LES RESULTATS DE L'INSTRUCTION
L'instruction primaire, et même secondaire, n'a pas sur la valeur d'une nation l'influence que Ton croit. C'est un bien, qu'il est avantageux de posséder, mais qui n'est pas, par lui-même, générateur de force morale ni de vertu civique, comme on l'imprimait il v a trente ans, lorsque la France avait été battue par l'Allemagne.
Les peuples forts sont ceux qu'anime, dans la| vie publique, l'esprit d'union, de respect et de/ discipline, afin que la nation présente un corp^ solide; les peuples forts sont ceux qui possèdent,! dans la vie privée l'esprit d'audace et d'initia-\ tive, de sorte que l'individu s'y développe et) entreprend sans cesse. Les peuples qui possèdent; ces qualités s'élèvent, les autres déclinent, et leplus ou moins d'instruction n'a rien à y voir.
Dans le passé, nombre de races instruites l'ont emporté sur des races ignorantes et pareil nombre de populations cultivées ont été asservies par des populations incultes, depuis Rome et Byzance, jusqu'à la république de Pologne dont le démembrement coïncida avec sa renaissance littéraire.
Toutefois l'instruction, généralisée, perd sa valeur vénale en perdant son privilège de rareté. Gela rehausse le travail manuel — ce que nos pères nommaient l'œuvre " servile » , seule défendue aux jours fériés — - et c'est le meilleur
et peut-être le plus clair profit social de la multiplicité des écoles.
Il faut, dans un État, cent hommes de bras pour un homme de plume. Le marché des hommes de plume est donc cent fois plus étroit que celui des hommes de bras. Pour peu que l'offre y soit supérieure à la demande, le cours des hommes de plume fléchit et ceux qui ne sont pas aussi des hommes de tête, c'est-à-dire les dix-neuf vingtièmes d'entre eux, se trouvent moins payés que les bons hommes de bras — ouvriers et domestiques. — Gomme ils ont plus de besoins et moins de salaires ils vivent de privations; ce sont des martyrs, moins la vocation ; par suite, très à plaindre.
Les matières qui composent les » programmes scolaires « changent avec le temps, mais très lentement. Leur choix est tout à fait conventionnel, ou mieux traditionnel; beaucoup remontent au moyen âge. Elles ne varièrent aucunement de 1700 à 1860.
On avait fait dix révolutions sans se demander s'il était expédient de continuer, au dix-neuvième siècle, à étudier les mêmes choses qu'au dixseptième.
On n'apprenait dans nos lycées que deux langues et elles étaient mortes; par contre, bien que " nul ne soit censé ignorer la loi » , presque personne