous abstraire du milieu, du fait immédiat, de tous ces premiers plans des événements que l'on voit trop et qui masquent i'horizon — bien que Thorizon ait des dizaines de kilomètres et que ces premiers plans n'aient que quelques mètres — lorsque nous ne devons
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pas même laisser enfermer notre âme dans les limites d'un siècle, les journaux la rétrécissent et la bornent à un jour.
Ils faussent l'optique des choses parce qu'ils n'en montrent que le détail quotidien, les côtés accessoires. Ils aident l'humanité civilisée à morceler sa vie, ses idées, ses jugements, en autant de parcelles qu'il y a de jours dans l'année.
Que de gens voient ainsi chaque pierre et non l'édifice; ils n'aperçoivent les plus grosses questions qu'en miettes. Ces miettes, pour le journal, n'ont de valeur que parce qu'elles sont d'aujourd'hui ; mais aujourd'hui est déjà hier, demain le pousse qui apporte aussi son contingent de très menus faits.
On finit par avoir vécu l'événement au jour le jour et par presque l'ignorer, comme ces soldats qui ne savent rien de la bataille dans laquelle ils ont été personnellement engagés.
En tout temps les lecteurs de journaux s'imaginent vivre dans une époque violente et agitée, qui ne ressemble à aucune autre. Ils le croyaient sous la Restauration et sous Louis-Philippe. A distance, ces périodes semblent tout unies aux yeux de la postérité; ce qu'on croyait être une haute montagne n'est pas même un pli de terrain. L'histoire dira sans doute que les vingt-cinq dernières années du dix-neuvième siècle ont été
fort paisibles et agréables à vivre, puisqu'il n'y eut point de guerres ni de troubles dans la rue.
On eut l'idée de créer des journaux pour y mettre des nouvelles; puis, tôt après, il fallut créer des nouvelles pour remplir les journaux. Les plus délicats, qui se refusent à les inventer quand elles manquent, se bornent à les commenter, délayer, gonfler et rafraîchir par la glose.
Ces nouvelles sont, en majorité, c politiques » , et de cette partie la plus frivole de la politique : intrigues, parlagcs, « cancans » , dégonflés le lendemain et que l'on remplace par d'autres.
Or, avec ces journaux si abondants, dont le Français achète un tel nombre qu'il n'a plus le temps de les lire et les parcourt distraitement, avec ces journaux qui peuvent tout dire, semblet-il, on ne sait presque rien des dessous, des ressorts qui font mouvoir le monde, la diplomatie et la politique, dont les journaux sont pleins.
Personne, absolument personne, n'imprimera certaines choses que chacun répète à voix basse dans les milieux renseignés. Les journalistes n'ignorent pas les dessous, mais ils ne peuvent pas les mettre dans leurs gazettes. Ce sont des hommes très discrets, quoique l'on s'imagine le
contraire, j)arce que rindlscrétlon leur créerait mille ennuis, ou leur fermerait certaines portes et tarirait pour une autre fois des sources utiles, ou causerait un préjudice à leur entreprise.
L'on ne s'instruit bien du temps présent qu'en causant avec ceux qui le savent, dans les camps opposés, comme on pouvait faire sous Louis XIV, et point du tout en lisant les feuilles publiques ; parce qu'elles ne peuvent mettre le doigt dans l'ulcère, ni lever le couvercle de la boite officielle où chaque vivant est enfermé.
Les journaux sont faits, non pour le public, mais pour ceux qui ont quelque chose à lui dire, et, de vrai, le public ne lisant guère autre chose que des journaux, ceux qui veulent communiquer avec leurs concitoyens n'ont pas d'autre truchement.
Mais pour être entendu, et même pour subsister — car il vit chèrement — le journal doit avoir des lecteurs. Et tandis que, dans le livre, l'écrivain demeurait maître de ses acheteurs inconnus, il devient, dans le journal, esclave de ses lecteurs espérés ou conquis. Il n'est plus libre de choisir ses sujets ni de les traiter à sa guise.
On affirme que les livres ne se vendent plus; il est vrai qu'il en paraît tant, concurrencés par une
telle avalanche de périodiques, que pour absorber toute celte pâture, il faudrait que le peuple français ne fit plus rien autre chose que de lire.
La vérité est que les livres d'érudition ou de pensée se vendent peut-être un peu plus que jadis, mais pas beaucoup plus; parce que le nombre des gens qui pensent n'a pas du tout augmenté dans la même proportion que celui des gens qui lisent; et, pour les besoins énormes de ces derniers, il a fallu faire quantité d'écritures qu'ils pussent lire sans penser.
— " Tu as cent mille lecteurs, dit le Livre au Journal, mais tu ne dures qu'une heure ; puis, froissé, déchiré, enveloppe de paquets, tu disparais sans laisser de traces, tandis que moi... » — (1 Ta vie est plus longue que la mienne, réplique le Journal au Livre, mais elle est ignorée. Je préfère mon éclat d'un jour aux cent ans d'obscurité que tu passeras sur des rayons poudreux, délaissé ou engraissant de ta substance des « rats » de bibliothèque qui te voleront sans te citer. »
Jusqu'où peut aller le désintéressement de l'artiste, on le conçoit, lorsque la ruine d'un monument antique découvre à nos yeux d'admirables morceaux de sculpture, destinés par leur place même dans l'édifice à ne jamai.s frapper les
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regards, et dont, seule, une catastrophe pouvait nous révéler la beauté !
Une telle abnégation esl rare; l'écrivain est trop tenté de détailler sa gloire, de monnayer ses idées, en les prêtant, " à la petite semaine » , dans le journal, plutôt que de les placer en fonds parfois perdus dans le livre.
Pareils à ces petites fioles attachées au tronc des sapins, dont elles recueillent la résine goutte à goutte, par une plaie que Ton entretient toujours ouverte, les journaux extorquent ligne à ligne le suc intellectuel de l'homme de lettres, sans le laisser ni mûrir, ni s'agglomérer, ni remplir un vase de plus grande contenance.
Ils le pompent jour à jour, l'épuisent. Sa langue, qu'il n'a plus le temps d'affiner, se relâche et, pour suffire à la coupe réglée où il se voue, le journaliste fauche ses idées en herbe et livre son âme à des cultures sans valeur, mais qui fournissent une grosse récolte de « copie » .
La littérature doitbeaucoup aux gouvernements qui, en interdisant ou en tyrannisant les journaux, ont condamné tels grands écrivains de leur époque à produire des œuvres durables qu'autrement ils n'auraient jamais eu le loisir de composer.
A quel point manque d'air dans l'esprit l'homme qui ne lit, d'un bout de Tannée à l'autre, que de
la polémique et des faits divers, c'est ce que chacun peut constater par son voisin et par soi-mcmc.
Dorigel, qui vit dans sa province étranger à la politique, se voit, à l'occasion d'un procès retentissant avec son voisin Percivaux, successivement complimenté et bafoué, à huit jours d'intervalle, par un journal de Paris. Il court se plaindre, et manifeste sa surprise d'être ainsi traité par une feuille dont il partage d'ailleurs les doctrines.
Le directeur 1 écoute et lui répond avec bonhomie : « Excusez une erreur innocente. Lorsque parvint au journal la note succincte qui mentionnait votre affaire, notre rédacteur de la chronique locale, croyant que vous étiez le républicain, tomba de son mieux sur votre adversaire. On nous écrivit ensuite que le républicain c'était M. Percivaux. Dés lors il était naturel que vous fussiez quelque peu malmené. Mais, puisque nous nous sommes trompes, ne craignez rien, nous allons proprement il arranger ') l'autre... » — «A quoi bon, interrompit Dorigel, nous sommes de la même opinion, M. Percivaux et moi, et nos querelles sont d'ordre privé ! »
La foule aime que son journaliste prenne passionnément parti. A ses yeux, toute critique tempérée est incolore. C'est aux injures de Yolvic qu'elle mordit le mieux, c'est devant quoi elle s'amassa le plus volontiers.
AlITOUU DKS LKTTRKS KT DE LA PRESSE 31f)
<i Les aijoles, dit Thlsloiie naturelle, ne se nourrissent en général que de proie vivante ; cependant, quand elle leur manque, ils se rabattent sur les cadavres. » Volvic avait ce trait de commun — ce seul trait de commun d ailleurs — avec les aigles, que ses coups de bec déchiraient les vivants de préférence aux morts.
Volvic innova dans la presse. Aux impertinences cavalières, aux véhémentes apostrophes, il substitua un torrent d'invectives qui roulait, ininterrompu, le long des deux colonnes de son article jusqu'à sa signature finale. Sa prose, sertie de gros mots, était un débordement d'outrages, d'une frénésie enragée en apparence, réglée au fond par les lois sur la diffamation.
Au reste, ses victimes se portaient bien, et Volvic se déchaînait à nouveau chaque jour, avec une variété magistrale de coups de gueule qui émerveillaient la galerie. Il dura longtemps. 11 eut un peuple avide, attentif à sa plume, qui en redemandait toujours.
Puis, comme toute gloire se fane, il fut dépassé. D'autres vinrent qui, mieux que lui, surent manier la violence, en la corsant d'un certain fiel dont le ragoût plut davantage. Mais le branle était donné ; chaque parti voulut avoir son Volvic, en titre d'office. Les places furent bientôt prises.
Une seule, assez modeste, resta plus longtemps vacante dans un organe aristocratique. C'était
une lacune, Cornas la combla en se jetant dans l'arène. Il vibre pour un auditoire choisi^ mais restreint; son chagrin est de ne faire de bruit que dans un tout petit tambour.
Il y avait deux sortes de gens au moyen âge : ceux qui donnaient les coups d'épée et ceux qui les recevaient. Malgré la déclaration des Droits, les Français se partagent en deux catégories : ceux qui font les journaux'et ceux qui les lisent.
« Un bon cavalier, sur un bon cheval, est aussi supérieur à lui-même et aux antres qu'on peut l'être en ce monde » , disait un capitaine du seizième siècle. Un bon journaliste, dans un bon journal, est bien plus redoutable aujourd'hui pour qui passe à portée de sa plume. Dans un gouvernement d'opinion , les idées qu'il décoche de son cabinet pèsent beaucoup plus sur l'opinion du i^ plat pays " que l'épée d'un châtelain ne pesait sur les faits, dans un gouvernement d'épée. Quoique leur forme change, les inégalités subsistent.
Ceux qu'elles offusquent ont proposé de réglementer l'exercice de la profession de journaliste ; d'exiger des certificats de capacité, comme on fait pour les médecins, les avocats ou les conducteurs d'automobile. Mais toute estampille officielle, imposée aux rédacteurs des périodiques, ne servirait — si elle servait à quelque chose — qu'à consacrer leur autorité.
Le grand journal trop riche et le grand journaliste trop fier pour se vendre sont des puissances qui n'ont point d'analogues dans l'Etat démocratique, parce qu'il n'y en a pas d'aussi indépendantes. Ceux qui détiennent cette force traitent avec l'État de pair à pair. Ils accordent plus de faveurs qu'ils n'en demandent.
Désireux de témoigner sa gratitude à Vermissant, l'un de ces potentats de la presse, qui avait soutenu son ministère et sa personne, le président de la République lui envoya dire un jour, par le secrétaire général de l'Elysée, qu'il serait heureux de le voir. — « Très volontiers, répondit Vermissant, dites à monsieur le président que je suis chez moi tous les matins et que je reçois au journal de quatre à six. w