‹ Les Français du Canada [microforme]Chapitre 3 sur 7 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Pour expliquer la vitalité de la nationalité française au Canada, pour comprendre les sentiments, les mœurs, les rèves d'avenir de nos anciens compatriotes, on doit jeter un coup d'œil rétrospectif sur leur passé.

Retraçcons donc brièvement les différentes phases de leur existence nationale, depuis le moment où ils se sont installés sur le sol américain jusqu'à nos jours...

C'est en 1554 que l'illustre navigateur Jacques Cartier découvrit le Canada et y planta le drapeau de la France.

Les premiers essais de colonisation ne furent pas heureux, et notre nouvelle possession américaine ne prit un développement sérieux

se AN

qu'au commencement du XVII: siècle, sous l'administration de Samuel de Champlain, auquel revient la gloire d’avoir été le véritable fondateur du Canada.

Ce fut lui qui détermina le courant d'émigration qui se dirigea sur la Nouvelle France, comme on appelait alors les régions découvertes par Jacques Cartier. |

Ce fut lui qui provoqua, en 1647, la création de Québec, capitale du pays.

Malheureusement, les patriotiques efforts de Champlain furent entravés par la guerre qui éclata entre la France et l'Angleterre en 1629.

Prise par l'ennemi, la ville de Québec ne fut restituée à Louis XIII que lors de la conclusion de la paix, trois années plus tard.

En 1633, peu de temps avant la mort de Champlain, un homme non moins éminent que ce dernier, Mgr de Laval Montmorency, vicaire apostolique, débarquait au Canada, et, par sa bienfaisante influence, aïidait singulièrement au développement matériel et moral de la colonie.

Vers la même époque, les Sulpiciens devenaient possesseurs de l'ile de Montréal, où ils jetaient les bases de la grande cité qui porte ce nom.

At

Sous Louis XIV, le Canada était devenu un centre colonial assez important pour que Colbert consentit à le doter d’une constitution particulière et d’un conseil souverain.

La guerre de la Ligue d'Augsbourg, qui mit encore aux prises Anglais et Français, eut son contre-coup violent au Canada, où nos”compatriotes se défendirent avec succès contre un ennemi très supérieur en nombre.

Grâce à leur bravoure, le patrimoine de la France en Amérique fut considérablement augmenté par le traité de Ryswick, qui nous reconnaissait la possession de la baie d'Hudson.

La période qui suivit cette guerre fut la plus florissante de notre domination au Canada, malgré les luttes meurtrières, soutenues par les Colons contre les farouches peuplades iroquoises.

Le déclin de notre influence en Amérique ne se fit sentir qu'après la guerre de la succession d'Espagne.

En effet, lorsque la paix fut signée en 1713, le traité d’'Utrecht nous enleva l'Acadie et la Baie d'Hudson. On sait ce que devinrent les malheureux Acadiens, massacrés et déportés en masse par leur impitoyable vainqueur.

La guerre de Sept Ans nous fit perdre le Canada.

En 1756, année où elle éclata, le marquis de Montcalm amena d'Europe deux bataillons dans l'Amérique Septentrionale.

C'était peu, mais la sollicitude de Louis XV pour ses sujets d'outre-mer ne comportait pas un sacrifice plus étendu.

Nos troupes remportèrent d'abord quelques succès, mails que pouvait faire une poignée de braves contre des forces dix fois supérieures ?

Dès l’année 1759, nos régiments étaient réduits à 5,000 hommes en tout, emprisonnés daus un cercle de fer de plus de 40,000 ennemis.

Les vivres, les munitions, l'artillerie faisaient défaut. En vain, 4,000 vétérans francais supplièrent-ils le Roi de les expédier au Canada, où ils s'engageaient à demeurer comme colons après la guerre; Louis XV resta sourd à leurs prières.

Trois ou quatre millions eussent suffi pour assurer l’embarquement de ces troupes d'élite, qui eussent certainement changé la face des événements au Canada et sauvé le pays.

L'argent que l'on aurait pu affecter au transport des ces patriotes fut consacré à satisfaire les ruineuses fantaisies du Roi.

Bien certain de ne pas être pris à revers par des troupes de renfort envoyées d'Europe, l'ennemi assiégea Québec, où les Français concentrèrent leur défense.

La résistance fut sublime.

Pour la lutte suprême, les habitants joignirent leurs héroïques efforts à ceux de nos soldats.

Tout individu valide, de 12 à 80 ans, courut aux remparts.

Chaque jour les assiégés consultaient anxieusement l'horizon, obstinés dans l’espérance de voir apparaître, à l'heure décisive, les troupes de débarquement, depuis si longtemps attendues.

Est-il possible, disaient ces braves gens, que la France abandonne sans secours, aux outrages de l'ennemi, sa fille d'Amérique, le meilleur de son sang ? |

Est-il possible que le Roi veuille livrer aux vengeances d’un ennemi implacable, sans rien tenter en leur faveur, ses sujets du Canada, si dévoués, si fidèles, qui chaque jour versent leur sang pour lui? Peut-être le Roi ne sait-il pas? Ah ! si le Roi savait !

Louis XV n'ignorait rien, mais, tout entier à

ses plaisirs, il ne songeait nullement à secourir les colonies.

Ce dont la France était incapable, le Roi le fit. Froidement il laissa égorger le Canada sans lui sacrifier un écu ou un soldat.

Les Français eo la résistance de Québec pendant trois longs mois, trois mois d’angoisses et d'épreuves suprèmes. Souvent, bien souvent, il arrivait des renforts. Hélas! ils se composaient de soldats ennemis. Un jour enfin, le général Wolf, commandant en chef les troupes anglaises, fit escalader par surprise les falaises qui défendaient l’accès de la cité.

Aussitôt les Français sortirent de leurs remparts et livrèrent bataille.

Ecrasés sous le nombre, ils plièrent.

Un projectile vint blesser à mort notre général en chef, l'héroïque Montcalm.

« Mes amis, s'écria-t-il, gardons le champ de bataille, et en avant pour la France! »

Ce furent ses dernières paroles.

Le général Wolf, qui conduisait à l'assaut les troupes britanniques, trouva également la mort dans cette lutte sans merci.

Blessé de trois coups de feu et déjà à l’agonie, il se releva sur son séant en voyant les Français

TN

reculer, et expira en murmurant : « Je meurs content. »

Saluons ces deux hèros. Saluons avec attendrissement le grand Français qui s’ensevelit héroïquement au Canada, sous les plis du drapeau fleurdelysé. |

Saluons avec respect le vaillant capitaine anglais, qui, par son habileté et sa bravoure, légua en mourent un empire à son pays.

L'un et l’autre ont bien mérité de leur patrie.

« Après Ja prise de Québec, les débris de l’armée française échappés au désastre résistèrent encore quelque temps, mais c'était une lutte sans espoir. L'Amérique était perdue pour la France, et, en 1763, le traité de Paris abandonnait définitivement à la Grande-Bretagne cette terre fécondée par le génie français et arrosée du sang de nos plus braves soldats.

Le Canada a le droit d'être fier de ses derniers défenseurs. [ls ont lutté jusqu'au bout pour la patrie et la liberté, en dépit d’un pouvoir central égoïste et félon.

Le Canada a compris que le Roi seul avait été coupable. Il a disjoint la cause de la mèrepatrie, dont l'existence se poursuit à travers

ntm

les siècles, de celle des gouvernements qui passent.

Le Canada a pardonné à la France qui a mèlé ses larmes aux siennes lors des angoisses de la séparation, qui l'aime toujours et lui tend les bras.” + f

(ul, Mn na Le passoge mage HER

Page 1