‹ Les Français de mon tempsChapitre 16 sur 17 · LES RÉSULTATS UE L'INSTRUCTION · texte numérisé non relu

LES RÉSULTATS UE L'INSTRUCTION

ne l'apprend. La connaissance, même élémen-f taire, des codes est toujours considérée comme une étude accessoire et spéciale à quelques jeunes Français, tandis que celle tlu syllogisme, de la psychologie et des figures de rhétorique passef pour un complément indispensable de l'éducation; générale.

Toutes les réformes s'enfantent dans la douleur; les sciences éliminées au dix-septième siècle de l'enseignement universel, la théologie, le droit canon, ne disparurent pas sans se défendre. Les arguments de leurs partisans n'étaient pas moins justes, n'étaient pas moins bons, que les protestations actuelles en faveur du « latin " , menacé d'exclusion à son tour.

Il y a trois cents ans, malgré l'Université surprise et indignée, les collèges de jésuites réussirent du premier coup, parce qu'ils chassèrent des programmes la théologie et qu'ils y introduisirent la dans^. Je veux dire que ces religieux, les premiers, eurent l'idée de laïciser, de moderniser l'instruction; que, tout en rognant la part du grec et de la philosophie d'Aristote, ils s'avisèrent d'enseigner l'histoire, les sciences exactes, les arts d'agrément et de composer des ballets pour leurs élèves.

Aujourd hui c'est autour du latin que se livre la bataille pédagogique; il fait une belle retraite

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et recule pied à pied; mais, à la fin, il lui faudra se rendre.

Montaigne nous conte qu'il apprit l'histoire de Rome bien mieux que celle de France : » Je savais, dit-il, le Tibre avant la Seine » , et ce fut un dessein hardi, de la part de Richelieu, que de fonder un collège où l'on enseignerait la langfue française en français — et non plus en latin — « à l'exemple, dit le cardinal, des nations les plus illustres de l'antiquité, qui ont fait le semblable dans leur langue naturelle » .

A cette époque bien des « honnêtes gens » lisaient les auteurs grecs dans le texte et, depuis quelques années à peine, on avait cessé de plaider en latin au Parlement. Peut-être nos avocats de maintenant plaideraient-ils plus aisément en anglais.

Le latin n'a point démérité, mais de nouveaux savoirs nous sont plus urgents ; ils évincent les anciens et les remplacent, parce qu'il faut vivre avant de philosopher.

A chaque génération l'histoire s'allonge et la littérature se multiplie; la géographie s'amplifie par la découverte de l'Afrique qui, jusqu'à nos jours, n'était qu'une grande tache dans les Atlas; de l'Asie qui, sauf un petit coin, n'était qu'une légende; de l'Amérique qui n'était qu'une mine éloignée d'or et d'argent. Les sciences physiques

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progressent si vite que les liomines d'âge mùr doivent se remettre en classe, s'ils veulent un peu connaître ce que l'on enseigne à leurs fils.

Et l'on parle d'apprendre d'autres choses encore à la jeunesse studieuse, par exemple à manier la lime, la scie ou le marteau ; et combien il serait sage de lui infuser quelques notions de médecine usuelle.

Le pauvre latin résiste encore, mais ses jours sont comptés; le bourgeois de Tan 2000 ne saura pas dix vers de Lucrèce. Peut-être saura-t-il alors les règles de la versification française ; tandis qu'il y a trente ans celles de la prosodie latine semblaient seules indispensables.

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